Il se passe des choses très étranges à l’ANR. Le 8 octobre dernier, elle lançait ses appels à projets pour le programme blanc et le programme «  jeunes chercheurs » (JCJC), avec le 13 décembre comme date butoir de dépôt. Mais 4 jours après, l’agence retire son appel à projets pour le remplacer par un communiqué laconique « L’édition 2013 de la programmation de l’ANR sera votée en Conseil d’Administration le 14 novembre. L’ouverture officielle de l’appel à projets et du site de soumission permettant le dépôt des dossiers des programmes blanc et JCJC sera effective dès le 15 Novembre » (site ANR, ici).

Après prise de renseignement auprès de l’ANR, il semble que le ministère est intervenu pour demander de geler provisoirement ces appels à projets jusque mi-Novembre. C’est alors qu’un conseil prendra la décision de la suite à donner …

Tout cela est très étonnant. Je ne comprends pas du tout cette suspension. S’il y a problème de calendrier, il suffisait juste de dire que la date butoir doit être rediscutée (avec au plus tôt un dépôt le 13 décembre) et laisser ouvert l’appel à projets. Il faut tout de même un peu de temps aux chercheurs pour monter ce type de projet. Bien entendu à ce niveau d’information, on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est un peu plus grave qu’un simple problème de calendrier. Par exemple, compte tenu des contraintes budgétaires, le ministère pourrait avoir envie de couper un peu (ou beaucoup) le budget de ces programmes blancs et jeunes chercheurs ? D’ailleurs le ministère n’a pas vraiment attendu les assises pour prendre quelques décisions majeures, comme par exemple un glissement d’argent de l’ANR vers les organismes de recherche (l’ANR perd 80 millions d’euros soit plus de 10% de son budget, et les organismes de recherche en gagnent 115 millions, soit un gain d’environ 2% ; source ici). A ce stade, personne ne sait la répercussion de cette baisse sur les différents programmes de l’ANR.

En cette période d’Assises de l’ESR, rappelons qu’il existe une forte pression d’associations ou syndicats pour la suppression de l’ANR. Si je peux comprendre qu’il y a un besoin de rééquilibrage entre le financement par projets et les crédits récurrents, je ne comprends absolument pas cette fixation sur l’ANR. L’ANR consacre environ la moitié de son budget aux programmes blanc et jeunes chercheurs. C’est une des rares possibilités pour les labos d’avoir des crédits pour conduire une recherche amont. Supprimer ou rogner ces programmes me paraîtrait aller contre nature. Il y a plein d’autres programmes qui fonctionnent sur appels à projets et qui pourraient être questionnés sur leur pertinence.

Pour ma part je partage les avis de l’académie des Science, qui dans un rapport récent (septembre 2012) prend position sur ces programmes blancs de l’ANR : « L’Académie avait incité l’ANR à augmenter le pourcentage de thèmes blancs (non ciblés), ce qui a été en partie fait mais de façon insuffisante, sans tenir compte des sommes globales à répartir entre les différentes disciplines scientifiques. S’il est acceptable que quelques thématiques soient identifiées en raison de l’insuffisance de leur développement actuel ou pour des besoins sanitaires, économiques ou sociaux, cela devrait rester l’exception. Par ses programmes blancs, l’ANR doit jouer un rôle important pour dynamiser les jeunes chercheurs ou équipes et permettre les prises de risques sur des sujets originaux proposés à l’initiative des chercheurs, en veillant aux équilibres entre les disciplines (y compris entre celles qui sont bien établies et les émergentes). Ceci pourrait être réalisé en particulier en diminuant/supprimant les programmes incluant un financement de la recherche industrielle. Des programmes spécifiques bien financés existent pour l’interface industrie/recherche publique (laboratoires mixtes, thèses CIFRE, crédit impôt-recherche, etc.) ». (source ici, page 15).

Advertisements