Je ne sais pas si beaucoup de gens lisent les tribunes des universitaires dans Le Monde mais ça m’étonnerait car elles se ressemblent un peu toutes et ça doit être un peu lassant. Celle d’hier était sur le sujet du manque de moyens dans la faculté de droit et sciences politiques de Nantes (lire ici). Les sujets abordés sont le « sous-encadrement criant, la raréfaction des moyens et l’accumulation de nouvelles tâches mènent à l’épuisement les personnels », avec pour titre « le burn-out, c’est aujourd’hui ».

Taux d’encadrement : depuis de nombreuses années, le nombre d’étudiants augmente et le nombre d’enseignants-chercheurs diminue. Le taux d’encadrement se dégrade en conséquence. Pour pallier ce manque, les universités recrutent des vacataires dans des conditions qui me paraissent souvent honteuses (qui parfois arrangent bien les universitaires, grands donneurs de leçons mais quand il faut organiser l’esclavagiste des temps modernes pour leur propre compte, ça passe pas trop mal – lire ici et ici). Sur ce sujet des vacataires, ajoutons qu’un taux de vacataires important n’est pas facile à gérer (défections faciles, pas d’implication dans les tâches périphériques à l’enseignement, …). Bien entendu, moins de postes et plus d’étudiants veut aussi dire que les heures complémentaires explosent, au détriment de l’activité de recherche.

Nouvelles « missions toujours plus chronophages » : il est vrai qu’on a l’impression que le monde de l’enseignement et de la recherche se complexifie d’année en année. Les auteurs de la tribune citent : conseils de perfectionnement, entretiens individuels avec les étudiants, l’approche par compétences, examen des dossiers de parcoursup, soutenances et rapports de stage, réunions de multiples instances, jurys, dossier de financements, refonte des maquettes de formation, recrutement de vacataires, d’attaché temporaires d’enseignement et de recherche (ATER), de contractuels « LRU » et de titulaires, présidence de jury de baccalauréat, visites en entreprise des alternants, etc.

Les auteurs de la tribune réclament donc, à juste raison, des moyens supplémentaires pour remplir leurs missions, sinon …  « A défaut, sans doute n’y aura-t-il plus d’autres mesures de sauvegarde que de réduire drastiquement le nombre d’étudiants admis chaque année par une capacité d’accueil restreinte en licence et master et une plus grande sélectivité dans la délivrance des diplômes ».

A mon avis c’est ce qu’il faut faire. Pour ma part j’irai même un peu plus loin, comme je l’avais déjà souvent écrit dans ce blog et dans mon programme présidentiel (lire ici). Voici les mesures qu’il faudrait prendre :

  • Taux précarité : On fera un recours raisonnable aux heures de vacation. Dans un département de formation, ce volume ne pourra pas dépasser 10 % du volume total enseigné. Pour ce calcul des 10 %, on ne prendra pas en compte les heures des intervenants extérieurs dits « professionnels », c’est-à-dire des personnes qui peuvent justifier d’un revenu et qui interviennent pour partager leurs savoirs et expériences acquises à l’extérieur de l’Université.
  • Heures complémentaires : Les heures complémentaires seront plafonnées à 20 % de l’activité d’enseignement. Sur une base de 192 h annuelles, cela représente 40 h. Le service d’un EC ne pourra donc pas dépasser 230 h. Les dérogations de dépassement ne seront pas possibles. On rappelle que ces heures complémentaires sont un poison : elles nuisent à une répartition équitable du travail et à l’activité de recherche.
  • Capacité d’accueil : limiter le nombre d’étudiants aux capacités d’accueil, en termes de locaux et d’encadrement.
  • Seconde session : enfin il convient de supprimer la seconde session d’examen, qui est un immense gâchis de moyens pour un résultat minable.

Voilà qui, à mon sens, aurait plus de poids que des tribunes dans Le Monde.