tailleIl est devenu très tendance de glorifier les petites structures et de fustiger les créations de « gros mastodontes » ou « d’usines à gaz ingérables », tout particulièrement dans le contexte de fusions ou de la mise en place des COMUE. Chacun y va de sa petite phrase, comme par exemple Jean Tirole qui déclare qu’il faut « revenir à des établissements pluridisciplinaires de petites taille. La norme internationale se situe à 10-15.000 étudiants, pas plus. En France, les universités sont bien au-delà de ces chiffres, ce n’est pas sérieux » (source ici). Très curieusement, ces chiffres sont à peu près les mêmes que ceux avancés par Edgar Faure en 1969 (lui permettant au passage de justifier la grande fragmentation post-68). Autre exemple, celui de Philippe Jamet (actuel président de la CGE) : « Quand on regarde le Classement de Shangaï c’est clairement la catégorie d’universités située entre 10 000 et 30 000 étudiants qui domine » (lire ici). Sur la toile, beaucoup prennent le classement de Shanghai pour argumenter qu’il ne faut pas faire de grosses universités (en effet, les premières places sont surtout monopolisées par des structures de petite taille.

Examinons d’un peu plus près ces différents propos. Par bonheur, un lecteur m’a envoyé le classement de Shanghai 2014 avec les tailles des universités, ce qui m’a permis de faire un peu de statistiques sur la question.

La première remarque c’est que les premières places sont occupées essentiellement par des universités privées. Parmi les 10 premiers, il y a 7 universités privées, avec des frais d’inscription très élevés et fortement orientées vers la recherche comme en témoigne la proportion importante de « graduate students ». Bref on est très loin du modèle de nos universités françaises et il me semble que la comparaison n’a aucun sens. Sur la question de la taille, la taille moyenne des 10 premières est de 16 500 étudiants (mais 13 100 pour les privées et 24 200 pour les publiques).

Si on prend maintenant les 100 premiers, on compte 75 universités publiques et 25 universités privées. La taille moyenne de l’ensemble est de 26 600 étudiants (16 100 pour les privées et 29 600 pour les publiques). Donc on peut conclure que les meilleures universités mondiales publiques ont en moyenne 30 000 étudiants. Et si on ne regarde que les universités publiques (plus proches de nos universités françaises), on se rend bien compte que les déclarations de Jean Tirole et de Philippe Jamet sont à côté de la plaque.