Revenons aujourd’hui sur l’entretien avec Olivier Beaud diffusé France Culture fin décembre (épisode précédent ici, entretien à écouter ici). Cet entretien était centré sur la liberté académique et Olivier Beaud nous a expliqué que cette liberté comporte trois volets : l’enseignement, la recherche et la liberté d’expression. En introduction à sa démonstration sur la liberté académique, il explique ce qu’est le fondement de l’Université moderne : c’est un lieu où la recherche et l’enseignement sont liés.

« L’université moderne est un lieu où on recherche d’abord, on recherche un savoir. L’enseignant doit enseigner ce qu’il a cherché. C’est ce lien consubstantiel entre la recherche et l’enseignement qui fait la spécificité de l’Université ». Pour ces propos, Olivier Beaud se base sur un modèle Humboldtien de l’université (ce qu’il appelle l’Université Moderne).   

Cette vision n’est pas éloignée des obligations des enseignants-chercheurs prévue par la loi française. En effet, « Les enseignants-chercheurs participent à l’élaboration, par leur recherche, et assurent la transmission, par leur enseignement, des connaissances au titre de la formation initiale et continue » (décret 1984 fixant les dispositions statutaires communes applicables aux enseignants-chercheurs, ici). On note toutefois une différente importante : pour Olivier Beaud l’enseignant doit enseigner ce qu’il a cherché et pour le décret de 1984, l’enseignant doit enseigner des connaissances (donc ici c’est beaucoup plus vaste).

Si on examine la réalité du terrain d’aujourd’hui, il me semble que pour une grande partie de l’enseignement dispensé à l’Université, l’enseignant n’enseigne pas ce qu’il cherche. Pour le cycle licence, on est sur un domaine disciplinaire assez général. Pour le cycle master on est sur un enseignement de spécialité avec certainement quelques éclairages sur la recherche des enseignants. Bien entendu pour le doctorat, les étudiants sont pleinement intégrés dans la recherche et ils en sont les acteurs. Mais les doctorants ne représentent qu’une faible fraction des effectifs. Il est cocasse de constater que le temps consacré à l’encadrement des doctorants ne rentre pas en compte dans le service de l’enseignement alors que c’est quasi-seulement là qu’il y a une transmission des savoirs que le chercheur-encadrant a acquis par lui-même.

A mon sens, le lien entre la recherche et l’enseignement est un peu surfait quand on parle de l’Université. Il y a deux raisons à cela : (1) la massification, qui rend un peu caduque la définition « Humboldtienne » d’Olivier Beaud (2) la recherche est maintenant ultra-spécialisée et faite par des chercheurs (ici incluant les EC). On est loin du temps des savants … (lire ici).