Les universitaires mettent souvent en avant les capacités développées chez eux par  « la formation par la recherche » par opposition au « formatage intellectuel  » résultant d’autres méthodes qui seraient  basées sur le « bachotage ».

Or, en particulier (mais pas uniquement) à l’occasion des Assises de l’ESR, certaines affirmations ou demandes de nombreux individus ou groupes de la communauté universitaire relèvent plus du psittacisme, c’est-à-dire de la répétition collective d’affirmations non vérifiées, que d’une approche digne de chercheurs. En effet, la consultation très facile de documents accessibles sur Internet (que, chose surprenante si on tient compte de leur formation, ils n’ont pas eu le réflexe d’effectuer) leur aurait montré que certaines des affirmations qu’ils contribuent à faire circuler sont fausses.

Deux exemples :

  1.  «  Les conventions collectives privées ne prévoient pas le cas des docteurs »
  2.  « Chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans aucun diplôme »

 1er point: Les conventions collectives privées ne prévoient pas le cas des docteurs

La convention collective la plus répandue dans l’industrie est celle des ingénieurs et cadres de la métallurgie. Que dit-elle ?

« Années de début (position I). – Les dispositions relatives aux années de début s’appliquent au personnel de l’un ou l’autre sexe suivant :

– ingénieurs diplômés selon les termes de la loi et engagés pour remplir immédiatement ou au bout d’un certain temps une fonction d’ingénieur ;

……………………….

– agrégations, doctorats (docteur d’Etat, docteur ingénieur, docteur 3e cycle), diplômes d’études approfondies, diplômes d’études supérieures spécialisées, maîtrise et licences, délivrés par les universités des lettres, de droit, des sciences économiques, des sciences humaines et de sciences ;

……………………….

La possession de 2 des diplômes nationaux énumérés ci-dessus, sauf si ces 2 diplômes sont une licence et une maîtrise dans la même discipline universitaire, ouvre droit aux dispositions prévues à ce sujet à l’article 21 de la présente convention collective dans la mesure où :

– la durée totale des études à temps plein conduisant à l’obtention successive de 2 diplômes est telle que le second est normalement obtenu au plus tôt à l’âge de 24 ans ;

– le second diplôme constitue un complément du premier parce qu’il sanctionne une compétence accrue dans une spécialisation donnée, ou une nouvelle spécialisation, toutes deux étant utilisables par l’employeur ;

Les études à plein temps postérieures au premier diplôme et ayant conduit à l’obtention d’un deuxième diplôme parmi ceux actuellement définis à l’article 1er de la présente convention, et utilisable éventuellement par l’entreprise à la condition que ces études aient une durée supérieure ou égale à 1 an, sont comptées comme une année d’expérience.

b) Positions II et III. – Pour l’application des dispositions relatives à ces positions et pour les ingénieurs comme pour les cadres administratifs ou commerciaux, seul doit être retenu le critère de la fonction exercée.

C’est-à dire que, comme tous les diplômés du supérieur, le docteur débutant est recruté comme cadre « position I » (l’accès automatique aux « positions » supérieures en raison d’un diplôme, quel qu’il soit, étant impossible) ; son doctorat lui donne l’équivalence d’une année d’expérience (ce que n’obtient pas le titulaire d’un master ou d’un diplôme d’ingénieur).

Certes, on peut estimer que compter le doctorat comme une seule année d’expérience est insuffisant ; mais on ne peut pas dire que le doctorat est ignoré de toutes les conventions collectives privées (la convention de la métallurgie porte ce nom pour des raisons historiques, et s’applique à de nombreux autres secteurs).

 2ème point: Chaque année 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans aucun diplôme

Le tableau 8.22 du RERS 2012 de la DEPP donne les chiffres suivants :

« Sortants précoces » (moyenne sur 2008-2009-2010) : 122 000 dont 57 000 ont le brevet et 65 000 n’ont aucun diplôme.

Pour une raison qui n’est pas expliquée, le nombre total de sortants indiqué (diplômés de tous niveaux et « décrocheurs ») est de 713 000, inférieur à la classe d’âge (à laquelle il faudrait ajouter les enfants nés à l’étranger). Mais même si on considère qu’il est justifié de passer de 122 000 à 150 000, on ne dirait dans aucun autre pays que 150 000 jeunes sortent sans aucun diplôme. On déplorerait qu’environ 80 000 soient dans cette situation, et on mentionnerait que 70 000 sortent avec un brevet, diplôme sanctionnant la fin de la scolarité obligatoire (à un âge théorique de 16 ans).

De plus, toute personne qui aurait eu l’idée de consulter le RERS aurait eu son attention attirée sur le fait que si 9% des jeunes quittent le système éducatif sans aucun diplôme, ceci concerne 6% des filles et … 13% des garçons (à la différence des statistiques ethniques à l’américaine, les statistiques de genre sont encore autorisée en France, mais pour combien de temps si elles dérangent trop ?).

Une politique de réduction du nombre de décrocheurs qui ne tiendrait pas compte de cette différence filles/garçons est vouée à l’échec. Or qui en parle ? Nos perroquets préfèrent répéter « 150 000 décrocheurs ! », « 150 000 décrocheurs ! » !

Ce billet nous est proposé par François

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