Reprenons aujourd’hui le texte d’Olivier Beaud « les libertés universitaires » publié dans la revue commentaire (vol 33 n°129, 2010). Selon l’auteur, les libertés universitaires sont des protections contre des menaces, dont on peut compter le rôle des syndicats ou la politisation des universités (voir nos récentes chroniques, ici et ici). Parmi ces menaces, Olivier Beaud liste également les « pouvoirs extérieurs », ce qui est le thème de la présente chronique.

« La liberté académique est perçue comme une arme de défense contre des interventions de puissances extérieures pouvant remettre en cause la nécessaire liberté dont doit jouir l’universitaire pour exercer correctement son métier » […] « la liberté académique est une liberté par rapport à quelque chose et à quelqu’un car elle s’est construite en opposition à des autorités politiques, sociales et économiques qui entendent exercer une contrainte ou une pression, d’intensité variable, dont l’effet est de limiter ou d’anéantir la liberté intellectuelle, propre à l’exercice du métier d’universitaire ».

L’universitaire vit-il dans un monde isolé de l’extérieur ? Est-il comme un moine retiré du monde et qui pense et intellectualise sans contact ni interaction avec ses contemporains et leurs organisations ? J’aurais tendance à dire qu’au contraire, pour réaliser et enrichir son travail de recherche ou d’enseignement, je pense qu’il est préférable que l’universitaire soit à la croisée de multiples interactions (donc d’influences et de possibles interventions ou corruptions). Ces influences et interventions extérieures, qu’elles soient d’ordre politique, religieux, social ou économique, sont permanentes. L’universitaire doit en prendre acte et œuvrer au cœur d’elles. S’il veut faire son métier correctement il aura une conscience aigue des dangers potentiels et développera son esprit critique et son esprit d’indépendance. Bref il doit se donner une ligne de conduite, s’accaparer sa « liberté intellectuelle propre à l’exercice de son métier ».

« En réalité, cette idée d’une protection contre l’intervention, l’immixtion d’un tiers, c’est-à-dire d’un pouvoir (quel que ce soit ce pouvoir), constitue le cœur de la notion de liberté académique. Elle implique une certaine clôture du monde universitaire, clôture rendue nécessaire pour pouvoir penser le monde ».

Il me semble que l’auteur est ici délibérément provocateur et pousse sa démonstration un peu à l’extrême. Se clôturer pour être libre… C’est un raisonnement très paradoxal que je peux comprendre dans une certaine mesure mais auquel je n’adhère pas. Il traduit un manque de confiance en la communauté universitaire qui serait incapable de résister aux tentations, dérives ou corruptions du monde extérieur (donc l’enfermer pour la protéger et ainsi sauvegarder ses libertés … un peu comme on cherchait à préserver la virginité d’une belle princesse à une époque lointaine…). Pour ma part j’ai toujours eu une vision d’une université ouverte sur le monde. Et j’ai l’impression que pour enrichir sa pensée et donc son travail, l’universitaire devrait au contraire parcourir le monde, lire, écouter, échanger, rencontrer des gens et confronter les expériences.

La belle princesse clôturée gardera certainement sa virginité mais ne connaîtra pas les plaisirs de l’amour. L’universitaire clôturé se gardera probablement de l’influence du monde et gardera son intégrité intellectuelle. En revanche il sera incapable de comprendre ce monde car incapable de l’appréhender ou de l’expérimenter. Bref il ne saura pas ce qu’est savourer les plaisirs de la science, pas plus qu’il ne sera capable de les partager avec ses contemporains.

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