« J’ai parlé tout seul pendant deux heures devant des écrans noirs » : beaucoup d’enseignants-chercheurs témoignent de leurs difficultés d’enseigner en cette période. Je les comprends, je suis dans le même cas. Je trouve que c’est très éprouvant de faire cours ou TD en distanciel. Pourtant je tente de faire peu autrement qu’en présentiel, je passe du temps à préparer tout ça, je fais un peu de pédagogie inversée pour des morceaux de cours, des exercices à faire en amont, mais je n’arrive pas à avoir une interaction satisfaisante ou savoir si mon message est passé ou non. Après les séances zoom, j’ai une grosse fatigue qui me tombe dessus et surtout j’ai froid, très froid et je mets plusieurs heures à me réchauffer un peu.

Je me console en sachant que beaucoup de collègues sont dans la même difficulté. Quelques extraits picorés sur la toile : : « deux ou trois étudiants seulement se dévouent et allument leur webcam et/ou branchent leur micro pendant le TD ». « J’ai quelques réponses mais mes blagues tombent à l’eau (elles sont pourtant très drôles, enfin je crois). Les étudiants sont perdus, certains décrochent, d’autres n’arrivent pas à se concentrer. Les conditions de ces cours sont pour eux très dures ». « Nous ça fait 3 mois qu’on fait 1 atelier hebdomadaire sur slack et sur zoom, et il y a 0 interaction : 2 étudiants réactifs et les autres se planquent derrière leur écran noir et quand tu les interpelles, tu parles dans le vide, c’est juste impossible de fonctionner comme ça. »

D’autres semblent s’en sortir beaucoup mieux et ils ont toute mon admiration (je ne parle pas là des « pros » du digital learning qui pratiquaient depuis plusieurs années). Je ne dis pas que ces personnes qui semblent bien s’en sortir sont majoritaires mais ce qu’ils disent est intéressant. « J’anime mes cours et TD comme une émission de radio. Je ne demande pas à allumer la webcam, et j’invite les étudiant·e·s à répondre dans le chat ou au micro. Je fais des petits sondages informels régulièrement pour vérifier qu’ils ont besoin de précisions ou non, par exemple » / « Je les fais travailler par groupes, dans des canaux séparés, où ils utilisent une visio de groupe pour échanger, et on fait des points réguliers dans la visio principale, à heure convenue. » / « ce qui marche bien c’est le tchat, certains qu’on entendait pas en cours quand on était en présentiel se sont mis à poser des questions par texte instantané, ça semble les décomplexer beaucoup et le cours est devenu beaucoup plus interactif » / « J’utilise Wooclap pour permettre l’expression des étudiants à l’écrit… ce qui permet à l’animateur de la visio de rebondir et cibler les échanges -permettre la tenue d’ateliers de groupe des ateliers en divisant l’effectif … cela marche très bien » / « Il y a le retour non verbal, à activer dans les options sur le compte zoom en ligne. Ça fournit des petites coches verte, rouge, bleue et grise sous la liste des participants. Je les utilise tout le temps : « passez en coche vert si vous avez compris, en rouge si non ». En tant qu’animateur, on a le total qui s’affiche au-dessus de chaque coche. Je le fais tout du long du cours, ça permet de les garder attentifs, et un peu actifs ».

Enfin, il y a ceux qui ont vraiment trouvé la solution à tous les problèmes. Ils ont eu l’idée lumineuse de plaquer sur zoom un écran noir à leurs étudiants, pour montrer leur opposition à la loi scélérate LPR. Il s’agit d’une sorte de grève ou manif en ligne, comme quoi les universitaires, qu’on dit pourtant plutôt conservateurs, sont capables d’innovations originales.