La commission permanente du conseil national des universités (CP-CNU) nous annonce que le ministère prévoirait une suppression de l’avancement de grade au niveau national par les sections du CNU. Cet avancement serait alors restreint au niveau local des établissements. D’après la CP-CNU, « en supprimant le contingent national par section, elle remet en question la capacité de garantir les équilibres disciplinaires et l’expertise scientifique pour l’appréciation des différents aspects de la carrière ».  En conséquence, à une large majorité, la CP-CNU appelle à une démission collective des membres des sections CNU en signe de protestation.

Ces informations sont extraites de Twitter car la CP-CNU ne met pas à jour son site web et travaille dans une complète opacité. Ces informations twitter ne citent aucune source (du moins à ma connaissance) et on ne sait pas si ces informations sont fiables ou bien s’il s’agit de fakes visant à agiter les peurs et propager la confusion. Ce n’est pas la première fois que les membres du CNU menacent de démissionner. Je n’ai pas souvenir que ces menaces aient été suivies de leur exécution. Donc cette fois on se dit : chiche ! A mon avis, le gouvernement serait heureux de cette démission collective car ça donnerait alors une belle opportunité de repenser le CNU et de le rénover.

Pour les lecteurs non spécialistes du mode d’avancement des carrières des enseignants-chercheurs (EC), il peut être utile de préciser le fonctionnement de leurs avancements : les EC, quand ils estiment qu’ils méritent un avancement, font un dossier qu’ils déposent d’abord au CNU (instance nationale). Le dossier est alors expertisé par le CNU qui fait des propositions d’avancement pour la moitié des possibilités d’avancement. L’autre moitié des avancements est fait dans un second temps, au cours d’une phase locale, donc au sein des établissements d’exercice de l’EC. Il y a donc un paquet de dossiers qui sont expertisés deux fois (ceux que le CNU n’a pas retenu).

Cette procédure est complexe et n’a pas que des avantages. Par exemple, dans la phase nationale, seule l’activité de recherche est évaluée. En effet le CNU ne dispose d’aucun indicateur sur le volet de la formation et rarement sur celui des activités d’administration (en termes de qualité de réalisation). Le CNU émet donc des propositions sur un jugement très partiel. Quand on lit que le CNU fait une « expertise scientifique pour l’appréciation des différents aspects de la carrière » on se marre doucement … De leur côté, les commissions de la phase locale peuvent être fortement influencées par le copinage ou autre dérive localiste.

Toujours pour aider le lecteur non spécialiste des réalités universitaires, il peut être utile de rappeler que sans le CNU on va vers un retour du mandarinat et les commissions locales vont alors se mettre à promouvoir les moins bons et les plus dociles (ce que prépare le gouvernent avec son futur décret). En effet, il faut savoir que la préoccupation d’une université, c’est de promouvoir les plus mauvais enseignants-chercheurs possibles. Il faut également savoir que les évaluateurs du CNU sont des personnes à l’éthique irréprochable, compétentes, incorruptibles, et qui ont une hauteur de vue qui fait référence et à l’expertise impeccable … des modèles de la vertu universitaire. A l’opposé, les évaluateurs des commissions d’avancement dans la phase locale sont composés de personnes veules, au pedigree scientifique douteux, qui passent leur temps à lécher les bottes de leur président, et dont l’unique objectif est d’instaurer localement une médiocratie.

Il y a une solution pour réduire toute cette complexité (doublon d’expertises, calendriers démentiels, activités chronophages ou expertises biaisées et partielles). Cette solution consisterait à ne faire qu’une session d’avancement, organisée en phase locale. Mais dans ce cas, les commissions intégreraient des membres extérieurs, par exemple des membres désignés par le CNU (et surtout pas par l’établissement). Ces membres extérieurs auraient alors un double rôle : expertiser les dossiers des candidats, comme tout autre membre de la commission, mais aussi de jouer le rôle de lanceur d’alerte dans le cas où il y aurait des décisions douteuses. Avoir des extérieurs en observateurs, ça doit permettre de limiter considérablement les magouilles internes.

Sur Gaïa, nous avions déjà proposé ce schéma d’intervention du CNU pour d’autres aspects de la vie universitaire, comme par exemple la désignation de membres externes des comités de sélection ou ceux des membres des jurys de thèse (en particulier les rapporteurs). Hélas actuellement, CNU et établissement ne travaillent pas du tout ensemble, ce qui est contre-productif.