Après la Sorbonne, c’est au tour du campus Condorcet et en particulier l’EHESS de faire l’objet de saccages qui font suite à des manifestations/occupations d’étudiants. Dans chacun des cas, il semble que les dégradations soient importantes (locaux d’enseignement + labo de recherche) et témoignent d’une volonté de détruire. Quelques éléments épars sur ce sujet :

Pour les dégradations sur le campus Condorcet, et contrairement à la Sorbonne de la semaine précédente, il est curieux de constater qu’on a quasiment aucune image ou vidéo dans les médias. Sur les réseaux sociaux, avant et durant l’occupation, le mot d’ordre était « pas de photos, pas de média » et tout cela a donc été appliqué à la lettre. On ne sait donc pas grand-chose sur la séquence d’évènements durant ces trois jours d’occupation, sauf qu’il y aurait eu des « personnes venues de l’extérieur » (et qui donc seraient responsables des dégradations).

Sur la nature des dégradations, il parait que les dégâts sont considérables, incluant aussi des tags antisémites et des menaces de mort :

J’ai du mal à imaginer que des étudiants puissent se laisser aller à de telles dérives. Il m’apparaît plus vraisemblable que le « mouvement » ait été spolié par un groupe nihiliste et ultraviolent. C’est parfois le cas dans des manifestations dans lesquelles des groupes de types « black blocs » viennent casser un peu tout sur le parcours. Mais souvent ces black blocs ont pour cible des symboles du grand capital, comme des banques ou des agences immobilières. Ici on est sur un saccage de lieux d’enseignement et de recherche. Ces « personnes venues de l’extérieur » auraient pu être troublées par les messages du compte twitter « Université Ouverte » qui appelle à rejoindre le campus Condorcet et qui dit : « Le @CampusCondorcet illustre parfaitement le libéralisme autoritaire de #Macron. Un projet hors-sol, construit sans réelle concertation avec les travailleur·ses et sans projet scientifique sérieux, avec des bâtiments en PPP qui engraissent les capitalistes et qui… ..et qui servent de fer de lance à la « valorisation immobilière d’un quartier » – bref qui aident des richoux à gentrifier. Et puis des badges, des grilles, des douves et des barbelés, un campus fermé, une démocratie en cage. Nous, nous voulons une Université Ouverte ». Si ce bâtiment est le symbole du « grand capital », alors on comprend mieux …

Plusieurs organisations ont soutenu cette « occupation » du campus Condorcet (antennes locales des syndicats FERC Sup, Sud Recherche, FSU-SNCS, SNTRS-CGT, CGT, Solidaires Etudiant-e-s, ainsi que « Université Ouverte » et la plateforme Academia ; j’en oublie probablement). Je peux comprendre qu’on soit solidaire d’un mouvement étudiant et qu’on le fasse savoir. En revanche, quand les choses dérapent, je trouverais logique qu’on se désolidarise. Hélas les organisations qui ont encouragé l’occupation des locaux n’ont marqué aucun signe en ce sens (à ma connaissance).

D’ailleurs les donneurs de leçons de l’ESR sur les réseaux sociaux sont très silencieux à ce sujet. Détruire des lieux d’enseignement et de recherche, c’est quelque chose d’anodin ? Cela provoque-t-il réellement une « émotion collective » comme le mentionne l’extrait de texte ci-dessus ? Je n’en ai pas l’impression …


Ajout 27 avril en soirée

Comme trop souvent j’ai mal fait ma biblio : je vois une « Lettre ouverte suite à l’occupation de l’EHESS », écrite par des « étudiant·es, travailleur‧euse‧s, chômeur‧euse‧s » qui explique « le sens qu’a pour nous ce mouvement ». Publié par le compte Twitter « MOBILISATION EHESS » (compte étudiant) et le Club de Mediapart (ici, accès gratuit) hier. Il s’agit donc d’un texte écrit par les occupants du bâtiment saccagé. Intéressant et éclairant.

Ajout du 28 avril, soirée

Ça a pris du temps mais on a enfin une réaction des syndicats qui avaient appelé à l’occupation (communiqué LDH-CGT-FSU, daté du 28 avril). Quelques jours auparavant, après le début de l’occupation un communiqué intersyndical de l’EHESS disait « La décision de fermer les locaux ne constitue aucunement un moyen de protéger notre outil de travail » (lire ici). Il semble que l’intersyndical ait mal évalué la situation …