Dans les Universités, le second semestre est une période magique. En effet, c’est une période où la moitié des effectifs passe son temps à évaluer les dossiers de l’autre moitié. Cela concerne la campagne de qualification, les concours de recrutement MCF et PR, les dossiers pour les primes et les promotions, les demandes de CRCT ou de délégation auprès d’organismes de recherche. La charge de travail pour l’évaluation des dossiers est donc importante. Tout cela se doit d’être fait correctement, en particulier pour les recrutements sur concours car cela engage sur une période de plusieurs dizaines d’années, sans réelle possibilité de corriger une erreur.

En France, on a une particularité qui rend le processus particulièrement lourd mais qui témoigne de notre appétence pour l’évaluation. En effet, ces évaluations chronophages sont souvent effectuées deux fois : une fois par le CNU et une fois par l’établissement. Par exemple, pour les recrutements nous avons une « qualification ». Il s’agit d’une sorte de certificat d’aptitude et qui donne l’autorisation de faire des concours. Le plus cocasse, c’est que la campagne de qualification est conduite avant même la publication des postes à pourvoir, c’est-à-dire que les profils des postes ne sont pas connus. Ainsi nombre de candidats font leur dossier de qualification « au cas où ». Pourtant le comité de sélection pourrait faire ce travail de tri tout aussi efficacement (éliminer les dossiers « faibles » ou hors profil). On retrouve ces doublons à d’autres niveaux, par exemple celui des promotions, avec comme argument l’équilibre local et national. Le niveau national passe d’abord (CNU) puis c’est au tour du niveau local. Là encore, nombre de dossiers sont évalués deux fois. D’après ce que je comprends, la nouvelle prime individuelle du Ripec (ex PEDR) passera d’abord par l’établissement puis au CNU, donc ça sera là encore un doublon.

Pour réduire de façon significative la composante chronophage de l’évaluation, une idée serait d’associer une composante locale et nationale dans les commissions. On gagnerait ainsi un temps considérable, certainement pas loin de la moitié du temps économisé. C’est ce que nous préconisons dans notre proposition relative aux enseignants-chercheurs (lire ici). Le temps économisé pourra alors être mis à profit pour s’occuper des étudiants et faire de la recherche.

Une autre difficulté relative aux évaluations est que beaucoup militent pour une évaluation qualitative plutôt que quantitative. Je peux comprendre cette démarche car se baser sur le simple comptage du nombre d’articles ou du facteur d’impact des revues me parait discutable. Toutefois, dans la quasi-totalité des cas, les évaluations servent à faire un classement ou à trier dans des catégories (ceux qui auront la prime, ceux qui ne l’ont pas, etc. …). Comment faire si on n’incorpore pas d’éléments quantitatifs ? Sur quels critères se base-t-on pour interclasser les candidats qui ont tous des parcours différents, des sujets de recherche différents, … ? Au doigt mouillé ? Au candidat qui parait le plus sympathique ? Au rapporteur qui gueule le plus fort pour défendre « son » dossier ? Comme tous les collègues, je participe à ces commissions chargées de statuer sur des dossiers et je trouve que tout ça n’est pas clair.

Enfin, dans tout le processus il ne faut pas oublier l’amont de l’évaluation, c’est-à-dire les dossiers qui sont préparés par les candidats. C’est là aussi un travail chronophage et qui demande de l’attention car les enjeux sont grands pour eux. Pour un recrutement, je peux comprendre qu’il faille au dossier très complet mais pour les autres évaluations, je trouve que les dossiers sont trop lourds. On se retrouve souvent avec des listings à la Prévert où les micro-informations sont mélangées avec d’autres beaucoup plus importantes. Ne peut-on pas se contenter d’un dossier limité en nombre de pages et demander aux candidats de faire ressortir uniquement les éléments significatifs ?

A mon avis, on gagnerait à refondre tout le système pour une version dans laquelle on éviterait les doublons d’évaluation et en focalisant sur les éléments importants des dossiers. Ce qui me parait essentiel, c’est que ces commissions soient composées à la fois de collègues locaux et de collègues externes (et non choisis par les internes !) afin d’avoir en même temps l’ensemble des éléments en main pour prendre les décisions les plus justes.