Je viens de me rendre compte que j’ai mal utilisé un terme dans mes billets précédents. J’ai expliqué à plusieurs reprises que depuis début septembre je fais mes cours en mode hybride (j’ai 50 % des étudiants devant moi et 50 % qui me suivent en direct par vidéo de chez eux). Eh bien ce n’est pas le bon terme car on m’a expliqué qu’une formation en mode hybride c’était une alternance de présentiel et de distanciel (temps différés) mais ce n’est pas faire les choses en même temps. Il faudrait plutôt parler de formation comodale (simultanéité d’un enseignement en présentiel et à distance). Alors j’ai demandé à mon collègue si un « hybride synchrone en alternance » était pareil que « comodale » mais il s’est gratté la tête, haussé les épaules et s’est empressé le mettre fin à la discussion, mimant l’EC débordé.

Mais qu’est-ce que la comodalité ? Après des recherches intensives, j’ai compris que c’était un terme inventé par la commission européenne pour une application dans les transports :  il s’agit d’un «recours efficace à différents modes de transport isolément ou en combinaison dans le but d’obtenir une utilisation optimale et durable des ressources » (source wikipédia). Pour l’enseignement, une déclinaison est proposée par l’Université de Laval (Québec) et certainement par d’autres : « la formation comodale est définie comme étant un système de formation où coexistent de façon simultanée les modes de formation en présentiel et à distance, ce qui permet à l’étudiant de choisir sur une base hebdomadaire le mode de diffusion qui lui convient, en fonction de ses besoins ou de ses préférences » … « À la différence d’une formation hybride, où le mode de diffusion est imposé par l’enseignant à chaque semaine, dans la formation comodale, c’est l’étudiant qui décide quel mode lui convient d’une semaine à l’autre (en classe, à distance synchrone, à distance asynchrone). Ainsi, chaque étudiant peut décider de son propre parcours » (source ici). On pourra lire également ici  un tableau de synthèse qui explique la différence entre formation comodale et hybrique.

Coté étudiants, ce mode de formation comodale offre une intéressante souplesse, tout en responsabilisant les étudiants. Je pense que ça serait surtout utile aux étudiants salariés, ceux-là pourraient s’engager sur les petits boulots en journée plutôt que de trimer le soir.

Coté enseignants et structure d’enseignement, cela demande un certain investissement. Il faut que la salle soit équipée (vidéo, micro sans fil, …). Ça demande l’utilisation d’une plateforme pour se connecter, pour enregistrer, pour stocker, pour diffuser en différé, etc …. Ça existe déjà, bien entendu, mais la prise en main n’est pas si facile et il n’y a pas forcement une assistance technique pour accompagner la démarche. Ensuite ça demande de modifier un peu nos habitudes de tout faire en présentiel. Depuis début septembre, je fais cours/TD synchrone avec 50 % en présentiel et 50 % à distance. Je constate qu’il est très difficile de porter une attention à la fois aux personnes présentes et en même temps de surveiller le fil des personnes à distance. Pour bien faire, il faudrait un assistant d’enseignement. Depuis quelques séances, je demande à un étudiant volontaire de faire ce boulot (ça reste très léger !) et j’avoue que ça me soulage un peu et ça favorise les interactions avec ceux qui sont à distance. Enfin, ça demande qu’il y a ait du contenu en ligne (fiches, supports de cours, exercices corrigés, …). Tout ça demande aussi de l’investissement à réaliser car quand on fait cours en présentiel, on est loin d’avoir tout bien propre à disposition (du moins ce n’est pas mon cas). Si par ailleurs on pouvait simplifier l’utilisation de Moodle, ça serait une aide précieuse ! Hier j’ai encore passé une heure à comprendre comment fonctionne un bête questionnaire … (mais je confesse que je suis peu douée avec ces outils en ligne).

Cet enseignement comodale n’est bien entendu pas adapté à la situation actuelle car nous avons une limite à 50 % d’étudiants en présentiel. Cependant les outils et pratiques pédagogiques que nous sommes obligés de développer en cette période pourraient être ré-utilisés à l’avenir. Si certains enseignants sont de farouches défenseurs du présentiel à tout prix, d’autres trouvent un certain plaisir à développer des pratiques qui les sortent un peu de l’ordinaire.

Alors, l’enseignement à l’Université de demain, à consommer sur place ou à emporter ?