A quoi sert d’investir dans l’Université ? Étant donné son sous-investissement récurrent, il me parait clair que les responsables politiques pensent que ça ne sert pas à grand-chose. C’est normal, la grande majorité d’entre eux n’y a jamais mis les pieds et s’imagine qu’elle est gangrenée par des hordes radicalisées d’islamo-gauchistes. Pourtant l’Université forme un grand nombre de jeunes chaque année, avec de bons taux d’insertion. Ces mêmes responsables politiques imaginent que la recherche est faite dans les organismes de recherche alors qu’il n’en est rien : la recherche se fait dans les Universités.

Dans ce contexte de plan de relance, de préoccupations économiques et d’emplois, de compétition internationale, nos responsables politiques devraient être un peu plus perspicaces. En effet une récente étude conduite par le groupe de pression Udice montre que « Financer les universités ayant une forte activité de recherche n’est pas une dépense, mais un investissement qui rapporte : pour 1 € investi dans ces universités, ce sont 4 € de valeur ajoutée qu’elles génèrent en retour » (source AEF). On pourra lire le rapport de Udice sur le sujet ici (in english). Il faut donc voir l’Université comme un investissement très rentable, beaucoup plus que n’importe quel placement en bourse.

Udice identifie trois effets de levier majeurs :

  • Un premier effet direct qui est la création de valeur : les membres des Universités consomment et donc ça profite à l’activité économique locale majoritairement constituée par les entreprises localisées en France.
  • Le second effet est celui de la dynamisation régionale et un moteur fort pour la création d’entreprises qui profite à l’ensemble de l’écosystème. C’est donc ici un effet de moyen terme.
  • Le troisième effet est à plus long terme et correspond à la formation (le capital humain), tellement précieux en ces temps d’économie de la connaissance.

Rappelons que Udice est un lobby qui rassemble 10 Universités « de recherche » (Aix-Marseille université, Sorbonne université, université Claude-Bernard Lyon-I, université Côte d’Azur, université de Bordeaux, université de Paris, université de Strasbourg, université Grenoble Alpes, université Paris-Saclay et université PSL). Je ne crois pas que ce terme « université de recherche » soit vraiment quelque chose d’officiel, mais plutôt une sorte d’auto-déclaration que « c’est nous les meilleurs » (basé peut-être sur le classement de Shanghai ?). A vrai dire, je pense surtout qu’ils sont meilleurs du fait d’une présence forte de chercheurs des organismes de recherche, avec une répartition qui constitue un facteur majeur d’inégalité territoriale en matière de recherche avec des conséquences encore plus majeures en aval si on en croit les conclusions de Udice sur l’investissement et ses effets leviers. Je trouve un peu navrant que Udice limite sa conclusion d’effets leviers aux seules « Universités ayant une forte activité de recherche ».