defiD’après Thierry Mandon, l’université a trois grands défis à relever (lire son interview ici).

« Le premier défi est lié à l’attractivité de l’université et au nombre croissant d’étudiants qui souhaitent y poursuivre leurs études ». Il est vrai que cette année, le nombre d’étudiants a augmenté de façon importante dans les universités, on en a déjà discuté ici. D’après le rapport de la StraNES, l’Etat se fixe un objectif de 60 % de diplômés du supérieur d’ici 2025 (environ 45 % actuellement). Cela signifie que le nombre d’étudiants devrait grimper en flèche ces prochaines années, par volonté politique mais aussi à cause d’une pression démographique de la génération arrivante. Si le nombre d’étudiants a augmenté cette année, il faut faire remarquer que seule l’université doit assumer l’intégration du surplus puisque qu’elle a interdiction de sélectionner. Malgré l’augmentation du nombre d’étudiants, l’Etat n’a pas vraiment augmenté (ou si peu) le budget des universités. D’ailleurs, T. Mandon est clair : l’Etat ne donnera rien de plus mais les universités devront augmenter leurs ressources propres (comme T. Mandon est sympa, il donne des pistes dans l’interview).

« Le second défi est celui de l’hétérogénéité. Car plus l’université se démocratise, plus les niveaux et les profils des publics accueillis sont différents. Les enseignements devront donc de plus en plus tenir compte de cette réalité et, paradoxalement, être davantage personnalisés, pour s’adapter à cette diversité ». Là ce n’est pas un problème nouveau, et l’université n’a jamais su donner une réponse efficace si on s’en tient au taux d’échec important en licence. Le problème central reste l’absence de sélection/orientation, ce qui donne à l’arrivée un public ayant des prérequis hétérogènes. Comment faire un enseignement dans ces conditions ? un vrai défi pédagogique. Je doute fort que l’université ait les moyens humains pour faire des enseignements personnalisés, comme le suggère T. Mandon.

« Le troisième grand défi à résoudre concerne les problèmes liés au processus d’expression des vœux d’orientation et notamment à ceux liés au système APB. Celui-ci reste trop compliqué et surtout insatisfaisant en termes d’informations délivrées aux élèves ». Là, je ne vois pas trop en quoi l’université est concernée. APB n’est pas compliqué, il explique clairement aux bacheliers qu’il faut cocher les filières sélectives en premiers vœux et que de toute façon l’université servira de choix par défaut dans le cas de refus des filières sélectives.

Au bilan, on peut constater que les « défis pour l’université » identifiés par T. Mandon ne concernent que l’enseignement de premier cycle. Il pourrait être utile de rappeler ici que l’université, ce n’est pas que l’enseignement mais aussi la recherche. A mon avis, au-delà des défis cités par T. Mandon, d’autres défis tout aussi importants auraient pu être cités, avec par exemple et sans ordre particulier (1) Que les universités fassent pression pour obtenir des moyens budgétaires équivalents à ceux des autres institutions de l’ESR, à la fois pour ses missions de formation et de recherche (2) Simplifier la structuration, ce fameux mille-feuille institutionnel, que la mise en place des COMUE a encore empiré (3) S’affirmer de façon plus conquérante dans ce paysage de double dualité universités-organismes de recherche et universités-grandes écoles (4) Accéder à une réelle autonomie académique qui n’est aujourd’hui que de façade (5) Simplifier les contraintes bureaucratiques, ce qui inclut celles que les universités s’infligent en interne, afin de recentrer les EC vers leurs deux missions que sont l’enseignement et la recherche.

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