La ministre F. Vidal a annoncé hier matin sur Europe 1 la création de 19 000 places supplémentaires dans l’enseignement supérieur pour la rentrée prochaine (en plus des 15 000 qui avaient déjà été annoncées auparavant). Sur le site du ministère, on a un peu plus d’information sur les formations où seront créées ces nouvelles places : filières en tension (qui sont quoi ?), BTS et formations de type FCIL (Formation Complémentaire d’Initiative Locale), cycle de licence et instituts de formation en soins infirmiers (lire ici).

Sur Twitter elle se prend des volées de bois vert. On lui reproche surtout de ne pas prévoir des recrutements de postes pérennes et des investissements dans les locaux pour faire cet accueil plus important à la rentrée. Extraits « Bah ouais, à deux par chaise dans les amphis ça devrait passer. » « Et combien de poste de MCU en plus pour absorber cette arrivée ? Sinon ça ne servira qu’à noyer : tout le monde » « Le taux d’encadrement dans le supérieur est d’environ 1 enseignant pour 20 élèves. Il y a donc création de 1700 postes d’EC ou de PRAG ? Bonne nouvelle ! ».

A vrai dire, je ne connais pas les moyens qui seront mis à disposition pour cette augmentation de places. Il y a fort à parier qu’ils seront limités à des solutions peu onéreuses, bref les heures complémentaires et le recours à des vacataires. J’ai vu aussi qu’on avait créé récemment un nouveau « statut » contractuel d’ATE (attaché temporaire d’enseignement), avec une charge d’enseignement de 384h, soit un temps plein d’enseignement.

Mais le gouvernement a sa logique : en effet, pourquoi dépenser beaucoup alors qu’il y a des solutions à moindre coût ? En effet une grande majorité des universitaires ne rechignent pas à faire des heures complémentaires et s’empressent à trouver des petites mains pour faire des vacations. Les mêmes gesticulent aussi dans tous les sens pour s’insurger devant de la montée de la précarité et la charge de travail qui s’alourdit d’année en année. Il y a une grande hypocrisie sur ces thèmes de la précarité et des heures complémentaires à l’Université.

Je crois que les universitaires gagneraient à clarifier leurs pratiques en termes de précarité et heures complémentaires à l’Université car ils en sont largement complices et ont les pleins pouvoirs pour la stopper. En effet, tous ces éléments de formation (volume d’heures, moyens humains, …) passent par les différents conseils et commissions de l’Université (conseil de UFR/composante, conseil académique, conseil d’administration). Les Universitaires sont majoritaires dans l’ensemble de ces conseils, ce sont donc eux qui sont responsables de cette situation.

S’il y a une réelle volonté d’avancer sur ces sujets majeurs, il serait sain et constructif d’adopter les mesures suivantes :

  • Refusons de faire un nombre excessif d’heures complémentaires, militons pour un plafonnement bien inférieur au seuil actuel (et interdisons les dérogations de dépassement du seuil).
  • Supprimons les contrats de type ATE-R
  • Limitons les heures de vacations à des professionnels extérieurs
  • Pour chaque département de formation ou pour chaque formation, définissons clairement un nombre de places possibles, en fonction des moyens humains disponibles.

Avec ces mesures, quand elles seront appliquées, nous aurions alors enfin des arguments solides pour revendiquer des postes pérennes et nous ferions un petit pas vers une Université socialement responsable.