Poursuivons aujourd’hui la présentation de nos propositions dans le cadre de la concertation sur le recrutement des enseignants-chercheurs. Cette concertation est en ligne et il ne reste que quelques jours pour y répondre (voir ici). On va discuter ci-dessous de la reconnaissance du doctorat et valeur de l’habilitation à diriger des recherches (HDR). On verra que les mesures principales qui pourraient être prises concernent surtout une réforme du mode de constitution des jurys de thèse et HDR.

Quelles conséquences tirer sur la valeur du doctorat des taux contrastés de qualifications selon les sections du CNU ? Doit-on en déduire que le doctorat a une valeur différente selon la discipline et/ou selon l’établissement de délivrance du diplôme ?

Les taux très contrastés des résultats de qualifications laissent penser à une valeur différente du diplôme selon les disciplines. Or il n’en est rien, il n’y a pas de raisons objectives de penser que les doctorants en droit et science politique sont moins bons que les doctorants en sciences de la Terre (pour prendre deux disciplines qui ont des taux de qualifications très extrêmes). Ce taux de qualification est surtout conditionné par le souhait d’un contrôle du flux de candidats sur les postes MCF ou PR. Plutôt que d’agir sur la qualification (que nous recommandons de supprimer), il pourrait être plus judicieux d’agir sur deux autres leviers : (1) ne pas publier des postes avec des profils trop larges car c’est très souvent le cas pour les disciplines qui ont des taux de qualification très bas (2) limiter le nombre de candidatures aux concours pour une personne donnée (disons 3 ou 4 par an)

Quelles recommandations ou évolutions réglementaires doit-on envisager pour renforcer la garantie de qualité et le rôle du doctorat dans le processus de recrutement ? Faut-il renforcer le rôle des écoles doctorales ?

Des taux de qualification MCF trop bas questionnent nécessairement la valeur du diplôme. On ne va pas ici en rediscuter en détails car c’est un problème bien connu depuis longtemps sans qu’hélas on ait pu y apporter de réponse. Citons juste quelques phrases de la conclusion des assises de l’ESR de 2013 : « la qualification disqualifie le doctorat français, puisqu’elle indique que le doctorat étranger suffit à garantir le niveau requis pour devenir maître de conférences, alors que le doctorat français nécessite une procédure supplémentaire de « vérification ». Nos universitaires n’auraient-ils pas confiance dans les doctorats qu’ils délivrent ? »

Même si c’est un tabou, on va le dire ici d’emblée : non toutes les thèses soutenues ne sont pas de bonne qualité. Pour les mauvais travaux, on peut facilement mettre en place ce qu’on appelle un jury de complaisance ou jury de copains.

Le jury de thèse, un jury de copains. Un jury de thèse est composé de deux rapporteurs et de plusieurs examinateurs. Il contient aussi comme membre le (ou les) directeur de thèse. Les membres qui composent le jury sont proposés à l’université par le directeur de thèse. C’est très souvent des personnes qu’il connait et en qui il a confiance. En général, l’université valide les propositions et il n’y a pas de vérification forte des éventuels conflits d’intérêt ou autre copinage dans la composition du jury, d’où le risque d’un jury de complaisance et au final un diplôme sans grande valeur. Si on veut réformer le jury de thèse, c’est d’abord dans la modalité de la composition du jury qu’il faut agir.

Proposition concernant les rapporteurs : Pour des raisons évidentes, les rapporteurs (titulaires d’une HDR) ne devraient pas être proposés (choisis) par le directeur de thèse. Afin de garantir une indépendance de jugement, ils pourraient être tirés au sort à partir d’une base de données contenant des mots clés sur les domaines concernés. Cette base de données serait maintenue par les écoles doctorales, éventuellement en lien avec le CNU, et équivalant dans les organismes de recherche, qui a priori disposent d’une bonne connaissance du paysage (d’un point de vue pratique, cette base de données pourrait renseignée par les C et EC).

Pour les examinateurs, qui ne jouent un rôle que lors de la soutenance, il pourrait y avoir un mélange entre des membres nommés (tirés au sort) et des membres proposés par le directeur de thèse (donc un de chaque, typiquement).

Le président du jury serait de préférence un membre de l’établissement. Il serait nommé par l’école doctorale et non pas « choisi » par le directeur de thèse.

Le directeur de thèse doit-il faire partie du jury ou participer à la délibération ? Cette question doit se poser. En effet, le directeur de thèse est souvent fortement partie prenante dans les travaux (presque toujours dans les domaines des sciences dures). S’il fait partie du jury, il juge alors une partie de son propre travail … j’ai déjà vu des soutenances un peu scandaleuses où le directeur de thèse répondait aux questions à la place du candidat. Alors si le directeur fait partie du jury, il ne devrait pas avoir le droit de prendre parole durant les débats. Par contre, il pourra éclairer le jury sur le contexte de la thèse et son déroulement.

Comment expliquer les différences d’exigence constatées dans la délivrance d’une HDR selon la discipline et/ou l’établissement de délivrance du diplôme ?

Il y a en effet un fort différentiel selon les disciplines. Certaines d’entre elles exigent un document original de plusieurs centaines de pages alors que pour d’autres le document HDR est une simple compilation de travaux déjà publiés à laquelle on vient écrire quelques pages d’introduction et un peu de liant pour expliquer la cohérence de l’ensemble.

Comment expliquer ces différences d’exigence ? difficile à dire. Il s’agit probablement de la rémanence du doctorat d’État (la seconde thèse), qui pourtant a été supprimé il y a plus de 25 ans ? Il ne faut pas chercher à normaliser à outrance les disciplines, elles ont toutes leurs spécificités et habitudes. Mais il n’est jamais inutile de s’interroger sur ces exigences et il n’est pas interdit de faire évoluer les pratiques.

Quelles recommandations ou évolutions réglementaires doit-on envisager pour renforcer la garantie de qualité et le rôle de l’HDR dans le processus de recrutement ?

La recommandation principale est la même que celle pour le doctorat : éviter les jurys de complaisance.

Note: ce billet est essentiellement un copié-collé de billets antérieurs.