Parmi les grandes crises de notre civilisation, il est évident que l’enjeu climatique est l’un des plus importants et qu’il va impacter fortement les futures générations. Au passage, on pourra remercier les boomers de nous avoir mitonné ce défi passionnant. A mon sens, cet enjeu de transformation doit être abordé à tout niveau. Depuis plusieurs années, les enfants semblent être bien sensibilisés aux urgences climatiques mais il semble que l’enseignement supérieur ne se soit pas vraiment emparé de cette question majeure.

Heureusement, certains militent pour que cet enjeu soit au cœur de la formation des étudiants. C’est par exemple le cas du think tank The Shift Project qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone (lire ici). D’après eux, « il n’y a pas une manière homogène de mettre en œuvre l’enseignement des enjeux climat-énergie dans le supérieur, mais qu’il s’agit d’une problématique que chaque filière, voire chaque établissement doit se poser ». On pourra trouver dans le lien donné des rapports intéressants.

Je vais passer la parole à l’un des membres, que j’ai eu le bonheur d’interviewer spécialement pour Gaïa Universitas :

« Ma conviction personnelle est qu’il ne faut pas en faire une matière à part, un « crédit », mais que cela doit être intégré dans tous les cours, TD, projets. Pour revenir à un vieux souvenir d’école, lorsque nous avions conçu un transformateur, les notions de cycle de vie, de production de CO2 au cours du cycle de vie, de destruction, de réparabilité, d’origine des matériaux, n’étaient absolument pas abordées. Les seules préoccupations étaient celles de la performance technique (ce qui est plutôt légitime) et des pertes par échauffement. Même la faisabilité technique, l’usinage, l’assemblage, le cycle de production, le coût n’étaient pas abordés. Et la question de la pollution par le PCB n’était évidemment pas envisagée du tout. »

« La même question se pose évidemment pour tous ceux qui travaillent dans tous les domaines techniques et technologiques, la chimie, la pharmacie, lorsqu’on conçoit un produit, pour intégrer le cycle de vie et la destruction, l’énergie consommée… Cela concerne évidemment tous ceux qui travaillent dans le domaine du commerce et du marketing, de la gestion. Cela concerne tout autant des disciplines comme la sociologie : s’intéresser aux conséquences concrètes sur le niveau de vie, la frénésie d’achats, la consommation, aux freins à accepter le réel, aux facteurs qui permettent de prendre en compte la menace climatique ou à la refuser… »

Ce militant a probablement raison, tout cela devrait être enseigné. Mais j’ai l’impression que ce n’est pas si simple dans le monde plutôt figé de l’enseignement supérieur. Affaire à suivre …