De son vaisseau spatial en orbite autour de la Terre, Rachel observait l’immense incendie qui ravageait la taïga canadienne, détruisant l’un des derniers biomes terrestres. L’incendie avait débuté dans les basses-terres de l’intérieur de l’Alaska et du Yukon, avait franchi ensuite les Monts Richardson et avait continué à serpenter vers l’ouest. A cette heure, il commençait à ronger le bouclier canadien oriental. Seul l’océan pourrait l’arrêter, à moins que celui-ci s’évapore à cause de la colossale quantité d’énergie dégagée. Le feu était très spectaculaire vu de l’espace car il s’étendait sur des milliers de kilomètres.

Ces dernières années, tout s’était subitement accéléré. Le climat était devenu fou, tout comme les terriens. Rachel avait été contrainte de quitter la Terre en urgence, en automne 2024, comprenant qu’il n’y avait pas d’autres issues. Dans la précipitation, elle avait pris avec elle Valérie et Greta, ses deux idoles qui, elles aussi, étaient en danger. Elle n’avait pas pu en prendre plus car l’espace dans son petit vaisseau spatial était assez limité. Avec trois personnes à bord, on se marchait déjà un peu sur les pieds. Mais à cette heure elle le regrettait car ses deux rescapées étaient insupportables. Valérie ne tenait pas en place, elle voulait retourner sur Terre pour « remettre le pays en ordre ». Rachel soupirait, elle n’avait plus l’énergie pour lui expliquer une énième fois que les vieux slogans de sa déculotté à la présidentielle de 2022 étaient vraiment dépassés. De son coté, Greta faisait la gueule en permanence et boudait seule assise en tailleur dans son coin. A l’heure de la fuite, elle avait voulu emporter sa pancarte « Skolstrejk för klimatet » qui l’avait rendu célèbre. Rachel tentait de la décrisper un peu : « Greta, viens voir toutes ces jolies lumières au Canada ! ». Mais rien n’y faisait, Greta restait assise, la tête baissée, tenant par une main sa pancarte.

A cette heure Rachel n’avait qu’une envie : expulser les deux pestes dans l’espace et retourner sur Gliese 581e, sa planète natale. Mais elle était piégée car elle ne pouvait pas prendre avec elle ses deux exfiltrées. Elle était donc obligée d’attendre là, en orbite autour de la Terre, que les conditions s’améliorent afin de pouvoir les débarquer. Elle soupira car l’attente risquait d’être longue …