Dans un certain nombre de pays, hélas encore trop nombreux, la liberté d’expression est toute relative. Les universitaires subissent des pressions politiques et idéologiques, que ce soit pour le contenu de leurs cours ou bien celui de leurs publications. Ces derniers temps, de nombreux lanceurs d’alerte ont signalé une possible régression de cette liberté, y compris dans les pays où elle est garantie par le pouvoir politique. Sur certains sujets « sensibles » (race, genre, post-colonialisme, …) la liberté d’expression est parfois challengée en interne, par des étudiants ou par des universitaires.

En particulier, aux États-Unis ça devient compliqué pour certains universitaires qui ne sont pas en phase avec les courants woke. Ils voient des hordes d’activistes leur tomber dessus avec son lot d’intimidations, de menaces, de pétitions réclamant leur renvoi ou de campagne d’ostracisme. En France, on sent poindre également cette évolution, comme en témoigne un certain nombre d’incidents récents liés à des dérives militantes.

Heureusement les universitaires ont de l’imagination. Pour tenter de proposer une alternative là où les difficultés apparaissent, ils ont lancé récemment une revue (Journal of Controversial Ideas) qui propose aux auteurs de signer anonymement leur publication. Cela vise à protéger les auteurs travaillant dans pays qui ont un régime politique autoritaire et ceux qui aspirent à une carrière académique sereine malgré des travaux qui ne plaisent pas à la police de la pensée locale ou nationale. Il est à noter que l’anonymat pourra être levé, ce qui est une bonne chose car un climat délétère n’est pas forcément permanent.

Publier anonymement, on pourrait dire que c’est une forme de lâcheté. Mais après tout, on ne travaille pas pour soi mais pour la collectivité, alors peu importe le nom de l’auteur. Ce qui importe c’est le contenu. Et par ailleurs, un grand nombre de gens ne sont pas forcément des militants qui ont envie de se battre. Beaucoup aspirent à une vie paisible et ne souhaitent pas à ce que leur vie professionnelle se transforme en enfer car il faut être solide pour se confronter aux meutes haineuses, en particulier aujourd’hui où tout dérape si vite avec les réseaux sociaux.