Examinons aujourd’hui le programme ESR d’Emmanuel Macron. Dans son court livret de propositions, on ne trouve pratiquement rien sur l’ESR (lire le livret ici). Alors sur quoi se baser ? sur d’une intervention en janvier sur le sujet de l’ESR ? Sur les petites phrases éparses drainées par ci par là ? J’avoue ne pas bien savoir, alors je vais faire le billet en trois parties, l’une sur le programme officiel (livret), l’autre sur l’intervention en janvier et une dernière en reprenant des éléments d’une dépêche de l’AEF mi-mars.

En ce qui concerne le programme officiel (livret), il n’y a presque rien sur l’ESR.

Parcoursup : « Rendre Parcoursup plus prévisible ». Je pense que ça serait fait sur la base de publication des bilans d’orientation des années précédentes.

« Ouvrir toutes les places nécessaires dans les filières du supérieur qui correspondent aux besoins de la Nation, à commencer par les BTS, BUT, licences pro, et réguler les filières qui ne mènent pas assez à l’emploi ». La professionnalisation est donc une priorité. A mon avis ça risque de chauffer un peu pour les filières qui ont des taux d’insertion médiocres.

Pour la recherche, qui est intégré dans le paquet d’un « pacte productif », il devrait y avoir un pilotage d’Etat sur des grands thèmes (ce qui est déjà le cas actuellement) : « Cela passe par l’investissement dans la recherche et l’innovation. Nous mettrons les moyens nécessaires pour faire de la France un pays en tête pour le nucléaire, les batteries, l’hydrogène, les énergies renouvelables, l’avion bas carbone, le cyber, le métavers, l’agriculture du XXIe siècle et les industries créatives. ».

Voilà, c’est tout et je trouve ça très léger.

Sur son site de campagne, on peut trouver aussi bilan du quinquennat (lire ici).

Passons donc à son intervention du 13 janvier dans le cadre d’une journée organisée par France Universités (ancienne CPU). On peut écouter (ou lire) l’intervention ici. Rappelons qu’à cette époque E. Macron n’était pas encore candidat et il s’exprime donc comme président de la République.

C’est un peu long et donc on va juste ici faire ressortir deux-trois points.

Universités et professionnalisation : « les universités ne devront plus seulement garantir l’accueil des étudiants dans une formation, mais garantir l’orientation des jeunes vers l’emploi. Et ça, c’est quelque chose que la nation tout entière doit construire, c’est frappé au coin du bon sens. L’université doit d’abord préparer nos jeunes à exercer leur futur métier. »

Formation continue : « Nous ne sommes qu’à mi gué et notre politique de formation continue et de formation professionnelle doit encore aller beaucoup plus loin ». Si j’ai bien compris ces formations sont payantes (et souvent largement subventionnées par l’État) et E. Macron y verrait une manne financière importante pour les Universités.

Échec en licence : « on ne peut pas se satisfaire de l’échec de nos étudiants dans les premiers cycles, ni du taux de chômage trop élevé des jeunes qui sortent de certaines filières universitaires. ». A mon avis, on aura droit à des « contrats d’objectifs et de moyens » plus serrés et pour lesquels les taux d’insertion seront examinés à la loupe. Peut-être qu’on donnera des moyens proportionnels au placement des étudiants et non plus proportionnel au nombre d’inscrits ? …

Demain les Universités au centre du monde ? : « Les grandes écoles et organismes de recherche étaient supposés s’occuper de l’excellence et de la formation des élites, et les universités de la démocratisation de l’enseignement supérieur et de la gestion des masses. Ce système est révolu. Il est révolu d’abord parce qu’il ne correspond pas à la compétition internationale, parce que sa forme-même crée des barrières, des segmentations qui sont inefficaces. Et c’est d’ailleurs ce que nous avons commencé à lever tous ensemble. Demain, ce sont nos universités qui doivent être les piliers de l’excellence, le centre de gravité pour la recherche comme pour la formation. » Je ne peux qu’être d’accord avec ce point de vue. Néanmoins, le discours est ambigu car il dit aussi « qu’il faudra encore que nous renforcions la capacité de nos grands organismes à jouer un rôle d’agences de moyens pour investir, porter des programmes de recherche ambitieux. »

Fin de la gratuité des études ? « On ne pourra pas rester durablement dans un système où l’enseignement supérieur n’a aucun prix pour la quasi-totalité des étudiants ». Cette petite phrase ambiguë a créé une polémique à l’époque, certains y ont vu un objectif d’une augmentation « à l’américaine » des droits d’inscription et d’autres une privatisation de l’enseignement supérieur. Depuis, le président a clarifié le propos : il n’y aura pas d’augmentation significative des frais d’inscription. On restera donc sur un système où ce sont les pauvres qui financent les études des riches (on ne voit pas bien pourquoi le « président des riches » voudrait remettre ça en cause …).

Autonomie des universités. Comme pour V. Pécresse, E. Macron pense qu’on est à mi gué. Il pense qu’il faut renforcer la gouvernance, laisser plus de libertés dans l’organisation et les ressources humaines. Il parle aussi d’autonomie de financement.

Université-monde : « je crois que c’est la seule manière de continuer à véritablement conquérir le monde, c’est-à-dire à inventer des possibles nouveaux dans une humanité en paix. Les autres voies, nous les connaissons. Ce sont les obscurantismes, les totalitarismes, les nationalismes appuyés sur la discorde. » là franchement, il y a du boulot, y compris dans les rangs des universitaires …

Pour terminer, passons à la conférence de presse du 17 mars, il était alors candidat. Je prends comme source une dépèche AEF (ici).

Autonomie des Universités : « renforcement de l’autonomie des universités pour en faire des opérateurs de recherche à part entière afin d’atteindre les meilleurs standards internationaux, et permettre de leur donner une pleine autonomie et d’aller au bout des réformes commencées il y a une dizaine d’années. »

Organismes de recherche : « positionner les organismes de recherche sur les secteurs stratégiques pour l’indépendance française en leur permettant de continuer à former les meilleurs esprits ». Là je trouve ça trouble mais on peut comprendre que les organismes de recherche vont voir leur activité recentrée sur certains secteurs. On peut se demander ce que va devenir le CNRS dans ce contexte. Là où c’est trouble également, c’est le volet formation car les organismes ne font pas de formation et on ne comprend donc pas comment ils peuvent « continuer à former les meilleurs esprits ». On rappelle qu’ils ne sont même pas habilités à délivrer un diplôme de doctorat.

Investissement de 30 milliards d’euros « dans les secteurs d’avenir où il faut, en matière de recherche fondamentale, appliquée et de développement industriel ». C’est un chiffre énorme mais on ne sait pas la part qui ira à l’ESR et celle vers le secteur privé industriel. Cela serait orienté vers certains secteurs, il cite « les mini-lanceurs spatiaux, les semi-conducteurs, la poursuite de stratégie numérique, les réacteurs nucléaires de 3e et 4e générations, l’ IA, le cloud, le quantique, les bio-médicaments et biotechnologies, es technologies nouvelles comme les exosquelettes. »

Formations professionnalisantes : « le développement des filières professionnalisantes dans l’enseignement supérieur sera financé à hauteur de 3 milliards d’euros par an » (surtout IUT, BTS, licence pro). Il propose aussi de former, « avant la fin de la décennie, un million de personnes aux métiers d’avenir (intelligence artificielle, énergie, transition écologique…) dont plus de 400 000 spécialistes informatiques. »

En conclusion, le projet ESR d’E. Macron a du contenu (ensuite on peut être d’accord ou non, c’est un autre problème). Pour ma part, j’ai l’impression que la situation des Universités s’est dégradée durant ce quinquennat et je me demande si vraiment il va faire ce virage « d’université monde » ou si c’est juste des grandes idées qu’il n’osera pas mettre en œuvre.


Les billets sur le programme ESR des autres candidats:

Et bien entendu le programme ESR de Gaïa Universitas !