Dans son article « les libertés universitaires » (revue Commentaire vol 33 n°129, 2010), Olivier Beaud nous explique (entre autres) que la liberté académique est une protection contre certaines menaces. Parmi ces menaces, l’auteur identifie celle de la politisation des universités, qui comprend la place qu’occupent les syndicats d’enseignants ou d’étudiants et l’ingérence du pouvoir politique dans le fonctionnement de l’université. Parlons aujourd’hui de la politisation des universitaires et du rôle des syndicats.

L’auteur mentionne l’après Mai 68 et sa politisation qui a influencé le fonctionnement de l’université, comme par exemple la gouvernance avec la présence des syndicats dans les élections aux divers Conseils des universités. Il pointe aussi la phase préliminaire du recrutement des universitaires et l’examen des promotions qui sont réalisés par le Conseil National des Universités (CNU). Olivier Beaud nous rassure : « Mais, depuis les années 1980, les choses ont grandement changé. La politisation des universités ne peut plus être considérée comme une menace ».

Là je reste un peu dubitative. Les syndicats présentent toujours des listes aux élections des conseils des universités. Et à ma connaissance, ils s’y font élire et donc occupent toujours des sièges, avec des configurations certainement très diverses d’un site à l’autre. Je ne vois pas vraiment ce qui a changé depuis les années 1980. Peut-être que le nombre d’électeurs pour les syndicats a changé depuis cette période mais la menace est toujours aussi présente. Pour être très franche, et en espérant que Monsieur Beaud me pardonnera une petite digression,  il y a plusieurs points que je ne comprends pas très bien sur ce dossier des syndicats universitaires (1) le taux de syndicalisation des universitaires est très faible et pourtant la représentation syndicale reste forte dans les conseils (2) Etant donné le taux de syndicalisation très faible, les syndicats ne sont guère crédibles et audibles par le gouvernement et c’est bien regrettable. Il faut dire qu’ils ne sont pas vraiment à la hauteur des enjeux en luttant contre toute forme de réforme à l’université (3) Pourquoi les syndicats participent-ils à la gouvernance des universités ? Est-ce le rôle d’un syndicat que de diriger ? En quoi la gouvernance d’une université devrait-elle obéir à une logique syndicale ?

La LRU a considérablement changé le nombre de membres dans les conseils des universités. On est passé de 60 à 30 membres au maximum. Elle a changé aussi le mode de scrutin avec une prime majoritaire à la liste qui arrive en tête, ce qui limite le nombre d’opposants et ce qui représente un frein à la diversité (mais un gain d’efficacité certain …). On n’en a pas beaucoup parlé, mais mon impression est que cette réforme majeure de la gouvernance était surtout faite pour tenter de limiter le rôle des syndicats dans les conseils des universités. Étant donné que le taux de syndicalisation est faible chez les universitaires, un petit calcul devrait logiquement amener à ce que les listes syndicales soient minoritaires. Si on offre une prime majoritaire au vainqueur, mécaniquement on pénalise les listes qui arrivent derrière, donc les syndicats. Là le pari est très risqué car si une liste syndicale arrive en tête, alors elle est majoritaire dans les conseils et fait alors la pluie et le beau temps à l’université. Diabolique LRU : la chance et la menace réunis !

Au sujet des syndicats, on peut aussi constater que depuis les années 1980, certains d’entre eux ont évolué. L’évolution la plus marquante est probablement à mettre à l’actif du SNESUP (FSU), qui est le syndicat majoritaire à l’université chez les enseignants. Il est bien connu que ce syndicat est aujourd’hui fortement influencé par les professeurs détachés du secondaire (les PRAG) qui sont arrivés en masse dans le supérieur pour faire face à la massification des étudiants. Les PRAG sont-ils des universitaires ? Ils sont certes enseignants du supérieur mais ils ne font pas de recherche. Dans ces conditions, sont-ils pertinents pour défendre les intérêts des EC ou les libertés universitaires ?

Coté CNU (conseil national des universités), rien n’a vraiment changé non plus. Le CNU est constitué de 2/3 d’élus et 1/3 de nommés. Le mode de scrutin pour l’élection est un scrutin de liste sans panachage, ce qui donne une prime à la représentation de type syndicale (conséquence de la très faible structuration collective des universitaires hors syndicats). Pourtant, comme le note Olivier Beaud, le « déroulement d’une carrière universitaire devrait être totalement étranger à une logique syndicale ». Le rôle du CNU va maintenant s’accroître considérablement du fait de sa nouvelle mission d’évaluation quadriennale de tous les universitaires (voir ici), ce qui d’ailleurs est un non-sens dans le cadre d’une autonomie des universités.

Contrairement à Olivier Beaud, je ne pense pas que la « politisation des universités ne peut plus être considérée comme une menace ». Les évènements récents montrent qu’au contraire cette menace est toujours présente. Outre les syndicats, les associations jouent maintenant un rôle important comme par exemple SLU qui tente d’accaparer l’université à des fins politiques (voir notre billet sur ce thème : refaire de l’université un objet politique). Je trouve un peu surprenant que l’auteur n’en parle pas. On y reviendra prochainement sur la Gaïa Universitas.

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