Après avoir obtenu en fin de 3ème année (bac+5) leur diplôme d’ « Ingénieur de l’Ecole Polytechnique » (qui atteste beaucoup plus d’une éducation scientifique généraliste que d’une formation d’ingénieur), les élèves de l’X doivent maintenant, pour avoir droit au titre d’ «  Ancien élève »,  obtenir en un à deux ans un master spécialisé d’une université française ou étrangère ou un diplôme d’ingénieur d’une école française. Il y a là une possible source précieuse d’éléments de comparaison entre la qualité des meilleurs établissements d’enseignement supérieur du monde entier. Cette source n’est pas exploitée de façon systématique, alors qu’elle pourrait fournir des éléments beaucoup plus complets sur ces établissements que les classements de Shanghai, du Times Higher Education ou des Mines ; on pourrait d’ailleurs suggérer aux responsables de notre enseignement supérieur que cette enquête pourrait avantageusement être étendue à tous les diplômés d’universités ou d’écoles françaises qui ont eu l’occasion d’obtenir un diplôme complémentaire à l’étranger, et que consacrer un budget à une telle étude serait un investissement judicieux.

La revue des anciens de l’X a effectué une enquête (sans prétention scientifique, puisque le résultat se limite à une sorte de Guide Michelin des formations supérieures mondiales) auprès des dix dernières promotions sorties de l’École Polytechnique et recueilli 758 réponses, qui se partagent pour moitié entre la France et le reste du monde. Les Etats-Unis représentent le tiers des réponses. Cent huit écoles ou universités sont concernées, dont 45 en France, 22 aux Etats-Unis, 41 dans d’autres pays.

La première partie du questionnaire demandait aux élèves de noter dix critères de choix d’une formation complémentaire.

Chacun était invité à noter, selon les mêmes critères, l’impression ressentie. En pondérant par le poids que le répondant a lui-même accordé au critère considéré on peut calculer une note d’appréciation de la formation suivie dans chaque établissement.

Sur le modèle du Guide Michelin, les établissements étaient ensuite répartis entre plusieurs catégories :

  • 3 étoiles (note supérieure à 17,5) : « Un des meilleurs établissements mondiaux »
  • 2 étoiles (note supérieure à 15,5) : « Excellente formation à tous égards »
  • 1 étoile (note supérieure à 14) : « Une très bonne formation dans sa spécialité »
  • pas d’étoile (moins de 14) : « Établissement simple, mais convenable ».

Le palmarès a été limité à la trentaine d’établissements pour lesquels ont été reçus au moins 5 réponses

LE PALMARÈS

Établissements ayant fait l’objet d’au moins cinq réponses

  • “3 étoiles”: Harvard, Michigan, MIT, Munich (TU)
  • “2 étoiles”: Berkeley, Cambridge, Montréal (Mc Gill), Montréal (EP), Princeton, Stanford, Stockholm (KTH)
  • “1 étoiles”: Columbia, ENSAE, HEC, Imperial College, Lausanne (EPF), London (School of Economics), Madrid (ETSII), Mines, New-York University, Oxford, Pétrole et moteurs, Supaéro, Tokyo University, Télécoms Paris Tech, Zurich
  • "sans étoile": Agro Paris Tech, Eaux et Forêts, ENSTA, Paris VI, Ponts et Chaussées

D’autres écoles ou universités ont reçu entre 2 et 4 réponses, trop peu pour figurer au palmarès, mais assez pour mériter d’être citées (dans une sorte de liste complémentaire):

  • “3 étoiles”: Caltech, Chicago, Cornell, INSEAD
  • “2 étoiles”: Aachen(RTWH),Delft, ENS (Ulm),ENSHEEIT, Georgia, Milan (Politecnico), Paris IV (Sorbonne), Pompeu Fabra (Barcelone), Sciences Po, Scripps, Southampton, Supelec, UCLA
  • “1 étoiles”: Grenoble 1, New South Wales, Paris VII, Stuttgart, Tsinghua
  • "sans étoile": Collège des ingénieurs, Singapour

Enfin, bon nombre ne recueillent qu’une seule réponse, dont on peut craindre qu’elle ne traduise une réaction exagérée, en bien ou en mal. Citons cependant parmi les très bonnes appréciations : British Columbia, Chalmers, Darmstadt (TU), ENS-EHESS, ENS Lyon, Paris 11, Yale.
Et, parmi les moyennes : Carnegie Mellon, College of Europe, Kyoto University, etc.

Quelques podiums:

  • Qualité supérieure : Harvard, MIT, Princeton, Stanford, Zurich
  • Image et notoriété (note maximale décernée à l’unanimité) : Berkeley, Cambridge, Harvard, Princeton et Zurich.
  • Meilleurs débouchés : ENSAE, Michigan, Mines, Munich
  • Belles rencontres culturelles : Madrid, Michigan, Munich, Stockholm
  • Les meilleures conditions financières : Montréal (EP), MIT, Princeton, Tokyo … et les pires : Harvard, Imperial college, London school of economics, New-York university.
  • Les plus beaux réseaux d’anciens : Harvard, HEC, Mines, Stanford.

Et l’X ? Il se trouve qu’une vingtaine d’anciens ont suivi pour cette « 4ème année » un master spécialisé de l’X (co-habilité avec une université). Pour cette formation complémentaire, l’X aurait décroché facilement les deux étoiles, mais pas tout à fait la troisième, avec des notes fort honorables concernant la notoriété, la qualité de la formation et la vie culturelle.

De très nombreux commentaires libres accompagnaient les réponses. En voici quelques extraits:

Déclarations d’amour

"J’ai adoré !" (University of Michigan). "Mon seul regret, avoir à quitter Munich" (Technisch Universität Müchen).  "I loved Stanford. Probably one of the best year in my life" (Stanford). "Vraiment une expérience unique" (Harvard). "Le MIT a changé ma vie" (MIT). "Une formation agréable dans le cadre extraordinaire d’un village aux allures d’Harry Potter" (Cambridge). "L’Ecole polytechnique de Lausanne est vraiment une institution exceptionnelle" (Lausanne).

Culture avant tout

"Avant tout, une ouverture culturelle" (Indian Institute of Technology). "Je recommande vivement cette voie : cosmopolitisme, richesse culturelle incroyable" (Madrid). "Une expérience humaine et professionnelle très riche" (EP Montréal). "Vivre une expérience culturelle… et rencontrer des filles" (KTH Stockholm).

Avec parfois quelques réserves :
"Il y avait beaucoup trop de français et de polytechniciens" (Stanford). "J’ai suivi une forme de « loisirs studieux »" (Paris 1 Sorbonne). "Ici, on parle le Singlish, une version petit nègre de l’anglais" (National University of Singapore). "La seule valeur de ma formation au Japon sera la maîtrise du japonais" (Université de Tokyo).

Des formations de qualité

"La qualité des enseignements de Paris VI n’est pas une légende" (Paris VI).  "Les néerlandais font les choses bien" (Leiden University). "Des professeurs d’une qualité exceptionnelle" (ENS Cachan). "La formation est d’une très grande qualité" (John Hopkins). "Pour une thèse en mathématiques théoriques, le choix est excellent" (Université de Grenoble). "J’ai fait le seul choix pour suivre une formation de recherche en astrophysique en France" (Université Pierre et Marie Curie). "J’ai suivi un mastère spécialisé en formation innovante. J’en suis extrêmement satisfait" (INSA de Strasbourg).

Mais, pas toujours :
"Qualité assez médiocre en comparaison de l’X" (ENSTA). "Ecole décevante après l’X" (Ponts et Chaussées). "Le niveau académique en master est une blague" (Université de Tokyo). "Approche systématiquement scolaire, de quoi écoeurer des études à tout jamais" (ENSAE). "Je me suis vu forcer de refaire des cours que j’avais suivis à l’X" (London School of Economics). "Le niveau scolaire du master est très bas" (Berkeley).

La belle image

"La réputation du MIT est absolument incroyable" (MIT). "Le « master of sciences » en génie civil de Berkeley est classé premier aux Etats-Unis" (Berkeley). "La notoriété d’Aachen est très forte dans le monde automobile" (RWTH Aachen).

Avec des lacunes :
"L’établissement est bien positionné dans les classements mais le diplôme ne confère aucun avantage à son détenteur" (Singapour). "La notoriété des établissements français est dérisoire… à l’exception peut-être de la Sorbonne" (ENST). "Le problème majeur est le manque de notoriété dans les entreprises" (KTH Stockholm). "Bien que mon master porte un nom au caractère tapageur (Engineering management systems), il ne permet pas de trouver un emploi (Columbia University)."

Vivre au loin

"Il faut avoir la volonté d’aller vivre loin, le cursus classique est trop franco-français" (University of Sidney). "L’Australie est une destination peu courante et le réseau d’anciens est basé essentiellement là-bas" (University of New South Wales). "L’intérêt de la formation est entièrement dans la localisation" (Imperial College London). "Le campus est exceptionnel" (Stanford). "Le campus est laid et il vaut mieux vivre ailleurs" (MIT).

Pas besoin, d’ailleurs, d’aller très loin :
"J’ai découvert l’Université française et ses problématiques spécifiques, grèves et autres" (Paris Sorbonne).

Des liens avec l’entreprise

"Voilà une formation qui prépare extraordinairement bien à la « vraie vie » en entreprise" (HEC). "Très bons liens avec l’entreprise" (ENSTA). "Une façon de réconcilier l’approche pragmatique à l’anglo-saxonne et l’approche théorique française" (INSEAD).

Avec réserves :
"L’école est beaucoup trop tournée vers les fonctionnaires" (Eaux et Forêts). "La formation est trop généraliste pour une « spécialisation » "(Mines).

Des problèmes de sous

"Les financements en PhD sont réservés aux étudiants anglais. Je trouve cette situation lamentable" (Oxford). "Il est possible de travailler parallèlement à la formation" (London School of Finances). "Avant d’obtenir un financement (dit RA ou TA), les frais de scolarité sont exorbitants, mais après, ils sont gratuits et on est payé, avec un salaire plus que convenable" (Stanford), oui, mais… "obtenir un financement sur place (type RA ou TA) est très difficile ce qui implique de tout payer soi-même. Pas évident…" (Stanford)

Quelques regrets

"Dommage que les masters des universités anglaises ne soient pas reconnus en tant qu’école d’application" (Imperial College London). "La qualité des formations au Japon dépend des professeurs en charge et non de l’Université" (Tokyo). "La charge de travail à Berkeley est vraiment écrasante" (Berkeley). "Les entreprises françaises ne reconnaissent pas certaines formations complémentaires" (Madrid).

Ce billet nous est proposé par François. Source de l’information ici.

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