Cette semaine c’était la panique dans les Universités et les laboratoires de recherche. Notre Ministre, Madame Vidal, a annoncé qu’elle allait envoyer des inspecteurs pour vérifier si on fait de la bonne recherche.  « Oui, je vais demander à ce que l’on fasse un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroule dans notre pays » déclare-t-elle.  De mon côté, je ne risque pas grand-chose étant donné que personne ne lit ma daube, si j’en crois mon taux de citations. Mais j’ai aussi des archives non publiées alors par précaution j’ai passé au broyeur de papier toutes mes notes et cahiers de laboratoire et j’ai reformaté tous mes disques durs. Un reset complet : les inspecteurs ne trouveront rien !

Sur la forme, on focalise beaucoup sur le terme « islamo-gauchiste » et si c’est un effet de communication, c’est très discutable. Je trouve également que le timing n’est pas optimal, la priorité actuelle me parait plutôt être l’accompagnement des Universités durant cette crise sanitaire qui traine en longueur. J’ai aussi un peu de mal avec ce concept de « bilan – inspection » qui a un peu une petite connotation « inquisitrice », avec des chercheurs qui feraient une enquête sur d’autres chercheurs : de quoi mettre une sale ambiance (mais d’un autre coté on reste dans le principe de l’évaluation par les pairs). En toute logique la communauté devrait être capable de s’autoréguler et de contrer les éventuelles dérives. Mais que faut-il faire si justement elle n’en est pas capable ?

Sur le fond, il serait naïf de croire que l’université est imperméable aux dérives actuelles de notre société. On ne peut pas nier que les incidents se multiplient ces dernières années, avec la publication de travaux polémiques teintés d’un révisionnisme culturel, l’émergence d’une « cancel culture », la montée en puissance d’un militantisme ultra-gauche arrogant et violent, et une entrée fracassante d’un populisme directement hérité de la crise des gilets jaunes. Je ne sais pas si l’Université a les moyens d’y faire face en interne. Dans tous les cas, ça engendre parfois une ambiance délétère dans les campus. Pour ma part je ne pense pas que l’Université soit réellement le lieu ouvert à la pluralité qu’elle devrait être. Quand on se hasarde à exprimer une opinion contraire à l’idéologie dominante, on a rapidement la police de la pensée qui nous tombe dessus. On a tous besoin de se protéger, et pour ma part, à part dans ce blog, sur mon campus je ferme ma gueule.

Les réactions des universitaires que j’ai pu lire me paraissent souvent relever de la négation du problème ou de l’hystérie collective. On arrive très vite et quasi systématiquement sur le « circulez y’a rien à voir », un manichéisme idéologique du type « légitimation des concepts fantasmatiques forgés par l’extrême droite » ou « lancer contre l’Université une attaque de type maccarthyste » (collectif RogueESR dans sa dernière newletter) ou encore de victimisation d’une université soumis à des « chasses aux sorcières », « attaques incessantes » ou de « poursuite de la campagne de diffamation de l’Université par le gouvernement ».

Si vraiment il n’y a rien à voir, si les dérives mentionnées n’existent pas, alors pourquoi être fermé à l’idée d’une « enquête » ? Au contraire, ouvrons nos laboratoires et autres carnets de recherche et démontrons que nous sommes droits dans nos bottes et que tous ces soupons, de dérives pseudo scientifique, de science détournée à des fins idéologiques, ces tentations révisionnistes ou séparatistes, ne sont que des fantasmes. C’est la meilleure façon de clore ce débat larvé.

Un certain nombre d’universitaires se retranchent derrière les libertés académiques, argumentant à raison que le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans les travaux de recherche. On nous explique que s’il y a des dérives, alors « elles le seront exclusivement par l’action et la vigilance des universitaires eux-mêmes, qui savent, les premiers, distinguer la recherche sérieuse de la vocifération idéologique de n’importe quelle tendance » (QSF, lire ici). Mais on constate quand même que les dérapages sont multiples et que les réactions des universitaires pour contrer les dérives internes (militantisme déplacé, nouvelles formes de censure, intolérance, musellement de l’expression pluriel) sont hélas trop rares. Certaines plateformes ou collectifs se permettent des menaces assez explicites au sujet de « l’enquête » annoncée par F. Vidal « Qu’aucun.e collègue, quel que soit son statut, ne prête main forte à cette campagne de dénonciation » (plateforme Academia.hypotheses.org, lire ici). On sent bien que certains universitaires ne sont pas ouverts au débat et feront tout pour le faire échouer.

Il faut bien entendu rester vigilant aux libertés académiques, c’est-à-dire que le pouvoir politique n’a pas à intervenir dans les choix des thèmes scientifiques ou dans la façon dont ils sont traités ou évalués. Mais on oublie quand même un peu que derrière ces libertés académiques, il y a également deux principes essentiels : celui de la tolérance et de l’objectivité, qui sont hélas souvent bafoués par certains universitaires. On oublie aussi un peu trop souvent que l’Université est un service public et que dans ce cadre-là il est légitime qu’on pose des questions sur son fonctionnement et sur le service qu’il rend à la société.

Nous ne sommes pas une petite république dans la république. Nous sommes un service public de la république.