Que retiendra-t-on de l’année 2020 pour les Universités ? Certainement pas grand-chose, hormis bien entendu que ce fut l’année du coronavirus et de la LPR. Sans intention aucune d’exhaustivité, voici quelques faits qui méritent d’être cités. J’en ai sélectionné trois en relation avec la LPR et deux avec la crise sanitaire. N’hésitez pas à ajouter dans les commentaires ceux qui vous on marqué.

Une loi inégalitaire et darwinienne

Le fait rapporté ici s’est en réalité produit fin novembre 2019 mais a fortement impacté l’année 2020. Il s’agit d’une petite phrase d’Antoine Petit, PDG du CNRS, visionnaire darwinien et prophète de l’inégalitarisme dans la recherche, à propos de la LPPR : « Il faut une loi ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne (…).» Les Echos, lire ici. On ne va pas revenir sur cet épisode malheureux, tellement il a été commenté par des dizaines de tribunes. Antoine Petit était également un des rapporteurs d’un des groupes de travail préparatoire à la LPPR. Il a été fait un amalgame entre ces rapports et un pré-texte de loi, avec son lot de tribunes véhémentes dans la presse ou sur les blogs, où trop souvent la primeur est à l’émotion, avec des fragments de phrases sorties de leur contexte, de procès d’intention, de scénarios anxiogènes, d’insultes ou de théories du complot. Ce n’est franchement pas glorieux car le texte de loi n’existait pas encore (l’avant projet a été rendu public début juin). Je trouve particulièrement navrant que des universitaires et chercheurs s’adonnent à commettre de telle manquements à la rigueur (commenter un texte qu’ils n’ont pas lu ou de signer des tribunes pour contester un texte qui n’existe pas). On vit dans un drôle de monde …

Les universités sont les grandes perdantes

La LPR est une loi de programmation de la recherche. L’investissement se fera essentiellement via l’ANR. Investir dans la recherche est bien entendu une bonne nouvelle. Quand on promet d’aller jusqu’à 3% du PIB (1% dans la recherche publique), on ne va pas se plaindre et on voit mal le monde de la recherche descendre dans la rue pour protester contre le flot d’argent promis. Néanmoins, cette loi est avant tout bénéfique pour les chercheurs. Hélas l’enseignement supérieur est peu concerné, alors que les besoins sont criants. Pour ma part, je pense fermement qu’il aurait fallu tout injecter dans l’Université qui a été délaissée depuis trop longtemps. Une occasion ratée de remettre l’Université au centre de l’ESR, comme elle devrait l’être.

La crise de la qualification

En marge de la LPR, il y a eu une nouvelle crise de la qualification. En effet, les sénateurs ont voté par surprise un amendement visant mettre en place une expérimentation qui conduira, en cas de succès de l’expérience, à la suppression de cette qualification. Je crois comprendre que le CNU s’organise et fait pression pour conserver cette qualification, comme si c’était une pierre angulaire de tout l’édifice universitaire. Cette qualification met surtout en lumière une méfiance qu’on peut avoir envers ses jeunes collègues, une obsession du contrôle et de l’évaluation et une appétence pour les procédures bureaucratiques.  Franchement, qu’on la supprime ou non, on s’en fout un peu car l’amélioration majeure qu’on pourrait apporter c’est plutôt une remise à plat de la procédure du recrutement des EC. Cette qualification n’est en réalité d’un détail plutôt mineur mais ici on adore les polémiques autour de ce débat qui génère toujours beaucoup d’audience.

Les cours en ligne

En mars dernier, on a été brutalement obligés de faire des cours en distanciel, sans aucune préparation. Ici je ne jette aucune pierre car bien malin celui qui aurait prévu la crise sanitaire. On a alors tenté de faire du mieux pour que les étudiants puissent terminer leur année et si possible qu’ils la valident. Cet enseignement à distance s’est poursuivi à la rentrée universitaire 2020-2021, avec un peu de présentiel sur septembre-octobre, puis ça a rebasculé complètement en distanciel. On est tous conscients que rien de remplacera le présentiel, mais cette expérience forcée nous a nécessairement fait réfléchir sur notre façon d’enseigner. Il est encore bien trop tôt pour connaitre l’impact sur les pratiques pédagogiques de cette année quasi complète en distanciel. Je pense que certains enseignants en tireront profit pour le futur.

L’Université, ce service public non essentiel

Pour le second confinement, l’université n’a pas été autorisée à accueillir les étudiants, sauf pour des rares travaux pratiques (au bon vouloir des établissements). D’un autre côté, les BTS et les prépas ont pu continuer en présentiel. Rappelons aussi que selon le calendrier du déconfinement, les Universités devaient reprendre leurs activités d’enseignement en présentiel « 15 jours après le 20 janvier 2021 » (soit environ vers le 35 janvier), c’est-à-dire bien après la réouverture de tout autre lieu public ou privé (restaurants, lieux culturels, …). A vrai dire, je n’ai jamais bien compris pourquoi il était prévu une date aussi tardive. Il y a certainement des choses qu’on nous cache (comme par exemple les étudiants seraient des sortes de super-contaminateurs ? ou leurs enseignants ?). On a vraiment du mal à comprendre la logique ces arbitrages. Au premier abord, ça donne une impression de deux poids deux mesures … l’Université, ce service public pas du tout essentiel …

Une très bonne année 2021 !!