Rachel aimait le silence. C’était pour elle le meilleur moyen pour entrer dans un état d’observation méditatif où toute influence est bannie. Avec le bruit, la pensée se biaise, la liberté se restreint et le vagabondage devient balisé. Dans son sens originel, le silence c’est aussi s’abstenir de parler. Mais Valérie n’avait manifestement pas la même approche : elle n’arrêtait pas de parler. Rachel se reprochait de l’avoir exfiltré de la Terre. Alors à défaut du silence, Rachel mit un peu de musique pour accompagner la suite du récit de HAL (l’IA de son vaisseau). Elle mit Le Beau danube de Johann Strauss, elle trouvait que c’était de circonstance.

Alors HAL poursuivit son récit. Cette fois, elle décida de mettre en avant trois évènements :

Le premier fait concerne le discours du président du 12 juillet 2021 et de ses conséquences. Ce jour-là, le président a dit que « nous devons aller vers la vaccination de tous les Français » et décrété l’instauration d’un passe sanitaire. Il fut évident que c’était une nouvelle expression d’une dérive autoritaire mais les personnes éclairées ont résisté. En effet, suivre les injonctions du président était considéré comme un acte de collusion. Ne pas se faire vacciner devenait un acte politique, une manière de lutter contre ce gouvernement illibéral. Les personnes qui s’étaient faites vaccinées durant la seconde quinzaine de juillet furent montrées du doigt et fichées « collabos ». D’autres personnes vaccinées de plus longue date entamèrent des démarches de « dé-vaccination » afin de purger leur corps du poison Jupitérien.

Le second évènement est plus tragique. Il s’est déroulé le samedi 30 octobre 2021, durant une des manifestations hebdomadaires que HAL avait mentionné dans le chapitre précédent. Un manifestant avait été écrasé par un fourgon de la police. Il était difficile de savoir ce qu’il s’était réellement passé. Dans la zone où s’était déroulé le drame, les fumigènes des manifestants mêlés aux gaz lacrymogènes de la police n’avaient pas permis d’avoir à disposition le moindre document vidéo ou photo. Tout était basé sur des témoignages. Les policiers donnaient une version de type accident durant un repli stratégique alors qu’une pluie de canettes et de pavés tombait drue sur eux. Des manifestants ont déposé une version très différente : le fourgon avait intentionnellement écrasé le manifestant.

En fin de journée, la nouvelle du décès du manifestant, « sauvagement assassiné par des policiers ultraviolents », circulait au sein de la manifestation. L’un des leaders populistes des gilets jaunes a alors appelé à « marcher sur l’Elysée ».  Un autre leader, cette fois issue de l’extrême gauche, avait appelé à un grand rassemblement devant l’Elysée « pour que la peur change de camp ». Il avait pris la tête du cortège en scandant à l’encontre du président « Vous êtes détesté d’emblée avant d’avoir mis le pied à l’Elysée. Vous êtes haï, vous êtes haï ». D’autres souffraient sur les braises : « Si l’offensive est générale, nous voulons le débordement général. Il faut dire à tous ceux qui se sentent dans le malheur qu’il y a une issue. Luttez, luttons, c’est le moment ! ». Alors la foule haineuse s’est dirigée vers l’Elysée. Devant la vague qui déferlait, il fut rapidement évident qu’il était impossible d’assurer la sécurité du président, malgré les imposantes forces de l’ordre qui avaient été déployées pour protéger le palais. Le président fut extrait par hélicoptère au moment où les premiers manifestants pénétraient dans le bâtiment. Celui-ci a été saccagé puis brûlé.

*Tout ceci n’est qu’une fiction, rien de tout ça ne peut arriver dans le monde réel …*