Il y a quelques jours, j’ai fait un thread sur twitter, que je publie ci-dessous. Le sujet était la qualification du CNU puis ça a dérivé un peu sur le recrutement des enseignants-chercheurs. Je le mets ici juste pour mes archives, mes fidèles lecteurs retrouveront des thèmes déjà discutés à l’infini sur Gaïa. Ce thread a plutôt bien marché, j’ai eu 26 « like » ! En revanche, je ne me rendais pas bien compte de la longueur, c’est beaucoup plus long que je le pensais. Il va vraiment falloir que j’apprenne à dire les choses avec moins de mots. Et puis c’est déstructuré car j’ai écrit au fur et à mesure, en tentant de prendre en compte certaines réactions ou remarques.


1/ Le « débat » sur la qualification du CNU est étonnant. Je peux concevoir que la façon dont nos élus (Sénat et AN) ont « supprimé » cette qualification est un peu discutable, mais la qualification l’est tout autant.

2/ Les défenseurs de cette qualification font parfois des phrases-slogans qui semblent dépasser toute logique, du moins ça dépasse mon entendement. Par exemple, certains tentent de nous faire croire que « la qualification du CNU est un rempart au localisme et au clientélisme »

3/ Franchement, je ne vois vraiment pas comment la qualification peut éviter le localisme étant donné qu’elle intervient bien en amont du recrutement, avant même la publication des postes (avec profil et lieu d’exercice). La qualification, ce n’est pas le recrutement.

4/ On nous explique aussi que sans la qualification, on va vers un retour du mandarinat et les comités de recrutement locaux vont alors se mettre à recruter les moins bons et les plus dociles.

5/ car bien entendu la préoccupation d’une université, c’est de recruter les plus mauvais enseignants-chercheurs possibles, CQFD.

6/ On nous explique que les évaluateurs du CNU sont des personnes à l’éthique irréprochable, compétentes, incorruptibles, et qui ont une hauteur de vue qui fait référence et à l’expertise impeccable … des modèles de la vertu universitaire.

7/ Bref tout le contraire des évaluateurs des comités de sélection, qui sont composés de personnes veules, au pedigree scientifique douteux, qui passent leur temps à lécher les bottes de leur président, et dont l’unique objectif est d’instaurer localement une médiocratie.

8/ Bref, on nous explique que l’université c’est la médiocrité, mais ça on le savait depuis longtemps, c’était pas la peine de nous le rappeler à longueur de tweets.

9/ On nous explique que la qualification du CNU est nécessaire car c’est l’étape où le candidat est évalué par les pairs. Parce que le comité de sélection ce n’est pas aussi le cas ?

10/ On nous explique que pour garantir le label « fonctionnaire d’État » il faut une phase nationale. Mais le comité de sélection n’est-il pas aussi composé de fonctionnaires d’État, dont la moitié est externe (nationale) à l’établissement ?

11/ A mon sens, le mode recrutement des EC présente une faille mais qui n’est pas en relation avec le CNU. Qu’on supprime ou non la qualification du CNU, ça ne change rien aux problèmes

12/ Le problème n’est pas non plus la qualité du travail fait par les EC, que ce soit dans la phase de qualification du CNU ou dans la phase des CoS des établissements. Nul doute que chacun s’attache à faire au mieux son travail.

13/ Le problème du recrutement des EC, c’est la constitution du comité de sélection. Officiellement c’est le président qui la nomme mais c’est bien naïf de penser que c’est lui qui fait la liste des membres.

14/ Cette liste est très souvent constituée par les équipes de recherche et les équipes pédagogiques et de là que peuvent venir les problèmes ou autres magouilles potentielles. Certains vont prendre des copains qu’ils auront facilement dans la poche pour placer leur poulain

15/ Franchement la qualification on s’en fout, ça n’a aucune influence sur les dérives qu’on observe parfois. Le vrai problème c’est le mode de constitution des comités de sélection et c’est là qu’il faut intervenir en réformant le système

16/ Ajoutons un peu de statistiques : chaque année il y a entre 16 000 et 17 000 dossiers de candidature pour une qualification par le CNU (dossiers examinés). Chaque année, environ 10 500 sont qualifiés (soit environ 65 % des candidats)

17/ le pourcentage de qualifiés est très variable selon les sections (disons de 30 % à 90 %).

18/ Ça nous fait donc environ 42 000 qualifiés susceptibles de candidater sur des postes, sachant que la qualification est donnée pour 4 ans (42 000 = 10 500 x 4).

18/ Chaque année, il y a environ 2000 postes à pourvoir (pas assez !!). Chaque année, il y a environ 12 000 candidats qui font 50 000 candidatures sur ces postes.

19/ Sachant qu’il y a un réservoir de 42 000 qualifiés, ça veut dire qu’un grand nombre de qualifiés ne postulent pas = travail du CNU pour rien.

20/ si pour certaines sections la qualification est importante et permet de faire un tri indispensable pour ensuite mieux gérer les concours, pourquoi pas la garder pour les sections concernées ? on peut tout imaginer.

21/ Mais pour d’autres sections, ça présente assez clairement un doublon qui n’est pas utile. Pourquoi faire une qualification avec un taux de succès à 80 % ?

22/ Je peux comprendre le point de vue des prof/MCF en droit, si leur taux de succès à la qualification est de l’ordre de 30%.

23/ Peut-être qu’il faut accepter de différencier les procédures et mieux les adapter en fonction des besoins des disciplines ? Faut-il qu’on fasse tous pareil ?

24/ comme je le dis plus haut, le vrai problème du recrutement c’est la constitution des comités de sélection. C’est ça qu’il faut réformer.

25/ ceux qui veulent creuser un peu, une proposition est donnée ci-dessous : c’est un vieux billet de 2013(!!), qu’il faudrait reprendre mais les grandes lignes sont là (incluant un potentiel rôle direct du CNU sur le recrutement).

Réformer le recrutement des enseignants-chercheurs

26/ il faut aussi prendre en compte que la qualification n’est en réalité pas supprimée. Pour la qualification PR, les MCF titulaires en sont dispensés. Mais les autres doivent la solliciter (par exemple un CR qui veut devenir PR)

27/ La qualification MCF n’est pas non plus supprimée. Les établissements pourront demander une dérogation afin que les candidats sans qualification puissent concourir sur un poste publié dans l’établissement. On est ici sur une vision dérogatoire, pas de suppression.

28/ On peut craindre que ce soit un grand foutoir, avec des établissements qui votent contre et d’autres qui sollicitent une dérogation. Là ça peut être compliqué … les candidats potentiels ne vont plus savoir quoi faire avec la qualification …faut la faire ou non ?

29/ Mais on peut aussi envisager un peu d’intelligence collective (on peut rêver, non ?). Par exemple, le collectif des établissements, @CPUniversite ?, se concertent pour prendre des décisions collectives, dans l’intérêt général.

30/ par ex., ils décident de ne pas demander de dérogation pour les sections du groupe 1 du CNU (droit et science politique) et ils en demandent pour les sections des groupes 5-6 (Sciences). Ainsi tout le monde trouvera son compte et le système se trouvera globalement amélioré.

31/ on me fait remarquer que la question de l’enseignement manque dans mon fil. Donc on va rappeler que la qualification c’est une sorte de certificat d’aptitude au métier d’enseignant-chercheur car il permet de concourir sur les postes ouverts d’EC.

32/ Toutefois, les évaluateurs du CNU n’examinent pas le volet enseignement. Tout au plus ils vont regarder et compter combien vous en avez fait. Mais cet enseignement est-il bien fait ? Hélas ils n’en savent rien.

33/ Donc la qualification ne certifie que pour le volet recherche. On pourrait dire que le volet enseignement sera examiné pendant la phase des CoS. Ce ne sera pas dans la première phase (examen, tri des dossiers pour retenir les heureux qui iront dans l’arène).

34/ Donc il ne reste plus que la phrase d’audition. Celle-ci est très courte. On demande souvent environ 30 min d’exposé aux candidats (de ce que je connais, ça peut être variable).

35/ peut-on vraiment juger des qualités pédagogiques d’un candidat en 30 min, qui aura par ailleurs préparé son exposé jusqu’à le savoir par cœur ? J’en doute un peu, même si cette audition peut être fatale à certains sur ce point de la pédagogie.

36/ Dans pas mal de CoS, il est demandé un « exercice de pédagogie » mais c’est souvent pas très convaincant, le temps manque vraiment pour traiter ce point de l’enseignement.

37/ Quand on réformera les CoS, il faudra vraiment qu’on trouve quelque chose qui permette de s’assurer qu’on recrute un bon enseignant (en plus d’un bon chercheur).