Je ne sais pas trop où en est la « révolte étudiante » qui se traduit par l’occupation d’amphis et autres lieux de savoirs. Mais à mon avis ça ne va pas faire long feu, à fortiori parce que c’est le week-end de Pâques et tous les jeunes révolutionnaires sont certainement rentrés chez leurs parents ramasser les œufs dans le jardinet du pavillon familial.

Dans mon précédent billet, je regrettais leurs slogans « Ni Ni » mais là ils sont montés en compétences : « non aux élections ! » ; « on nous a volé les élections ! » ; « À bas l’État, les flics et les fachos ».

Science Po Paris est bloqué aussi. Un universitaire s’étonne : « Des étudiants en sciences politiques qui protestent contre les élections, c’est aussi inattendu que des étudiants en maths faisant une pétition contre Pythagore ».

Le thème « on nous a volé les élections » est particulièrement intéressant. En effet, J.-L. Mélenchon arrive largement en tête des votes des 18-24 ans alors qu’E. Macron fait le plein des votes des plus de 65 ans. Alors ça discute des vieux qui sont des réacs et qu’on devrait mettre une limite d’âge pour le vote des vieux, d’ailleurs certains n’ont plus toute leur tête. A mon avis sur cette question il faut y aller mollo, on pourra commencer par juste supprimer le droit de vote aux vieux dont l’espérance de vie est inférieure à 5 ans (sauf ceux qui votent Mélenchon bien entendu). Lire ici pour complément sur ce thème.

Et puis « Il y’a un problème dans la Veme République, un candidat à 0,8% d’écart avec le second ne peut se présenter au second tour. Trouvez-vous ça normal ? ». Cette dernière idée est d’ailleurs reprise par une MCF historienne : « Une démarche intéressante qui ébranle la logique binaire, absurde et antidémocratique invisibilisant une grande partie de l’électorat » et elle défend l’idée que le second tour devrait être une triangulaire. Moi je suis d’accord sur le principe : quand les gens ont mal voté, il faut s’adapter (changer les règles en cours du processus démocratique) ou bien il faut faire revoter, bref trouver la bonne fenêtre pour son candidat.

Sandrine Rousseau (candidate à la primaire EELV, universitaire) nous dit, au moment de l’annonce de l’AG et occupation d’amphi : « Très envie d’aller à la #Sorbonne ce matin. ». Hélas elle n’explique pas pourquoi elle veut y aller. Pour faire un cours sur la démocratie ? ou bien pour soutenir les jeunes qui scandent « non aux élections » ou « à bas l’État » ? Sandrine Rousseau, dans ses interventions récentes, tape très dur sur Emmanuel Macron « qui a fait monter l’extrême-droite ». On aurait aimé qu’elle soit aussi virulente au sujet du RN. Choisir son meilleur ennemi est un art difficile. (Précisons que S. Rousseau votera Macron).

Il est difficile de comprendre l’ampleur de cette « révolte étudiante ». On a vu des images avec quelques centaines de personnes (dont j’imagine certaines qui n’étaient pas étudiants mais des agitateurs professionnels). On a vu aussi quelques images de dégradation, c’est inévitable dans ce genre de situation, il suffit de quelques individus pour faire tout déraper. Et puis ce n’est pas très grave, les universités sont riches et pourront rapidement remplacer les imprimantes ou extincteurs détruits, et passer un coup de peinture sur les nombreux tags.

J’écris ces lignes en me disant que tout ça n’est pas bien grave et je tombe sur ce témoignage d’une universitaire : « il est important d’entendre les protestations des étudiants et de les comprendre, mais il ne s’agit pas que de quelques vieux murs tagués. L’étage de mon institut a été entièrement saccagé et on en peut plus y travailler. Nos laboratoires de recherche ont été touchés : on parle de documents détruits (beaucoup uniques), d’archives historiques, de matériaux de travail, de cartes conservées, d’ordinateurs et d’effets personnels… ce sont des petits laboratoires déjà sans moyen, on se bat tous les ans pour y accueillir des étudiants dans de bonnes conditions … »

Parlons quelques instants d’Arthur (Étudiant en M1 de Littérature comparée ; Militant écosocialiste avec @sandrousseau). Arthur, très échaudé par l’agitation étudiante, nous dit sur Twitter « Les étudiant-e-s se lèvent et se révoltent en #Sorbonne. Et sur twitter, il y a Patrice, 45 ans, politicard depuis 25 ans, qui explique que la méthode n’est pas la bonne. Les vieux nous ont volé l’élection. On ne les écoutera pas et on va leur pourrir le futur mandat ». Alors il se prend une volée de bois vert. Un quadra (ou plus) lui répond : « Calme-toi Arthur et va me préparer mon menu Big Mac ». Arthur se sent agressé et se pose en victime « Voilà ce que je subis maintenant depuis 24h… pour un tweet. Et spoiler : je ne serai jamais impressionné par vos méthodes ». Arthur … !

Oui Arthur, franchement ton « non aux élections » ou « à bas l’État » ce n’est pas très malin. Pourtant les jeunes auraient plein de choses à revendiquer. Par exemple, tu pourrais militer pour une allocation mensuelle pour tous les étudiants. Plusieurs candidats l’ont proposé mais aucun des deux finalistes. Tu pourrais aussi t’afficher contre la remise de 18 centimes pour le litre d’essence, véritable non-sens dans le contexte de la crise climatique et un clair soutien financier de la Russie dans sa guerre contre l’Ukraine. Puisque tu es en M1, tu pourras peut-être bientôt être éligible au système des vacations à l’Université où les universitaires organisent sans état d’âme une forme d’esclavagisme des temps moderne. A bas les oppresseurs ! soit éveillé Arthur !

Hier à la manif une vieille dame nous dit : « je suis juive née en 1940 et tout ça rappelle des souvenirs pénibles. Je n’aime pas les pancartes « Ni Macron, Ni Le Pen ». Donc, je vais rentrer chez moi. (Ces jeunes) ne mesurent pas le danger de l’#extrêmedroite », explique Régine, 82 ans, au micro ». La petite vieille pensait être dans une manif contre le RN … Je me disais aussi que peut-être cet entre-deux tours c’était une bonne occasion pour lire un peu : c’est quoi l’extrême droite ? c’est quoi le fascisme ? c’est quoi l’Europe ? Sommes-nous avec Macron dans une période pré-fasciste ? Les antifas d’aujourd’hui seront-ils les fas de demain ?

Sondage : on apprend que 20 à 30 % des électeurs de J.-L. Mélenchon vont se reporter sur M. Le Pen. Un tiers de fachos chez Mélenchon, les masques tombent. « Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen ». Peut-être il aurait fallu le dire une cinquième fois pour que ça imprègne vraiment ?

Hier à la manif contre l’extrême droite, il y avait 23 000 personnes. En 2002, il y en avait un million cinq cent mille. En 2002, Le Pen a fait 18 %, en 2017 M. Le Pen a fait 34 %, et on annonce 45 % en 2022. Si on trace une courbe de l’évolution du vote RN, on voit clairement que si on évite le pire en 2022 (et encore ce n’est pas gagné), en 2027 on y est.

Tous les parties en italique sont des extraits picorés sur Twitter