La transition écologique est un sujet politique mais aussi scientifique. C’était aussi le cas de la crise sanitaire. En effet, peut-on imaginer prendre les bonnes décisions sans un éclairage des scientifiques ? Certains vont même plus loin, appelant à une formation des ministres sur ces sujets (lire ici, par exemple une récente tribune dans ce sens).

Je pense que cette formation pourrait aussi s’étendre jusqu’au plus haut niveau de l’exécutif, par exemple à l’attention du futur premier ministre de la France. En effet ces derniers temps, certaines de ses positions semblent s’approcher fortement de celles de mouvances anti-science.

Alors qu’arrivait sur le marché les premiers vaccins, fin décembre 2020, Jean-Luc Mélenchon a tenu des propos très discutables : « Ce vaccin ne me rassure pas. […] On a l’impression qu’après avoir couru derrière les masques chinois en tissu, maintenant, on est en train de courir derrière les doses de vaccin fabriquées aux Etats-Unis d’Amérique sans trop interroger sur la méthode » (source ici). « La chaîne vaccinale est dominée par la bataille du Big Pharma » « aucune confiance en ces gens, aucune » (source ici). « Il y a un vaccin russe, un vaccin chinois, trois vaccins cubains qui sont tous refusés pour des raisons idéologiques. Il y a trois vaccins anglo-saxons et eux sont acceptés. » (Mélenchon, avril 2021, Tweet). Je ne savais pas qu’il y avait trois vaccins cubains … et les vaccins russes et chinois n’ont pas été homologués, à ma connaissance. On l’a vu aussi soutenir des manifestations antivax, comme celles aux Antilles et le « convoi de la liberté », lutter contre le pass vaccinal et l’application anti-covid et surfer sur la vague populiste de la « dictature sanitaire » macroniste.

Le second point que je voudrais faire ressortir ici concerne une déclaration faite il y a quelques jours et qui concerne le glyphosate. Il a écrit : « Nous entrons dans une période de grave sécheresse. Que prévoit M. Macron ? Rien. Les rivières sont polluées au glyphosate, il faut donc arrêter le glyphosate. Cela, nous nous y engageons ». (Tweet daté du 6 mai 2022) ». La logique de ce tweet m’échappe un peu car je ne comprends pas bien le lien entre la sécheresse et le glyphosate. Peut-être que la sécheresse joue un rôle sur la concentration du pesticide du fait d’une dilution moindre ? Sur le fond du sujet, le glyphosate et sa nocivité, beaucoup de questions ont été posées, à juste raison. Mais depuis quelques années, les études scientifiques convergent vers une conclusion plutôt rassurante : le glyphosate ne présente pas les dangers qu’on suspectait pour la santé. Il semble que l’Europe se dirige vers une levée de l’interdiction du produit qu’elle avait programmé (mais bon l’Europe, hein …). Mais là encore, dans ce cas, on peut se demander si Jean-Luc Mélenchon ne serait pas un peu idéologiquement aveuglé par sa détestation des grandes entreprises américaines qui empoisonnent les gens pour faire toujours plus de profits pour les actionnaires.

Ces deux sujets (vaccins contre la Covid 19 et le glyphosate) sont majeurs. Dans les deux cas, les gouvernants ont des décisions à prendre qui sont très lourdes et ils n’ont pas le droit de se tromper. Dans le cas du vaccin, ce sont des millions de vies qui peuvent être sauvées, sans compter les dégâts du Covid long. Dans le cas du glyphosate et son interdiction, c’est laisser les agriculteurs sans solution claire de remplacement et de surcroît dans le contexte d’une grave crise alimentaire qui s’annonce (si le glyphosate s’était confirmé nocif, la question de lever une interdiction programmée ne se poserait pas, bien évidemment). Dans les deux cas, il parait assez évident que Monsieur Mélenchon est sous influence idéologique et ne se préoccupe pas trop des études scientifiques sur ces sujets.