On se souvient qu’en avril 2019, en pleine crise des « Gilets Jaunes » et au terme du « grand débat national », Emmanuel Macron avait dit qu’il allait supprimer l’ENA. Il voulait aller aussi beaucoup plus loin, avec la « suppression des grands corps » si on en croit un discours qu’il n’a jamais prononcé, sauvé in extremis par l’incendie de Notre-Dame. « Nous devons penser et rebâtir un monde plus humain ».

Dans ce discours non prononcé (qu’on peut lire ici), le président Macron nous explique que « la plus grande injustice est l’inégalité du destin, c’est-à-dire la formation même des inégalités à la racine » […] « Notre modèle s’est enrayé et il est devenu plus injuste parce que nous avons en quelque sorte recréé une société de castes et de privilèges, où chacun n’a pas les mêmes opportunités ». Alors il promet qu’il va « investir massivement dans l’éducation et la formation » (ce qu’il n’a pas fait). Il nous explique aussi qu’il « faut refonder les règles du recrutement, des carrières et de l’ouverture de la haute fonction publique […] C’est pourquoi nous en changerons la formation, la sélection, les carrières en supprimant d’ENA et plusieurs autres structures pour en rebâtir l’organisation profonde ». Quasiment 2 ans plus tard, rien de tout cela n’a été fait.

Année après année, les rapports sur la faible ouverture sociale des grandes écoles se succèdent avec toujours le même triste constat (lire ici, par exemple). On s’y habitue, moi-même au début de ce blog j’en faisais des billets, puis par lassitude j’ai laissé tomber : rien ne change.

Il a quelques jours, le président Macron semble avoir définitivement oublié qu’il avait promis de supprimer l’ENA. Au contraire il cherche à renforcer l’institution en augmentant le nombre de places réservées aux élèves boursiers. Il est vrai qu’un certain nombre de bons étudiants ne s’engagent pas sur cette voie des concours de la haute fonction publique et vont plutôt à l’Université, ce qui représente un gâchis insupportable. Cette mesure va permettre d’en sauver environ un millier.

A mon sens, ces annonces ne sont faites que pour des effets de communication. Ça parait complètement dérisoire devant l’ampleur des besoins pour améliorer la diversité sociale dans l’enseignement supérieur. Mais surtout, les moyens ne sont pas dirigés dans la bonne direction. Si vraiment on veut aider les boursiers (et pas seulement un millier d’entre eux !), il faudrait plutôt investir dans les Universités car c’est là qu’on va trouver massivement les élèves de classes sociales défavorisées. Il serait bien également de remettre au goût du jour le thème du rapprochement entre grandes écoles et Universités, c’est là la meilleure solution de promouvoir plus de mixité sociale et de passerelles entre les filières.