Je ne sais pas si on retiendra beaucoup de choses du quinquennat d’E. Macron en ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche. On a plutôt l’impression que ce n’était pas une préoccupation majeure et un investissement prioritaire. La seule action d’envergure est la loi LPR, qui est une loi de programmation budgétaire et qui fait porter l’effort sur les gouvernements suivants. Mais je peux avoir oublié quelque chose d’important … (je cherche dans ma tête mais je ne trouve rien).

La LPR, si elle n’est pas remise en cause en 2022 par le futur gouvernement, permettra une augmentation significative des crédits ANR, avec une promesse d’un taux de succès de l’ordre de 30 %. Si ce taux est atteint, alors on sera dans une configuration où la grande majorité des équipes de recherche sera financée par l’ANR. La LPR est loin des slogans de « loi darwiniste et inégalitaire » car au contraire elle permet de réduire les inégalités (lire ici).

En ce qui concerne les crédits récurrents (ceux qui sont donnés annuellement sans condition de projet ou de performance), à ma connaissance ils n’ont pas évolué. Il aurait été bienvenu que la LPR permette un rééquilibrage entre les crédits récurrents et ceux sur projet.

Je ne pense pas qu’il existe une règle claire pour la ventilation des crédits récurrents. Ils sont donnés aux établissements qui les distribuent ensuite aux diverses sources de dépenses (laboratoires, départements d’enseignement, entretien des infrastructures, etc …). Pour ce que je connais, les dotations du CNRS sont directement données aux laboratoires mais le calcul du volume donné semble assez opaque, c’est-à-dire qu’on ne sait pas vraiment comment elles sont calculées. Coté Université, chez moi, il existe une équation qui permet de calculer le volume dévolu à chaque unité de recherche (nombre d’EC dans les labos, domaine de recherche). Ensuite, chaque laboratoire à sa propre politique : certains labos flèchent une partie de l’argent sur les équipes ou les individus alors que d’autres optent pour une gestion plus mutualisée.

Dans une tribune récente, le collectif RogueESR propose d’individualiser les dotations récurrentes: « Nous proposons de remplacer les agences de moyens par un système fondé sur l’octroi d’une dotation budgétaire par tête. En 2021, le milliard de l’ANR aurait permis une dotation de 15 k€ par chercheur titulaire (équivalent temps plein). Cette dotation individuelle devrait être allouée selon une grille disciplinaire adaptée à la diversité des besoins, à partir d’une enveloppe globale augmentée. Une fraction de cette dotation sera placée dans une banque de moyens administrée par les pairs, afin de financer les projets de coopération. Ce dispositif pourra être complété par des réseaux de recherche thématiques sur des questions jugées prioritaires et demandant des moyens supplémentaires » (source ici).

L’idée d’une dotation par « tête de pipe » n’est pas nouvelle. Elle est intéressante, elle a une clé de répartition claire et il est légitime que l’Etat donne à ses agents des moyens pour réaliser les missions de l’emploi.  Mais elle n’est pas sans poser quelques difficultés (sinon on l’aurait adopté depuis longtemps).

  • Tout d’abord on peut noter que cette proposition va à l’encontre de l’idée d’une recherche collective et va favoriser l’individualisation de la recherche.
  • Ensuite on peut noter que le calcul de RogueESR pourrait être revu à la baisse. En effet, dans les projets ANR il n’y a pas que du fonctionnement. Il a aussi souvent des équipements (pour les sciences expérimentales) et du personnel (thèses et post docs). La dotation par tête de pipe sera alors plus faible (de l’ordre de la moitié ?).
  • RogueESR milite pour une dotation basée sur un équivalent temps plein. Cela veut dire que l’enseignant-chercheur recevra moitié moins que le chercheur d’un organisme de recherche. Je trouve ça injuste mais je peux revoir ma position si on me démontre que le chercheur CNRS travaille (publie) en moyenne deux fois plus que l’enseignant-chercheur.
  • RogueESR semble prévoir des différentiels de dotation selon les disciplines, ce qui semble logique. Mais à l’intérieur même d’une discipline, les besoins peuvent être très divers. Par exemple, les besoins d’un expérimentateur ne sont pas du tout les mêmes que ceux d’un modélisateur ou d’un théoricien. Pour un même profil de recherche, on peut aussi avoir de grosses différences, avec par exemple le cas d’un chercheur qui carbure à fond et un autre qui se la coule douce. Et puis la carrière est rarement linéaire. On est parfois dans des périodes de forte activité, avec plein d’idées et d’énergie alors que d’autres périodes seront plus calmes avec donc des besoins moins importants. La dotation par individu devra à un moment prendre en compte ces configurations multi paramètres. Je pense que l’équation va être compliquée à établir et que ça risque d’engendrer des conflits majeurs (car les deux sources majeures de conflits sont les sous et les postes).
  • Enfin le collectif RogueESR prévoit une fraction d’argent pour financer les projets de coopération. En fait, le collectif veut supprimer l’ANR pour recréer quelque chose qui ressemble à l’ANR car le but de l’ANR est justement de financer des projets de coopération.

Cette idée de financement par dotation individuelle est l’une des propositions pour un programme électoral pour la présidentielle 2022. Je ne sais pas bien s’il s’agit d’une candidature collective à la présidentielle (le collectif a récemment fait une candidature collective pour la présidence de l’HCERES, alors …) ou bien si c’est pour alimenter le programme de l’un des candidats (dans ce cas je me demande bien lequel). On verra car il semble que ce programme soit encore en construction.