tirageausortA l’occasion de la rentrée 2016 et APB, on reparle de l’orientation des étudiants. Comme on le sait, l’université n’a pas le droit de sélectionner ses étudiants. Ainsi, dans les filières sous pression (par exemple les STAPS), c’est un tirage au sort qui règle le problème quand le nombre de candidats dépasse les capacités d’accueil.

Il y a quelques semaines, il y a eu une petite polémique autour d’un éventuel tirage au sort pour les candidats à des études en médecine dans les universités franciliennes, lancé par Le Monde (source ici). Cela avait été rapidement démenti par le rectorat de Paris (source ici). A cette occasion, T. Mandon avait déclaré que tout sera fait pour que « le tirage au sort pour accéder en première année de médecine n’existe jamais: il n’y a pas plus stupide comme moyen de sélection surtout pour accéder à des filières très sélectives ». Je trouve cette déclaration un peu étonnante car la première année de médecine (Paces) n’est pas une filière sélective. La sélection se fait par concours à l’issu de la première année …

Pour ce concours Paces, il faut rappeler qu’il y a 80-85 % d’échec. Ainsi, certaines personnes souhaitent voir une sélection dès l’entrée en première année afin de limiter les dégâts. Par exemple, Frédéric Dardel, président de l’université Paris-Descates, dit : « le tirage au sort n’est pas une meilleure solution pour remédier à ce problème. Ce n’est pas le choix des universités » […] « On constate qu’en l’absence de sélection à l’entrée du système, on a des étudiants qui ont un profil pour réussir la première année de médecine, et d’autres qui ne l’ont pas, dont on sait qu’ils vont échouer. En cinq ans, aucun étudiant issu d’un bac non scientifique n’a réussi le concours à l’issue de la 1ère année dans son université. Cela représente 200 à 300 personnes par an, vouées à l’échec ». […] « Ce que je souhaite, c’est que l’on mette des pré-requis à l’entrée pour éviter que ces gens, qui n’ont aucune chance de réussir le concours, ne prennent, s’il y a un tirage au sort, la place de ceux qui ont une chance de réussir l’examen ». (source ici).

Jean-Loup Salzmann (président de la CPU) et Gilles Roussel (président de l’université Paris-Est Marne-la-Vallée) ont écrit une tribune dans Le Monde au sujet du tirage au sort, titrée « tirage au sort à l’université, une vaste hypocrisie antirépublicaine ».   Extraits : « L’idéalisme républicain cultive ses mythes dont celui, bien ancré dans notre société, qui consiste à faire croire à chaque bachelier que, quelles que soient ses compétences, il pourra accéder à toutes les filières universitaires et y réussir. La réalité est toute autre ! Doit-on continuer à accepter ce gâchis social en se cachant derrière un pseudo-mythe de l’égalité, qui au bout du compte produit l’exclusion des plus fragiles ? » […] « Qui peut comprendre que l’accès à des filières « en tension » se fasse sans prendre en compte les compétences des bacheliers, leurs résultats scolaires et/au baccalauréat ? Personne. Qu’une admission dans une filière universitaire se fasse au hasard et non pas sur les qualités des candidats est une hérésie et ne peut que ternir l’image de l’université et de la qualité de ses diplômes ». […] « On ne repart pas de zéro en accédant à l’université, on y consolide ses acquis pour acquérir de nouvelles compétences. Les lycéens et leurs familles ont droit à la transparence et au langage de vérité ». Source ici.

En résumé, ce qui est demandé, c’est que les universités puissent sélectionner les étudiants sur des critères de pré-requis, certainement après un examen des dossiers. Par exemple, dans les filières beaucoup demandées, on pourrait préférer prendre un étudiant avec un bon dossier plutôt qu’un étudiant médiocre et ayant un bac inadapté. Dingue ! Cherche-t-on là à détruire l’égalité des chances ? Ou la réussite pour tous ? Au moins le tirage au sort avait l’avantage de mettre tout le monde à égalité des chances. De plus, il évite également le développement d’une hétérogénéité de niveau entre les universités. En effet, on imagine bien le cauchemar que représenterait une sélection par dossier, car très rapidement il y aurait une différenciation des filières en termes de performance, bref l’horreur total en termes d’égalité. Bien entendu quelques grincheux feront remarquer que, sans sélection-orientation, c’est difficile d’enseigner en première année tant le niveau des étudiants est hétérogène … que ceux-là se débrouillent et assument les conséquences de leur refus de sélection à l’entrée de l’université !

Devant l’augmentation du flux d’étudiants à l’université, et le peu de popularité de la pratique du tirage au sort, le gouvernement a demandé aux universités d’augmenter leurs capacités d’accueil, en particulier dans les filières sous tension. La réponse de la CPU est la suivante : « En tant qu’universités autonomes et responsables, et au regard de la dégradation de la soutenabilité financière de notre offre de formation qu’une telle augmentation, sans contrepartie, entrainerait, la CPU considère que la demande du ministère n’est pas acceptable en l’état ». Source ici.

Universités « autonomes et responsables » … ah bon ?

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