comueOn y voit maintenant un peu plus clair à propos des ComUE. Il y en aura 25 au total, avec semble-t-il de grosses disparités de taille et de philosophie de constitution. Si on se réfère au nombre d’étudiants, la plus grosse ComUE est celle de l’université Bretagne-Loire avec 160 000 étudiants, suivie de l’Université de Lyon (130 000), Lille Nord de France (125 800), Sorbonne Paris Cité (120 000) et l’Université fédérale de Toulouse (108 600). Les plus petites sont Paris Sciences et Lettres (14 000), Université de Champagne (30 000), Clermont Université (31 600) et Université de Picardie (32 700). On peut voir tous les chiffres sur deux cartes, l’une sur le site de la CPU (ici) et l’autre dans un article du Monde (ici).

Sur ce blog, j’ai toujours milité pour les processus de fusion et de regroupement. Mais je les voyais plutôt sous l’angle de la métropole et de la refondation d’universités omnidisciplinaires (en gros 1 métropole = 1 Université pluridisciplinaire – bien entendu plusieurs sur Paris). Dans les constitutions des ComUE, il semble que souvent c’est la logique régionale qui a été retenue (de l’ancien découpage régional). C’était d’ailleurs le but de G. Fioraso, qui avait donné une claire préférence pour des regroupements ayant les contours des académies (donc des régions), tout en précisant, soyons honnête, que ce n’était pas obligé. Donc pour ma part, je reste un peu sur la réserve quand je vois les regroupements qu’on nous propose aujourd’hui. On met clairement le pas dans une régionalisation de l’ESR et je me demande si c’est une bonne idée (mais peut-être … ?).

Le second élément qui fait peur, c’est la taille de certains de ces regroupements, parfois sur des territoires immenses avec des sites très éclatés (exemple, l’Université de Bretagne Loire). La bannière d’une métropole me parait plus lisible que celle d’une région, d’autant plus dans un pays jacobin comme le nôtre. Avec les ComUE qu’on nous présente, je n’ai pas l’impression qu’on aille là vers une simplification du paysage et je doute que ça soit bien lisible, en particulier à l’international. On a plutôt l’impression qu’on ajoute une couche. Cela simplifie peut-être les choses du côté ministère, il y aura à terme beaucoup moins d’interlocuteurs mais cela rajoute une complexité supplémentaire pour tous les établissements (celle de l’articulation ComUE, qui me paraissent avoir plus de pouvoirs que les anciens PRES – ça risque d’être chaud dans les CA des ComUE quand il s’agira de se répartir le magot).

L’élément suivant que je ne comprends pas bien, c’est celui des statuts des ComUE. Une ComUE est un EPSCP (Etablissements publics à caractère scientifique culturel et professionnel), tout comme certains des membres qui sont eux aussi des EPSCP (en bref, comment ça marche des EPSCP embedded dans un EPSCP). Il y a clairement un conflit de compétences (car un EPSCP est supposé avoir une autonomie budgétaire, pédagogique, stratégie de la recherche, …). Certainement que dans les Statuts de chaque ComUE il est défini le rôle de chacun et la nature des compétences transférées à l’échelle supérieure ou gardée au sein des membres. Mais dans ce cas, on aurait alors des EPSCP qui n’auraient pas les pleines compétences inscrites dans la loi et le code de l’éducation. A mon avis, les partisans et dirigeants de ComUE vont avoir un très gros travail pédagogique à faire pour bien expliquer à quoi sert une ComUE et en quoi c’est la solution qu’il fallait apporter à notre ESR à bout de souffle.

Enfin, les chiffres sur les cartes qu’on peut voir sur le site de la CPU et dans le petit article du monde met en évidence les extrêmes disparités territoriales en termes d’investissement de l’Etat dans l’ESR, à la fois financier et humain (et qui se sont amplifiées avec la vague des BiduleX des PIA du gouvernement précédent). Si j’en trouve le temps, je tenterai de revenir sur ce point car là on a très clairement une France qui n’est pas équilibrée, ce qui contraste fortement avec les promesses de F. Hollande lors de son élection en 2012. A ma connaissance, aucun programme n’est à l’œuvre pour rééquilibrer tout ça.

Concrètement, que vont devenir ces ComUE ? Peut-être est-ce une étape de plus vers le chaos ? Peut-être qu’un contraire c’est une étape qui conduira à terme à une simplification, une sorte de voie transitoire pour contourner habilement les conservatismes qui foisonnent dans notre paysage actuel. A surveiller !

A noter un billet sur le même sujet, chez notre ami Mixlamalice, à lire ici.