selectionOn peut lire sur le site de l’Express, une interview croisée de G. Fioraso et V. Pécresse (lire ici). Les questions tournent autour de deux thèmes majeurs : le taux d’échec à l’université (et en particulier le cas des bacs pro) et la sélection à l’université. Thèmes récurrents sur Gaïa, et au risque de vous lasser, voici quelques phrases choisies de nos deux duettistes.

G. Fioraso focalise son propos sur les bacheliers pro : « En vingt ans, leur nombre a doublé ! Or la moitié d’entre eux souhaitent poursuivre leurs études après le bac. Sur ce sujet, on a manqué d’anticipation. Nos filières ne sont pas adaptées et leur taux de réussite en licence, 3,5%, est intolérable ». A ce sujet, elle veut créer une nouvelle voie post-bac qui leur serait réservée et qui serait appelée « brevet professionnel supérieur » (lire ici, par exemple). On ne sait pas encore qui sera en charge de cette formation : universités ? Lycées ? Des établissements créés pour l’occasion ?

On se souvient qu’il y a deux ans, G. Fioraso avait souhaité une orientation privilégiée vers les BTS et IUT pour les bacs pros. Est-ce que l’idée de ce nouveau brevet ne serait pas un constat d’échec de cette orientation souhaitée ? Le problème qui se pose est que le flux de bacheliers pro augmente de façon importante «  le flux à absorber serait supérieur à 200.000 étudiants par an, soit largement supérieur à la capacité d’accueil des BTS ». Pour ma part, j’espère qu’on n’aura pas l’idée géniale de refourguer ça aux universités …

Par ailleurs, il serait sain de rappeler de temps en temps que la finalité d’un bac pro n’est pas la poursuite d’étude. Il n’a pas du tout été conçu dans ce sens. Et pourtant, aujourd’hui, la moitié d’entre eux tentent de poursuivre leurs études ! N’y a-t-il pas là un problème qu’il faudrait examiner à la source ? Cela me fait un peu penser aux étudiants titulaires d’un DUT qui à environ 80 % poursuivent leurs études alors que ce diplôme est professionnalisant …

De son côté V. Pécresse nous dit que les bacheliers pro ne sont pas le problème majeur : « Ceux-ci représentent moins de 10% des effectifs des étudiants à l’université. Parlons du reste et ne nous voilons pas la face. 50% d’échecs à la fin de la première année de licence, c’est beaucoup trop. Cela coûte cher à la collectivité et c’est dévalorisant pour les jeunes. ». […] « Le problème, c’est qu’on laisse s’inscrire à l’université des élèves dont on sait parfaitement qu’ils n’ont pas les moyens d’y progresser avec succès ». C’est vrai qu’il y a là un problème grave : malgré le taux d’échec démentiel, certains continuent à défendre une non-sélection à l’université, ouvrant les portes à des bacheliers dont les prérequis ne sont pas du tout adaptés à telle ou telle licence et qu’on envoie alors au casse-pipe en parfaite connaissance de cause. Irresponsable !? On aura compris que V. Précesse est favorable à une orientation sélective. Paradoxalement, elle n’aura pas essayé de mettre en place durant son mandat. Il est vrai que le thème de la sélection à l’université est une patate chaude car on est assuré d’avoir les étudiants dans la rue.

V. Pécresse est donc favorable à une orientation sélective. « Accorder à chaque bachelier le droit d’étudier dans le supérieur, mais pas n’importe où. Il ne s’agit pas de faire une sélection couperet, mais de définir des prérequis pour chaque inscription. Continuer à autoriser un bachelier professionnel à s’inscrire en licence de philosophie est un non-sens».

G. Fioraso n’est pas d’accord sur cette question de sélection à l’université. Elle veut un système non sélectif. C’est à l’université d’adapter ses programmes et sa pédagogie aux étudiants qu’elle reçoit de façon non contrôlée : « Il est vrai que l’université doit trouver de nouvelles réponses à la très grande hétérogénéité de son public. Cependant, l’orientation sélective proposée par Valérie Pécresse n’est pas une solution. Il faut avant tout mettre en oeuvre des mesures pour lutter contre le décrochage des étudiants. La démocratisation de l’enseignement supérieur appelle une révolution pédagogique. C’est l’enjeu du numérique, des amphis inversés et des Mooc». […] « Pour atténuer l’échec en premier cycle, la spécialisation progressive en licence, que nous sommes en train de mettre en place, me semble mieux adaptée et plus juste. L’idée est de proposer aux étudiants un parcours à la carte, où ils se détermineront au fil de l’eau, selon leur appétence et leurs résultats. Pour ceux qui sont en difficulté, je suis favorable à la mise en place de summer schools».

Le débat tourne donc autour de la question suivante : est-ce aux formations de s’adapter en fonction des étudiants qu’elle reçoit ou bien doit-on contrôler l’entrée aux formations pour avoir des étudiants adaptés aux formations ?