Les candidats à la présidence de la république commencent à dévoiler leur programme ESR. On peut lire le programme de Jean-Luc Mélenchon (lire ici), l’Université et la recherche, fondement d’une 6e république démocratique et sociale. Il s’agit des grandes lignes et j’imagine qu’il sera détaillé et chiffré prochainement. On va aujourd’hui relever les points importants de ce programme et les commenter brièvement.

Suppression de l’Agence nationale de la recherche (ANR) et des initiatives dites d’excellence

Pour l’ANR, cela parait être une mauvaise idée. Bien financée et avec un taux de succès supérieur à 30 %, une très grande majorité des équipes de recherche pourra être financée. Cela doit être possible si la programmation de la LPR n’est pas remise en cause par le futur gouvernement, comme nous l’avons montré ici et ici. La LPR n’est pas du tout une loi « darwinienne et inégalitaire » qu’ont tenté de nous faire croire les journalistes militants et les comptes confusionnistes de twitter (c’est même tout le contraire).

Pour les Bidulex, on est d’accord. Gaïa Universitas n’a jamais beaucoup apprécié les Bidulex. Depuis on sait que « l’excellence est partout » (et pas seulement là où le CNRS est fortement implanté …). Les Bidulex ont considérablement renforcé les injustices territoriales, il est temps d’y mettre fin et d’opérer un plan de rattrapage à l’attention des territoires délaissés.

Suppression de l’HCERES

Le programme ne dit pas par quoi ça va être remplacé ou si ça va être remplacé. Si c’est pour revenir sous le régime de la « dictature UMR » (des évaluations réalisées par le CNRS), alors nous sommes contre. Non au retour de l’assujettissement universitaire !

Suppression du CIR

Là on est d’accord que le CIR est discutable, comme beaucoup de niches fiscales. Le programme prend l’exemple de Sanofi, qui touche des équivalences de sommes exorbitantes du CIR (110 à 120 millions d’euros/an !) et qui ferme en parallèle des centres de recherche en France. On peut donc largement raboter le CIR. En revanche, il y a des dispositifs dans le CIR qu’il conviendrait de conserver (sous une forme ou une autre), par exemple le soutien au développement R&D des petites et moyennes entreprises, bref toutes celles qui ne disposent pas des moyens et la culture de la recherche. On pourrait aussi citer les encouragements au recrutement de jeunes docteurs dans les entreprises.

L’instauration d’une véritable égalité de financement entre les élèves des classes préparatoires et les étudiants de Licence

Le conseil d’analyse économique a récemment publié une note intéressante sur le coût des formations et des diplômes (lire ici). On y apprend qu’une année de formation en CPGE coûte 13 400 € et seulement 3 730 € pour la licence. Ce différentiel s’explique partiellement par un volume enseigné plus important pour les CPGE et des effectifs plus réduits. Mais si on corrige ça, on arrive à environ deux fois plus d’investissement dans les CPGE que dans les licences. Le programme ne précise pas comment cette égalité de financement licence-CPGE sera atteinte. Si on augmente le budget pour les étudiants en licence, alors ça coûtera très cher étant donné qu’ils sont le gros effectif des Universités (63 % des étudiants sont en licence) et il faudra alors embaucher des enseignants en masse. Si on baisse le budget des CPGE, ça va les tuer …

Autres modifications importantes :

« Une hausse massive des crédits pérennes pour les unités sera décidée, ainsi qu’un plan ambitieux de création d’emplois en 5 ans et 8000 allocations doctorales supplémentaires par an. De même, le point d’indice sera augmenté de 15%, tous les contractuels exerçant des fonctions pérennes seront titularisés et la durée du contrat doctoral sera étendue à 4 ans ». Voilà donc une série de mesures qui ont leur importance et qui vont modifier significativement la vie dans les labos. On se demande toutefois si les budgets permettront de réaliser toutes ces promesses …

Allocation mensuelle de 1063 euros pour les étudiants

Le but est ici de « lutter contre la précarité étudiante ». Pour les étudiants, il y aura aussi la « construction de 15 000 logements universitaires supplémentaires par an ; accès à tous les bacheliers sans sélection à la formation de leur choix ». Le dernier morceau suggère que Parcoursup sera supprimé (?) et si c’est le cas, ça promet un joyeux bordel qui sera, à mon avis, ingérable.

Justement, le budget :

Pour financer tout ça, le programme met en avant trois sources (1) la suppression de l’ANR et des Bidulex. On peut aisément imaginer que ça servira à « la hausse massive des crédits pérennes pour les labos ». Le programme ne préciser pas qui s’occupera de verser ses crédits pérennes : l’université ? les EPST ? ou bien un fléchage direct du ministère sur chaque labo ? (2) la suppression du CIR. Cette suppression dégage un volume très important, beaucoup plus que l’ANR, de l’ordre de 7 milliards d’euros, ce qui est considérable. (3) enfin le programme mentionne une réforme fiscale qui n’est pas en relation avec l’ESR mais qui manifestement pourra servir à financer l’ESR. Il s’agit de la réforme de la fiscalité sur l’héritage. Mais là, le volume qui serait affecté à l’ESR n’est pas précisé.

En conclusion :

C’est un programme budgétairement très ambitieux et certaines sources des crédits sont identifiées. Ça manque encore de chiffrage, on aura surement des détails au cours des semaines à venir. Je crains un peu que quand le chiffrage va se faire, on se rende compte que le budget va être difficile à tenir. Par ailleurs, le programme fait un peu « retour vers le passé », aux périodes d’avant 2005 (avant l’ANR et l’AERES) …peut-être que c’est possible de changer le cours du temps ?


Les billets sur le programme ESR des autres candidats:

Et bien entendu le programme ESR de Gaïa Universitas !