Notre billet précédent traitait de la question de l’investissement des régions dans la R&D civile, avec une attention plus particulière pour le secteur public « les régions qui investissement dans la R&D ». Nous avons pu constater une très grande disparité de pratiques. Des régions sont attentives à cet effort de recherche (Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées et Provence-Alpes-Côte d’Azur, Languedoc-Roussillon). A l’inverse les régions du nord de la France n’investissent que très peu dans la recherche (Nord-Pas-de-Calais, Picardie, Champagne-Ardennes, Lorraine).

Aujourd’hui nous allons essayer de comprendre la répartition de cet investissement du secteur public dans ces régions, pour l’enseignement supérieur et le CNRS. Pour tous les histogrammes, j’ai gardé le même ordre des régions sur l’axe des abscisses que pour le billet précédent (ordre qui traduit le volume total d’investissement dans la R&D, public et privé confondus). Commençons par rappeler la part de la DIRD secteur public avec la figure 1. La moitié des investissement français est effectuée par deux régions (Île-de-France 39% et Rhône-Alpes, 11%). Pour mieux estimer l’effort relatif des régions, il est important de faire une normalisation. C’est ce que montre la figure 2, avec les mêmes données que la figure 1, mais normalisées à la densité d’habitants dans les régions. On constate une très forte inégalité d’investissement. L’Île-de-France dépense 10 fois plus que la Picardie (les deux extrêmes). On peut voir aussi que cinq régions dominent le paysage (Île-de-France, Rhône-Alpes, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur,  Languedoc-Roussillon et Alsace). On remarque que mise à part l’Aquitaine, ces cinq régions sont celles qui ont bénéficié du plan grand campus en 2008 (les données présentées ici datent de 2008, donc proviennent d’un panorama antérieur à 2008). Ce plan campus a donc alimenté des structures déjà bien soutenues par leurs régions, qui d’ailleurs les ont certainement accompagné pour monter ce projet campus. Voir également le billet « Universités d’excellence et régions » car c’est certainement ces universités qui seront soutenues dans le cadre du « grand emprunt ». Ces régions, si on ajoute aussi l’Aquitaine, totalisent un peu plus de la moitié de la population française (53,1%).

Figure 1 : Part de la DIRD secteur public en %.

Figure 2 : Part de la DIRD secteur public, avec une normalisation avec la proportion des habitants dans les différentes régions. La hauteur des colonnes permet donc une comparaison directe entre régions.

Tentons maintenant de raffiner ces données. La DIRD du secteur public comprend de l’enseignement supérieur et la contribution des organismes de recherche (CNRS, INSERM, INRA, etc …). La figure 3 montre cette DIRD de l’enseignement supérieur en incluant directement la normalisation en densité d’habitants dans les régions. On s’attendrait à une répartition assez équilibrée, mais là encore il y une forte disparité. La région Île-de-France dépense pour son enseignement supérieur trois ou quatre fois plus que les régions Centre, Picardie, Basse et Haute Normandie, Champagne-Ardenne. On remarque que ces régions entourent l’Île-de-France, on peut donc penser que cette région absorbe une partie significative des étudiants des régions qui l’entourent. Ainsi la position de tête de l’Île-de-France serait alors assez logique.

Figure 3 : Part de la DIRD secteur public consacrée à l’enseignement supérieur, avec une normalisation avec la proportion des habitants dans les différentes régions. La hauteur des colonnes permet donc une comparaison directe entre régions.

Examinons maintenant la contribution du CNRS dans cette DIRD. C’est illustré par la figure 4, avec toujours une normalisation selon le nombre d’habitants dans les régions. On constate alors une extrême diversité selon les régions de l’implantation ou l’investissement du CNRS. On remarque que le CNRS est fortement implanté dans les régions qui sont également soutenues par le plan grand campus. L’Alsace se distingue, en deuxième place derrière l’Île-de-France. On remarque la bonne position de la Lorraine dans ce classement.

Figure 4 : Part de la DIRD secteur public du CNRS, avec une normalisation avec la proportion des habitants dans les différentes régions. La hauteur des colonnes permet donc une comparaison directe entre régions.

En conclusion, on peut constater que les régions ne sont pas logées à la même enseigne. Le facteur prédominant semble être l’implantation du CNRS dans les régions. Là où le CNRS est présent, les régions sont puissantes en termes d’investissement dans la recherche et le développement (secteur public). Ce sont ces régions qui attirent les investissements, y compris d’Etat comme en témoigne les orientations récentes du plan grand campus et ceux que l’on peut anticiper du grand emprunt.

Régionales en quatre volets : Volet 1 « les régions qui investissent dans la recherche et le développement ». Volet 2 : « l’investissement dans l’enseignement supérieur et contribution du CNRS ». Volet 3 : « les régions et leurs chercheurs ». Volet 4 : « les régions qui publient ». Toutes les données présentées proviennent du rapport biennal de l’Observatoire des Sciences et des Techniques (OST) « Indicateurs de sciences et de technologies », 2008 (ici).

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