Il ne fait nul doute qu’il y a une probabilité sérieuse pour que Valérie Pécresse soit la prochaine présidente de la France. De tous les candidats, elle est certainement celle qui a la meilleure connaissance des Universités. On se souvient qu’elle a été ministre de l’ESR et qu’elle a sacrement secoué le cocotier avec sa loi LRU. Elle voulait remettre les Universités au cœur du système de l’ESR et leur donner de l’autonomie, ce qui ne plaisait pas à tout le monde. C’était une époque flamboyante, je la vois encore, cheveux au vent, guerroyer contre une armée de nonistes universitaires.

Mais tout ça c’était il y a longtemps et les temps ont bien changé. On ne peut pas dire que son projet d’autonomie ait été vraiment réalisé. Le système ESR est toujours aussi complexe, avec sa double dualité persistante (organisme de recherche / Universités et grandes écoles / Universités). Je dirais même que le paysage s’est complexifié avec des states supplémentaires (les COMUE, les Bidulex, les EPE, …).

En ce qui concerne l’autonomie, certains disent qu’on est au « milieu du gué ». Mais de quoi parle-t-on quand on parle d’autonomie ? Celle de la gouvernance ? Celle des ressources financières ? Des RH ? De la recherche ? De l’enseignement ? L’European University Association (EUA) fait régulièrement un point sur l’autonomie des Universités en Europe (lire ici un rapport de 2017). L’association se base sur 4 critères : organisation, finance, recrutement et académique (formation). Il est en ressort que les Universités en France sont peu autonomes, tout particulièrement sur le thème de la formation.

Mais revenons à Valérie Pécresse. Sur son site de campagne, on peut voir une première esquisse de ses propositions (voir ici, onglet « mes propositions », version du 6 janvier 2022). Mais on ne trouve absolument rien sur l’enseignement supérieur et la recherche. Étonnement, c’est un thème complètement absent. J’imagine que ce sera complété un peu plus tard, quand la campagne sera vraiment lancée ? En attendant, on peut lire une récente interview sur le sujet sur le site de AEF qui date de 2019 (ici, en accès libre) ou plus récemment ici en octobre 2021, toujours sur AEF en accès libre.

Dans la récente interview, qui date d’octobre 2021, elle insiste surtout sur le volet de l’autonomie financière : « il est évident qu’il va falloir que les universités aient plus de ressources propres ». Ça semble vouloir dire que l’État ne fera pas d’effort particulier pour augmenter le financement des Université ? « Comment développer les ressources propres des universités ? Cela passe par des formations payantes » car actuellement « nous avons des formations universitaires dont les frais d’inscriptions sont moins chers qu’une belle paire de baskets ».

Sur la question de la recherche, elle dit ceci : « Je pense qu’il faut aller plus loin dans le décloisonnement entre la recherche publique et la recherche privée […] Ce que je créerai, c’est un ministère de l’Industrie et de la Recherche, parce qu’on a deux sujets : la réindustrialisation et le rapprochement de la recherche publique et privée ».

Je reprécise qu’il s’agit d’une interview alors qu’elle était candidate à la primaire de la droite, et non du programme de campagne. J’espère qu’on n’en restera pas à cette version « pré-campagne » car ce n’est pas très enthousiasmant à ce stade …