Le terme de « non-publiant » est apparu au grand jour récemment, suite à la mise en place de l’AERES. Le non-publiant est un chercheur ou un enseignant chercheur qui ne remplit pas les critères de production scientifique de l’AERES. Selon l’AERES, la quantité de personnels non-publiants est un critère à prendre en compte lors de l’évaluation des laboratoires. En effet, une des missions des chercheurs et enseignants-chercheurs est l’acquisition, la diffusion et la valorisation des résultats de la recherche, la diffusion de la culture et l’information scientifique et technique. Sans publication, ce partage des fruits de la recherche ne peut s’opérer. Suite à l’émotion provoquée par ce terme de non-publiant, l’AERES a maintenant modifié sa stratégie d’identification du potentiel de recherche. Elle utilise maintenant des « Critères d’identification des chercheurs et enseignants-chercheurs “produisant en recherche et valorisation” ». On peut lire les détails dans la fiche explicative de l’AERES ici. Ceci fait un peu sourire (ou grincer des dents) car l’objectif reste identique … En outre, le CNRS a des critères très comparables (ici). On rappelle également que l’AERES ne fait pas l’évaluation des personnes et n’est pas tombée dans la fièvre bibliométrique du CNRS (voir ici pour quelques détails).

Il est difficile d’avoir un chiffrage du pourcentage de personnels concernés. L’AERES le donne dans son rapport pour certaines universités mais pas pour d’autres. Les chiffres qui circulent (souvent sous le manteau) oscillent entre 20 et 50 %. Selon le rapport Schwartz , « sur l’ensemble des enseignants-chercheurs, 76 % sont déclarés rattachés à des unités de recherche ; seuls 75 % de ces enseignants chercheurs sont considérés comme publiant en 2006 ». Avec ces chiffres, si on admet qu’il est peut probable que les enseignants-chercheurs non rattachés à des unités de recherche sont publiants, cela fait environ 60 % de publiants.

Comme le souligne le rapport Schwartz, il y a deux profils de non-publiants : ceux qui sont rattachés à une unité de recherche (ou étaient rattachés …) et ceux qui ne le sont pas (dans certains cas personne ne sait où ils sont). Parmi ces non-publiants, il ne faut pas faire l’amalgame de penser que ces personnels sont tous "défaillants". Selon une appréciation personnelle, je pense qu’une grande majorité des non-publiants exercent une activité collective à l’université. Ils occupent par exemple des fonctions d’administratifs, s’occupent de l’organisation des formations, du suivi des étudiants, de partenariats industriels, etc … En exerçant ces tâches (qui de toute façon doivent se faire d’une façon ou d’une autre), ils libèrent les personnes désirant s’impliquer davantage dans des actions de recherche. Le problème est qu’ils ne trouvent guère de valorisation ou reconnaissance dans leur travail étant donné que le métier d’EC est très formaté et il n’est guère possible d’avoir de la flexibilité dans les missions (ce qu’on appelle la modulation des services). En effet la seule valorisation possible se fait sur dossier ou concours pour lesquels le volet recherche doit être impérativement étoffé. On rappelle que les nonistes universitaires ont lutté l’année dernière pour conserver cette configuration étriquée et insatisfaisante car elle empêche toute évolution de carrière des EC en termes de missions. L’autre catégorie de personnels (plus rare – celle qui a abandonné la recherche sans pour autant une implication dans une autre mission collective) a oublié ce qu’est la déontologie. Les personnels sont payés un plein salaire alors qu’ils ne réalisent qu’un mi-temps de travail.

Le problème qui agite en ce moment les universités est de savoir quoi faire avec ses non-publiants. C’est un problème important car les subventions du ministère en termes de recherche sont maintenant conditionnées par le nombre de chercheurs actifs dans les unités de recherche et non pas un nombre d’EC total dans une université. Ainsi, si une université a beaucoup de non-publiants, elle va voir sa dotation fortement diminuer. Afin d’optimiser l’utilisation de son potentie, l’université pourrait aussi donner un plein temps d’enseignement à cette catégorie de personnels … sauf que le décret de la réforme des statuts des EC a été modifié, suite à la pression noniste. Dans la dernière version, un personnel peut refuser cette proposition de plein temps d’enseignement. On est donc sur une situation de statut quo, avec une quasi impossibilité d’appliquer la modulation des services car les moyens d’accompagnement de cette mesure sont inexistants.

Le SNESUP se préoccupe aussi des non-publiants et se positionne en grand protecteur. On peut comprendre aisément pourquoi si on veut bien admettre les chiffres donnés plus haut. L’enjeu est de taille. Certaines sections locales vont même très loin dans les propositions. C’est le cas de la section locale de Lille 1, qui détaille ses propositions qu’elle fera (ou qu’elle à fait ?) au CA de l’université (lire ici). Elle propose en effet de réserver aux non-publiants un quota de BQR (Bonus Qualité Recherche) et de CRCT (Congés pour Recherche et Conversion Thématique – pour lesquels une condition d’attribution est d’être en activité !) – proposition à lire sur le lien donné plus haut. En résumé le SNESUP nous propose une vraie révolution qui bouleverse les échelles de valeurs qui étaient utilisées jusqu’à présent. Je doute que les chercheurs qui se démènent pour leur recherche applaudissent à cette proposition …

About these ads