heures_supsDans l’enseignement secondaire et supérieur les heures supplémentaires, sont fréquentes et ont été beaucoup encouragées (surtout par le gouvernement précédent). Leur volume a fortement augmenté, certainement pour compenser une diminution des effectifs enseignants alors que les effectifs élèves étaient stables. Il est intéressant d’examiner les situations des différentes catégories de personnels et leur disposition à faire des heures supplémentaires. A ce sujet on peut trouver des informations intéressantes dans la note d’information de mai 2013 du ministère de l’Education Nationale (source ici). Cette étude montre que le nombre de HSA (heure supplémentaire annualisée) est déterminé en partie par le corps d’appartenance de l’enseignant.

« Les professeurs agrégés, qui doivent habituellement un service hebdomadaire de 15 heures, font plus souvent des HSA et en nombre plus élevé que leurs collègues professeurs certifiés ou de lycée professionnel (PLP), dont l’obligation réglementaire de service est de 18 heures. À la rentrée 2011, 84 % en font contre moins de trois quarts des professeurs certifiés et des PLP. Près de 43 % des agrégés et professeurs de chaire supérieure font plus de 2 HSA par semaine contre près de 25 % des certifiés et près de 30 % des PLP ».

« Un agrégé de CPGE a un service hebdomadaire de 12,3 heures en moyenne, dont 3,2 heures sont des HSA, alors qu’un agrégé de lycée en formations pré-bac a un service de 16,6 heures en moyenne, dont 1,9 heure sont des HSA ».

Il est intéressant de noter aussi que les HSA sont mieux rémunérés pour les profs de CPGE (donc ils en font plus et mieux payées). La note d’information dit aussi que les HSA sont moins courantes parmi les jeunes enseignants. On pourra penser que le prof expérimenté a plus de temps disponible (du fait qu’il passe moins de temps à préparer ses cours) ou bien que le jeune enseignant n’a pas besoin d’argent supplémentaire.

On voit donc une tendance intéressante qui se dégage. Le nombre d’heures supplémentaires est anti-corrélé  avec le volume du service obligatoire, qui est différent pour les trois catégories discutées ici (certifié dans le secondaire, agrégé dans le secondaire et agrégé en CPGE). Ce nombre augmente donc aussi en corrélation avec le niveau du salaire de base (ceux qui sont le mieux payé sur grille indiciaires sont aussi ceux qui usent le plus d’heures supplémentaires), ce qui est fort curieux. On pourrait penser que l’inverse aurait été plus logique.

La « crise des CPGE » nous rappelle, par de nombreux témoignages qu’on peut lire à foison dans les tribunes ou blogs, que les professeurs de CPGE travaillent beaucoup. Personne d’ailleurs ne le conteste et c’est parfaitement en phase avec les données présentées dans ce billet.  Certains trouvent ce fonctionnement parfaitement normal et manifestement ne comprennent pas (ou ne veulent pas comprendre) la réforme de V. Peillon « nous gagnons beaucoup d’argent parce que nous travaillons beaucoup », et donc « pas touche au grisbi ». D’autres se plaignent d’une surcharge de travail trop importante, parfois présentée comme « imposée » ou « impossible à refuser » par l’inspection générale. J’ai l’impression que ceux-là seraient prêt à réduire la voilure et ses conséquences salariales (mais je me trompe peut-être). Les heures « en excès » pourraient alors être faites par des extérieurs. Cela me rappelle certains débats occasionnés par la loi ESR au printemps dernier quelques mois : « « Il n’y a aucun inconvénient à ce que des professeurs de prépa aillent enseigner à l’université, assure Dominique Schiltz, du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc). Le problème, c’est l’inverse : que des enseignants-chercheurs viennent en prépa. Car cela impliquerait que nous perdrions des heures et de la disponibilité par rapport à nos étudiants. Nous sommes très attachés au principe une classe, un prof, une matière. Et ce principe serait menacé. » Avec une conséquence non négligeable : celle de voir leur salaire diminuer. Or ces professeurs sont très bien payé ». Source ici.

Mais pour revenir à la disparité de revenus, elle pose pas mal de questions d’équité, de partage du travail et des ressources disponibles au sein du monde des enseignants. Il ne serait pas illégitime de réexaminer tout ça et faire bouger les lignes, à défaut d’une remise à plat complète.

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