L’évolution de la situation sanitaire impose de nouvelles restrictions dans les Universités (voir billet précédent). Pour certains, ça ne sera pas suffisant et il faudrait aller plus loin pour avoir une chance de vraiment freiner l’épidémie. En effet, il semble que les jeunes soient souvent à l’origine de la chaine de contamination et qu’ils transmettent ensuite le virus à leurs parents et grands-parents.

On a tous un point de vue sur la question des restrictions, souvent divergeant. Pour ma part je pense essentiel de maintenir une activité régulière en présentielle. La jauge à 50 % impose une forme hybride qui n’est pas facile à organiser et à réaliser, mais elle permet d’accueillir en alternance les étudiants, et donc de garder un contact physique avec eux. Bien entendu, si la situation sanitaire empire encore, je changerai d’avis. Certains pensent qu’il faut dès maintenant (ou même il aurait fallu …) encore durcir les restrictions d’accueil dans les établissements. C’est par exemple le cas d’Axel Khan sur Twitter : « Je suis inquiet de la multiplication des contaminations #COVID19 chez les étudiants. Très inquiet. Si j’étais encore président d’université, voici ce que je ferais. Beaucoup de mes collègues l’ont déjà fait, la situation l’imposera. Ne pas tarder serait mieux ». Pour savoir ce qu’il ferait, il faut cliquer sur le lien (ici) qui contient un texte plus long et des propositions.

Parmi les propositions d’Axel Khan, on en trouve une qui est originale : « si possible, proposition de rencontres et d’activités collectives en plein air ». Axel Khan ne donne pas de détail sur ces rencontres et activités collectives, mais il est agréable d’imaginer ce que ça pourrait être. Actuellement, de nombreuses salles ou espaces (salles des fêtes, théâtres, gymnases, stades …) ne sont pas ou peu utilisés : ne pourrait-on pas les investir pour dispenser des cours ou autre forme d’enseignement ? ce sont des espaces volumineux, bien aérés, dans lesquels on pourrait parfaitement respecter à la lettre les consignes sanitaires. Ils sont également sonorisés et disposent souvent de possibilités de supports visuels.

Dans cette configuration, on peut alors tout imaginer et innover. Prenons comme exemple un cours dans un gymnase. Le cours pourrait commencer par une petite séance collective d’assouplissements pour se mettre en condition. Après tout, on n’est pas obligés de faire tout pareil que sur les bancs de la fac, si ?

J’entends déjà les rabat-joie me dire « mais il n’y a pas de table ! » (du moins dans les espaces en plein air)… mais quand on est jeune, ne peut-on pas s’assoir par terre en tailleur ? d’autre diront « mais j’ai cours dans un stade et il fait froid et il va pleuvoir ! ». Ben oui, c’est la guerre mais tu peux aussi mettre une petite laine, faire le tour du stade en courant pour te réchauffer, prendre des feuilles et des crayons waterproof !

On associe souvent l’activité en plein air à une activité physique. Mais je pense fermement qu’elle est tout aussi bénéfique à une activité intellectuelle ou apprenante. D’ailleurs avant nous d’autres en usaient. Par exemple, Aristote enseignait en marchant en plein air avec ses étudiants. Ce type d’enseignement serait bien adapté pour des groupes plus petits. On pourrait alors investir les jardins publics ou même des forêts s’il y en existe à proximité des Universités et faciles d’accès. On pourrait alors marcher, faire un petit morceau de cours ou TD, marcher encore en réfléchissant ou en échangeant des idées ou point de vue sur tel ou tel théorème, théorie ou concept. Les autres avant nous avaient bien intégré les bienfaits de la marche sur l’activité cognitive : « Je destinai, comme je l’avais toujours fait, mes matinées à la copie, et mes après-dînées à la promenade, uni de mon petit livret blanc et de mon crayon : car n’ayant jamais pu écrire et penser à mon aise que sub dio (en plein air) […] la forêt de Montmorency serait désormais mon cabinet de travail » (Rousseau, les confessions, livre 9). De son coté, Friedrich Nietzsche écrivait dans le crépuscule des idoles : « Être cul-de-plomb, voilà par excellence le péché contre l’esprit ! seules les pensées qu’on a en marchant valent quelques chose ». Dans le Gai Savoir : « Nous ne sommes pas de ceux qui n’arrivent à former des penses qu’au milieu des livres – notre habitude à nous est de penser en plein air, marchant, sautant, grimpant, dansant, de préférence dans les montagnes solitaires ou tout proche de la mer, là où même les chemins se font songeurs » (les citations de ce paragraphe ont été volées ici).

Au printemps dernier, tout avait été remis en ordre de marche, sauf les Universités qui sont restées fermées aux étudiants jusqu’à septembre (lire ici) . On était alors au mois de mai. Il était certainement compliqué d’organiser des enseignements pour rattraper le temps perdu mais on aurait pu, au minimum, organiser des examens en présentiel en profitant du beau temps printanier (lire ici).

Cours en distanciel dans une chambre de 10 m2, interdiction de sortir le soir à cause du couvre-feu. L’hiver va être long et maussade, mais il ne tient qu’à nous (universitaires) de l’illuminer …