Je me souviens qu’en mars dernier, lors du début du premier confinement, il y avait de nombreuses discussions pour imaginer « le monde d’après ». C’était agréable de se laisser aller vers un peu de douce utopie. Ce monde d’après sera socialement plus juste, avec réduction des dépendances extra-communautaires, développement des circuits courts, avec des commerces de proximité et une attention accrue pour réduire nos émissions de toute sorte.

Un an après, ces douces rêveries sont largement oubliées. Notre idéal est maintenant de retrouver le monde d’avant. Au moins, cette crise sanitaire aura servi à prendre conscience combien notre monde d’avant était parfait.

A l’Université, qui aura été la grande oubliée de cette crise sanitaire, on ne peut pas dire que cette période aura été propice à une grande introspection. On aurait pu, par exemple, en profiter pour se questionner sur son rôle dans la société lors de sa mise sous statut de « service public non essentiel ». On aurait pu aussi s’interroger un peu plus sur cette jeunesse qu’on a sacrifié pour préserver les intérêts vitaux des ainés. Pour cette jeunesse, la prise de conscience s’est finalement opérée mais c’était très tardif. De façon très pragmatique, on aurait pu réfléchir à adapter les programmes au lieu d’essayer de faire comme s’il ne se passait rien (alléger un peu par exemple, adapter la durée des cours, …). On aurait pu s’interroger aussi sur le peu d’autonomie des étudiants et leur faible aptitude à travailler par eux mêmes, possiblement du fait d’un enseignement du supérieur trop scolaire.

Mais ce ne sont pas ces questions qui ont été médiatisées ou qui ont été au centre des préoccupations dans les Universités. Un certain nombre d’universitaires ont préféré dépenser leur énergie dans la lutte contre un prétendu darwinisme de la LPPR, à défendre des libertés académiques mises en danger par une macronie pré-fasciste, sans compter la nouvelle crise de la qualification, ce joyau national que le monde entier nous envie et qu’on veut nous spolier.

Mais ne soyons pas défaitistes, le covid-19 finira bien par s’en aller et on pourra retrouver le monde d’avant. Vous verrez, rien n’aura changé, l’Université française sera toujours aussi misérable.