Les chroniques Gaïennes sont rassemblées ici. Elles couvrent la période 2021-2024, avec quelques excursions en deçà et au delà.

Épisode 1: l’exil

De son vaisseau spatial en orbite autour de la Terre, Rachel observait l’immense incendie qui ravageait la taïga canadienne, détruisant l’un des derniers biomes terrestres. L’incendie avait débuté dans les basses-terres de l’intérieur de l’Alaska et du Yukon, avait franchi ensuite les Monts Richardson et avait continué à serpenter vers l’ouest. A cette heure, il commençait à ronger le bouclier canadien oriental. Seul l’océan pourrait l’arrêter, à moins que celui-ci s’évapore à cause de la colossale quantité d’énergie dégagée. Le feu était très spectaculaire vu de l’espace car il s’étendait sur des milliers de kilomètres.

Ces dernières années, tout s’était subitement accéléré. Le climat était devenu fou, tout comme les terriens. Rachel avait été contrainte de quitter la Terre en urgence, en automne 2024, comprenant qu’il n’y avait pas d’autres issues. Dans la précipitation, elle avait pris avec elle Valérie et Greta, ses deux idoles qui, elles aussi, étaient en danger. Elle n’avait pas pu en prendre plus car l’espace dans son petit vaisseau spatial était assez limité. Avec trois personnes à bord, on se marchait déjà un peu sur les pieds. Mais à cette heure elle le regrettait car ses deux rescapées étaient insupportables. Valérie ne tenait pas en place, elle voulait retourner sur Terre pour « remettre le pays en ordre ». Rachel soupirait, elle n’avait plus l’énergie pour lui expliquer une énième fois que les vieux slogans de sa déculotté à la présidentielle de 2022 étaient vraiment dépassés. De son coté, Greta faisait la gueule en permanence et boudait seule assise en tailleur dans son coin. A l’heure de la fuite, elle avait voulu emporter sa pancarte « Skolstrejk för klimatet » qui l’avait rendu célèbre. Rachel tentait de la décrisper un peu : « Greta, viens voir toutes ces jolies lumières au Canada ! ». Mais rien n’y faisait, Greta restait assise, la tête baissée, tenant par une main sa pancarte.

A cette heure Rachel n’avait qu’une envie : expulser les deux pestes dans l’espace et retourner sur Gliese 581e, sa planète natale. Mais elle était piégée car elle ne pouvait pas prendre avec elle ses deux exfiltrées. Elle était donc obligée d’attendre là, en orbite autour de la Terre, que les conditions s’améliorent afin de pouvoir les débarquer. Elle soupira car l’attente risquait d’être longue …

Épisode 2 : le passe sanitaire

2024. En orbite autour de la Terre, Valérie était intenable. Elle n’appréciait pas du tout son exfiltration et voulait que Rachel la redépose illico sur Terre. Tant pis pour les dangers multiples qu’elle pourrait rencontrer. Mais Rachel se montra intraitable. Comme Valérie ne semblait pas bien comprendre la situation, elle demanda à l’IA de son vaisseau de refaire un petit résumé de la situation, juste les évènements clés qui avaient conduit à la situation actuelle. Rachel avait surnommé son AI « HAL », elle en était très fière car elle trouvait que c’était très original.

Cette fois-ci HAL débuta son récit à l’automne 2021. C’était l’époque de la quatrième vague de la pandémie, celle qui correspondait au variant delta et qui précédait le tsunami du variant epsilon. A cette époque, le gouvernement français, comme beaucoup d’autres ailleurs, avait décrété l’utilisation d’un passe-sanitaire pour avoir accès à des activités culturelles, gastronomiques ou festives. Or tout le monde n’était pas vacciné à cette époque et certains y voyaient une rupture d’égalité entre citoyens : « Nos libertés fondamentales sont menacées. Nous avons des droits acquis après de nombreuses luttes et on est en train d’un seul coup de nous les enlever, c’est très inquiétant, ce système autoritaire ». Il faut rappeler qu’à cette époque, à en croire certaines archives numériques qui ont été sauvegardées par miracle, le gouvernement en place était en pleine dérive pré-fasciste et cette pandémie n’était en réalité qu’un prétexte pour imposer un régime autoritaire de type dictature où tout le monde sera fiché avec ses moindres mouvements surveillés de près.  Les vaccins inoculés ne serviraient pas à protéger contre le virus mais plutôt à contrôler par la 5G les pensées des citoyens grâce aux nanoparticules magnétiques contenues dans le sérum. Il faut dire que la conjonction de la mise en route de la vaccination et celle du déploiement de la 5G était troublante. Selon des archives d’universitaires, certainement beaucoup plus fiables, on apprend que « Depuis le 16 février 2021, nous vivons une de ces séquences maccarthystes qui ont fait le quotidien des Bolsonaro, Trump, Johnson et autres Orbán, et qui se répètent désormais dans le nôtre. L’attaque de l’exécutif contre les scientifiques a été déclenchée à l’approche des élections régionales par Mme Vidal, possiblement tête de liste à Nice … » (lire la suite ici). HAL ne précisa pas ce qu’il s’est passé le 16 février 2021 mais peut-être elle y reviendra plus tard. Précisons également que Mme Vidal était la ministre de l’ESRI de l’époque. Grâce à la vigilance éclairée du professeur Sogol, elle avait été démasquée en début de l’année 2021 comme étant un élément de transmission de mots d’ordre pétainistes, au service d’une offensive du redoutable M. Blanquer, ministre influent du dictateur Jupitérien.

Rachel se crispa quand elle entendit HAL mentionner le professeur Sogol. Heureusement l’IA s’en aperçu et eu le discernement de poursuivre son récit sans s’attarder sur le personnage …

Épisode 3 : la dictature sanitaire

Depuis son arrivée sur Terre en 2009, Rachel avait rencontré de nombreux Terriens, surtout des universitaires car elle avait la charge d’observer leur étrange comportement qui avait été signalé quelques temps plus tôt. La situation était jugée suffisamment grave pour y envoyer un observateur. Depuis, missionnée par l’observatoire galactique des Universités (OGU), Rachel tentait de comprendre. Mais pour l’instant, c’est l’IA de son vaisseau qui avait la parole :

En juillet 2021, le président Jupiter a lancé un ultimatum aux Terriens : ils devaient tous se faire vacciner sinon ils seront privés de toute d’activité sociale ou culturelle, privés d’accès aux transports publics ou aux services de santé. La grande majorité des Terriens s’est ruée vers les centres de vaccinations mais une fraction non négligeable a courageusement résisté à cette pression. Dès le mois de juillet, les samedis, il fut organisé des manifestations pour protester contre la mesure liberticide. C’était peu courant d’avoir des manifestations durant les congés estivaux. D’ordinaire les Terriens sont plutôt sur les plages à rôtir au soleil, à picoler en terrasse ou bien à manger les saucisses bien grasses d’un barbecue. Mais là la mesure était trop grave. En plus, les manifestations étaient organisées le samedi après-midi, cela permettait de remettre en selle la sympathique tradition lancée quelques temps auparavant par le mouvement des gilets jaunes.

Au début, il n’y avait pas trop de monde mais au cours de l’été, l’intensité de la mobilisation a été croissante de samedi en samedi pour atteindre cinq cent mille personnes à la fin du mois d’août. On y trouvait un peu de tout : des patriotes, des souverainistes, des covidosceptiques, des gardiens de la liberté et de l’égalité, tous ensemble pour fustiger « l’apartheid entre vaccinés et non vaccinés », « Oui, nous sommes en dictature, nous sommes en tyrannie ».

A la rentrée, début septembre, LFI décida de rentrer dans le jeu. Elle ne pouvait pas laisser le devant de la scène aux populistes d’extrême droite. Au début, les cortèges étaient bien différenciés mais au fil des samedis, les démarcations s’estompèrent. Après tout, ils avaient un ennemi commun, ce président jupitérien au régime pré-fasciste. Alors il y eut une forme de convergence des luttes, une occasion trop belle pour mettre à genoux ce gouvernement illibéral.

En septembre, les manifestations dégénéraient presque systématiquement en affrontement avec les forces de l’ordre. Chaque samedi, les rues du parcours des cortèges étaient saccagées. Les voitures brûlaient, les vitrines des banques et des assurances étaient éventrées, le mobilier urbain était réduit en miette. Début octobre, on a vu un nouveau phénomène, certainement l’œuvre de « jeunes de banlieues » qui organisaient un pillage systématique de toutes les boutiques bordant le parcours du cortège, du moins celles qui ne s’étaient pas équipées de rideaux de fer suffisamment solides. Les forces de l’ordre étaient dépassées, usées par la succession des samedis qui tendaient à présent à virer à l’émeute hebdomadaire.

Pourtant le pire était encore à venir …

Épisode 4 : Offensive générale

Rachel aimait le silence. C’était pour elle le meilleur moyen pour entrer dans un état d’observation méditatif où toute influence est bannie. Avec le bruit, la pensée se biaise, la liberté se restreint et le vagabondage devient balisé. Dans son sens originel, le silence c’est aussi s’abstenir de parler. Mais Valérie n’avait manifestement pas la même approche : elle n’arrêtait pas de parler. Rachel se reprochait de l’avoir exfiltré de la Terre. Alors à défaut du silence, Rachel mit un peu de musique pour accompagner la suite du récit de HAL (l’IA de son vaisseau). Elle mit Le Beau danube de Johann Strauss, elle trouvait que c’était de circonstance.

Alors HAL poursuivit son récit. Cette fois, elle décida de mettre en avant trois évènements :

Le premier fait concerne le discours du président du 12 juillet 2021 et de ses conséquences. Ce jour-là, le président a dit que « nous devons aller vers la vaccination de tous les Français » et décrété l’instauration d’un passe sanitaire. Il fut évident que c’était une nouvelle expression d’une dérive autoritaire mais les personnes éclairées ont résisté. En effet, suivre les injonctions du président était considéré comme un acte de collusion. Ne pas se faire vacciner devenait un acte politique, une manière de lutter contre ce gouvernement illibéral. Les personnes qui s’étaient faites vaccinées durant la seconde quinzaine de juillet furent montrées du doigt et fichées « collabos ». D’autres personnes vaccinées de plus longue date entamèrent des démarches de « dé-vaccination » afin de purger leur corps du poison Jupitérien.

Le second évènement est plus tragique. Il s’est déroulé le samedi 30 octobre 2021, durant une des manifestations hebdomadaires que HAL avait mentionné dans le chapitre précédent. Un manifestant avait été écrasé par un fourgon de la police. Il était difficile de savoir ce qu’il s’était réellement passé. Dans la zone où s’était déroulé le drame, les fumigènes des manifestants mêlés aux gaz lacrymogènes de la police n’avaient pas permis d’avoir à disposition le moindre document vidéo ou photo. Tout était basé sur des témoignages. Les policiers donnaient une version de type accident durant un repli stratégique alors qu’une pluie de canettes et de pavés tombait drue sur eux. Des manifestants ont déposé une version très différente : le fourgon avait intentionnellement écrasé le manifestant.

En fin de journée, la nouvelle du décès du manifestant, « sauvagement assassiné par des policiers ultraviolents », circulait au sein de la manifestation. L’un des leaders populistes des gilets jaunes a alors appelé à « marcher sur l’Elysée ».  Un autre leader, cette fois issue de l’extrême gauche, avait appelé à un grand rassemblement devant l’Elysée « pour que la peur change de camp ». Il avait pris la tête du cortège en scandant à l’encontre du président « Vous êtes détesté d’emblée avant d’avoir mis le pied à l’Elysée. Vous êtes haï, vous êtes haï ». D’autres souffraient sur les braises : « Si l’offensive est générale, nous voulons le débordement général. Il faut dire à tous ceux qui se sentent dans le malheur qu’il y a une issue. Luttez, luttons, c’est le moment ! ». Alors la foule haineuse s’est dirigée vers l’Elysée. Devant la vague qui déferlait, il fut rapidement évident qu’il était impossible d’assurer la sécurité du président, malgré les imposantes forces de l’ordre qui avaient été déployées pour protéger le palais. Le président fut extrait par hélicoptère au moment où les premiers manifestants pénétraient dans le bâtiment. Celui-ci a été saccagé puis brûlé.

Épisode 5 : Sauvetage

Rachel écoutait le récit de HAL d’une oreille distraite. Elle avait entendu cette histoire au moins une centaine de fois. Bien sûr celle-ci n’était jamais tout à fait la même, certaines dates changeaient, ainsi que certains personnages. Mais la ligne centrale semblait être invariable, comme si les Terriens avaient du mal à intégrer qu’il y avait plein de mondes possibles à venir. Les versions qu’elle avait déjà entendues conduisaient toutes à une forme d’apocalypse autodestructrice. Après tout, une civilisation a une durée limitée, se disait-elle, mais elle était étonnée par l’application précipitée que mettaient les Terriens pour clore la leur.

La version d’aujourd’hui étant du même tonneau que les précédentes, elle se dit que ce n’était pas nécessaire d’être attentif. Et d’ailleurs qui se soucie de savoir où l’hélicoptère avait emmené le président Jupiter ? Il y a d’autres choses bien plus importantes, par exemple le devenir des Universités ou le réchauffement climatique ! En songeant à la crise climatique, son esprit s’évada et elle repensa à sa première rencontre avec Greta (qui était avec elle dans le vaisseau spatial, en faisant semblant de ne pas écouter HAL).

Sa première rencontre avec Greta, c’était en plein été 2022. Il faisait très chaud car cette année-là. Le « dôme de chaleur » s’était positionné sur l’Europe. Il n’avait presque pas plu durant l’hiver précédent et le printemps s’était révélé lui aussi très sec. Dès de début de l’été, de grands incendies s’étaient déclarés, le plus souvent incontrôlables, comme par exemple celui Land de Bavière qui brulait depuis plus d’un mois. On était alors au début de l’ère Pyrocène.

Courant du mois d’août 2022, le GIEG avait publié son nouveau rapport, encore plus alarmiste que les précédents. Mais il avait été reçu avec une certaine indifférence, les Terriens étaient alors trop écrasés par la chaleur. Ils étaient également très occupés à essayer de retrouver leur vie tellement parfaite d’avant la pandémie. Pourtant, certains irréductibles fanatiques persistaient à protester contre l’action humaine responsable de ce dérèglement climatique. Greta avait pris la tête d’une petite manifestation (une vingtaine de personnes environ) dont les slogans reprenaient les grandes lignes du rapport du GIEC.

Par le plus grand des hasards, la manifestation passait dans la rue où habitait Rachel. Du troisième étage, elle regardait le petit groupe qui défilait au pied de son immeuble. Elle était confortablement installée sur son balcon, les doigts de pieds en éventail, en train de siroter un mojito. Comme il faisait très chaud (42°C), elle avait mis la clim à fond dans son appartement et à l’entrée de la porte-fenêtre qui donnait sur le balcon, elle avait installé un ventilateur qui lui soufflait de l’air frais. Au loin elle entendait le tonnerre, il y avait de l’orage dans l’air car ce jour-là le dôme d’air chaud se retrouvait concurrencé par une masse d’air froid, ce qui provoquait des instabilités.

L’orage est arrivé avec une vitesse fulgurante. On entendit un coup de tonnerre puissant puis juste après il se mit à pleuvoir très dru. La rue de Rachel était en légère pente et déjà des flots d’eau la dévalait. La plupart des manifestants s’étaient dispersés mais Rachel voyait que Greta ne voulait pas lâcher sa pancarte et restait seule au milieu de la rue. Les flots d’eau se transformèrent rapidement en torrent et le niveau augmentait rapidement. Déjà Greta en avait jusqu’à la taille, puis jusqu’au cou et finalement on ne voyait plus que sa pancarte qui dépassait du torrent, toujours tenue bien droite. Rachel, qui observait la scène depuis le balcon de son appartement du troisième étage, commençait à s’inquiéter. Si elle ne faisait rien, Greta allait se noyer. Alors n’écoutant que son courage, Rachel se mis debout sur le garde-corps de son balcon et plongea dans le vide. Ses jambes et ses bras étendus, son corps parfait suspendu dans l’air, on avait l’impression qu’elle volait. Puis sa trajectoire s’inclina et piqua le torrent d’eau et de boue. L’entrée dans l’eau fut tout aussi parfaite, presque sans aucune éclaboussure. Rachel localisa Greta dans le flot rugissant, la pris sous les aisselles et telle une panthère agile la remonta jusqu’à son appartement en escaladant la façade de son immeuble.

Rachel installa Greta sur une chaise et alla chercher une serviette pour la sécher. Greta grelottait et Rachel tentait de la frictionner sur la réchauffer. Mais rien n’y faisait, elle n’arrivait pas à réchauffer Greta qui pourtant n’était restée que peu de temps dans l’eau. Rachel se rappela alors qu’elle avait mis sa clim à plein régime dans son appartement, pour apporter un peu d’air frais sur son balcon. Il faisait 12°C dans la pièce !

Oups …

Épisode 6 : How dare you!

Greta est restée quelques jours chez Rachel. Après l’épisode orageux (voir épisode précédent), l’air était devenu plus respirable. Mais Greta était maussade et sa lecture du nouveau rapport du GIEC n’avait pas calmé sa colère contre l’inaction des Terriens. Elle n’arrêtait pas de répéter en boucle « How dare you! You have stolen my dreams and my childhood with your empty words. And yet I’m one of the lucky ones. People are suffering! ».

Il apparut rapidement à Rachel que Greta entretenait une étrange relation avec la Terre. Elle semblait communiquer avec elle de façon permanente par des sortes d’ondes mentales. Par exemple, quand un arbre était coupé quelque part, elle ressentait un petit picotement sur le bout des doigts. Quand un incendie de forêt se déclarait, elle avait des rougeurs qui apparaissaient sur les avant-bras. Quand un navire se laissait aller à un dégazage sauvage, son ventre faisait des gargouillements qui lui étaient désagréables. Greta semblait former avec la Terre un ensemble interactif puissant, beaucoup plus que n’importe quel autre Terrien. Greta était la Terre.

Mais contrairement à la Terre, qui savait s’offrir de doux et paisibles moments, Greta était en permanence en colère. Rachel tenta de l’apaiser :

– Tu sais Greta, la Terre ne craint rien, elle en va vu d’autres ! Dans quelques dizaines de millions d’années, soit un temps très court, elle parviendra à retrouver un équilibre.
– Des gens souffrent, des gens meurent, des écosystèmes entiers s’effondrent. Nous sommes au début d’une extinction de masse. Et tout ce dont vous parlez c’est d’argent, du conte de fées d’une croissance économie éternelle. Comment osez-vous ? répondit Greta à Rachel.
– Ah oui, si tu parles de la civilisation, alors tu parles de petites constances de temps et là c’est vrai que c’est mal barré. Mais si la civilisation que tu connais ne survit pas, ce n’est pas une catastrophe. Dans les nouveaux écosystèmes, après le grand effondrement, d’autres formes de vie apparaîtront et qui sait, peut-être elles feront naître une nouvelle civilisation dans quelques centaines de millions d’années ? Tu imagines le bonheur des futurs archéologues ? Ils vont se gratter la tête ou bien se marrer comme des baleines à chaque découverte !

Avant d’arriver sur Terre, Rachel avait visité un grand nombre de systèmes stellaires. Elle savait que les civilisations avaient une durée de vie limitée. Mais depuis son arrivée sur Terre, Elle était étonnée par l’acharnement que mettaient les terriens à mettre un terme à la leur. Les terriens allaient certainement battre le record galactique de la civilisation la plus brève ! Était-ce de l’inconscience, de l’inconsistance ou bien un projet global de suicide collectif ? Il paraissait évident que les terriens ne se souciaient pas beaucoup de leur avenir, du moins de celui des générations suivantes.

– Comment osez-vous encore regarder ailleurs ? … 1,5°C d’élévation de la température mondiale … 420 gigatonnes de dioxyde de carbone …
– Oh Greta tu nous soûles avec tes chiffres. Et d’abord depuis quand tu sais compter ? T’as jamais été à l’école ! tu ne veux pas plutôt te détendre un peu, faire un truc de jeune de ton âge ? Tiens viens voir, il y a une nouvelle vidéo super marrante sur Tik Tok.
– Notre civilisation est sacrifiée pour permettre à une petite poignée de gens de continuer à gagner d’énormes sommes d’argent. Notre biosphère est sacrifiée ….
– Greta, arrête !
– … pour que des personnes riches dans des pays comme le mien puissent vivre dans le luxe. Vous n’êtes toujours pas assez matures pour dire les choses telles qu’elles sont. Vous nous laissez tomber ! Mais les jeunes commencent à comprendre votre trahison. Les yeux de toutes les générations futures sont tournés vers vous.
– Greta …
– Et si vous choisissez de nous laisser tomber, je dis que nous ne vous pardonnerons jamais. Nous ne vous laisserons pas vous en tirer. C’est ici et maintenant que nous fixons la limite. Le monde se réveille et le changement arrive, que cela vous plaise ou non. Merci.

Rachel soupira. Greta répétait en boucle des extraits de discours qu’elle avait pu faire ici et là. Rachel était perplexe. Il est évident que Greta avait raison sur bien des points. Elle était une guerrière et Rachel savait que personne par la guerre ne devient grand. Il y a trop de colère en elle, elle n’est pas prête. Le coté obscur de la colère, redouter elle doit. La colère mène à la haine, la haine … mène à la souffrance. Rachel savait que plusieurs mondes étaient possibles et que les Terriens étaient à l’orée d’un choix collectif à faire. Rachel se souvint que dans l’un des mondes des mondes possibles, Greta allait jouer un rôle capital. Difficile à voir.

Les paroles de Greta sont des extraits de ses discours à l’ONU, de la COP24 de Katowice. Les pensées de Rachel du dernier paragraphe sont influencées par Maitre Yoda (que Rachel avait rencontré lors d’un voyage précédent).