Depuis le début de la crise sanitaire, on ne peut pas dire que la situation vécue par les étudiants ou l’enseignement supérieur en général ait été fortement médiatisée. On ne peut pas dire non plus que le gouvernement y ait porté une forte attention si on en croit les maigres moyens accordés pour accompagner cette période difficile.

Mais ces derniers jours, il y a eu une volteface car on ne compte plus les articles ou tribunes à propos des difficultés rencontrées par les étudiants. On a l’impression que subitement les étudiants sont tous en train de mourir d’angoisse, tous devenus dépressifs et suicidaires. Ordinairement concentré sur les problématiques de gouvernance ou de lutte anti-LPR, même le collectif RogueESR s’est emparé du thème dans sa dernière Newsletter (mieux vaut tard que jamais), c’est dire que l’heure est grave.

A vrai dire, je n’ai pas beaucoup entendu les universitaires militer ouvertement pour la réouverture des universités et pour plaider la cause étudiante. A leur décharge ils étaient très occupés à lutter contre la LPPR, la remise en cause de la qualification du CNU et les « attaques » contre les libertés universitaires. En revanche, sur le terrain, je connais nombre d’universitaires qui se sont beaucoup impliqués, avec plus ou moins de succès, dans l’enseignement et le maintien d’un lien avec les étudiants, ce qui pourrait être mentionné dans les articles de ces derniers jours consacrés au malaise étudiant.  La réalité est évidemment nuancée mais le manque d’informations factuelles et d’objectivité de traitement de l’information est manifestement un problème.

Si les difficultés chez les étudiants ne font aucun doute, et si la majorité d’entre eux souhaitent un retour en présentiel au plus tôt, il y en a aussi qui arrivent à s’organiser et à travailler. Le confinement n’est pas total, ils ont des occasions de se voir, de passer du temps ensemble, je sais que certains ont mis en place des forums d’échanges virtuels (hérités du confinement strict du printemps dernier). Bien entendu ça ne remplace pas la « vie normale » mais comment faire autrement en cette période ? Il y a aussi des étudiants qui militent contre la réouverture des Universités, considérants qu’ils ne sont pas en sécurité sanitaire ou bien s’insurgent contre des examens en présentiel de ce second semestre (incluant des dégradations matérielles dans un centre d’examen).

Terminons ce billet par quelques mots datant de quelques jours par François Ruffin (FI) à l’assemblée national. Je ne suis pas toujours d’accord avec cette personne, que je trouve trop souvent à surfer sur la vague populiste, mais il faut reconnaitre qu’il sait secouer le cocotier : « Rouvrez les amphis ! 30% des étudiants sont dépression. […] C’est la faute au virus ? C’est la faute, aussi, à votre politique, une politique d’exception contre la jeunesse. […] A l’automne, comme un ça va de soi vous fermez amphis, facultés et universités. Les profs se débrouilleront avec Zoom, ils feront de la visio, c’est l’avenir, quoi, le numérique, qu’ils s’y mettent enfin, ces ringards, l’occasion de moderniser tout ça, de massifier pour pas cher. […] Les usines tournent. Les sites Amazon tournent. Cet amphi, ici, de 577 personnes, tourne. Mais les autres amphis du pays, eux, doivent fermer. Pourquoi ? Après quelles discussions ? Après zéro discussion. […] Si, demain, vous re-confinez le pays, eh bien vous les re-confinerez avec. Vous les re-confinerez avec les entreprises. Vous les re-confinerez avec les lycées, avec les collèges, avec les écoles. Soit. Comme toute la Nation. Mais pas, aujourd’hui, contre eux, une loi d’exception. »

Je comprends bien que c’est le devoir de l’Etat de protéger les plus fragiles, mais les jeunes en payent un très lourd tribut.