marchandiseOn l’aura bien compris, les crédits n’augmenteront pas à l’université sous ce quinquennat. On ne pourra pas dire non plus qu’ils sont en diminution, je crois comprendre qu’ils suivent gentiment l’inflation. Le problème, on le connait tous : c’est ce foutu GVT qui fait que la masse salariale, transférée aux universités récemment, augmente plus vite que l’inflation. Cette augmentation n’étant pas compensée suffisamment et comme la masse salariale est incompressible (à moins de stopper les recrutements, bien entendu …), les universités sont obligées de diminuer leurs crédits de fonctionnement. Mais G. Fioraso ne veut rien entendre sur le sujet. D’après elle, les crédits augmentent et si des universités sont en déficit, c’est qu’elles sont mal gérées. Ces dernières joueraient « un jeu de rôle pour obtenir un coup de pouce financier du ministère » (source ici). Bien tenté, mais la ministre ne s’y laisse pas prendre, de toute façon « notre croissance ne nous permet pas d’aller plus loin » (source idem). Pour améliorer la gestion des universités, elle envoie les présidents d’université se former en la matière à l’ENA. Par ailleurs, elle accompagne les universités dans le rouge avec des avances dans le cadre « d’un dialogue renoué avec les établissements et créent les conditions d’une gestion sereine et responsable de l’autonomie » (source communiqué du ministère à propos du budget des universités, lire ici). Pour G. Fioraso, les universités sont autonomes. « Or, si on est autonome, si on gère son budget, on est un centre de coûts et un centre de profits. Il faut qu’elles [Universités] acquièrent cette culture » (source ici).

Mais alors, en cette période financière difficile, que faire pour s’en sortir ? La ministre n’est pas à court d’idées et donne plusieurs possibilités. Sa première action forte est de rationaliser l’offre de formation (éviter les doublons, diminuer le nombre des intitulés, mutualiser, …). Une deuxième action est le regroupement d’établissements au sein de CUE (communautés d’universités et d’établissements). Là encore il s’agit de mutualiser des services, comme par exemple ceux des relations internationales ou ceux des montages de projets. Une autre voie est de trouver des marges de manouvre en dehors du ministère (ce qu’on appelle les ressources propres), comme par exemple les fondations, la formation continue ou la recherche partenariale avec les entreprises. Enfin, elle insiste pour développer la mise en place de facturation tout azimut: « Il faut savoir formater une offre et faire payer les factures. Et ne pas considérer que, lorsqu’on fait une prestation pour l’hôpital ou le CNRS, elle doit être gratuite parce qu’on fait partie du service public ! »

C’est la formation qui semble avoir le plus de potentiel. C’est une manne quasi non exploitée actuellement par les universités. Les enseignements sont actuellement gratuits, on peut comprendre alors que la marge de manœuvre est grande. Là encore, G. Fioraso, qui n’est pas avare de conseils, donne des pistes : « La balle est dans le camp des universités pour une éventuelle hausse des droits d’inscription des étudiants étrangers non communautaires ni originaires de pays avec lesquels la France a des accords bilatéraux, soit 50.000 étudiants étrangers ». Une autre idée serait de s’inspirer de Dauphine qui pratique des frais d’inscription élevés pour ses masters. La formation continue est également citée par la ministre : « elle ne représente que 4 à 5 % de ce marché » (pour l’université) (source ici), ce qui donne une très bonne marge de progression.  Une autre voie encouragée est celle de la formation par apprentissage (formation en alternance, sur le modèle allemand), qui représente une rentrée d’argent qui devient non négligeable, d’autant plus que la taxe d’apprentissage est en chute libre (l’une remplace l’autre, me direz-vous …). Si elle représente une possibilité de rentrée d’argent importante, elle n’est pas neutre non plus en termes de temps consacré car cette formation nécessite le développement de multiples partenariats avec les entreprises et la mise en œuvre une pédagogie adaptée à chaque cas. La ministre pense aussi que l’université pourrait s’impliquer davantage dans la formation des chômeurs ou des décrocheurs et de la VAE associée. « Cette formation continue de type social peut être une ressource, car elle est financée par les régions » (phrase d’un vice-président de la CPU, source ici). La ministre a fait ses comptes: pour la formation, les universités pourraient passer de 640 euros par an à 1,5 milliard (source ici). Comme le disait récemment ici une fidèle commentatrice : « il y a plein de moyen pour trouver de la thune…A force de couper le robinet on va obliger les facs à trouver des solutions…et ce sera ensuite la sélection naturelle. Resteront les formations rentables et auto-financées… ».

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