Mes lecteurs les plus fidèles savent combien je déteste les étudiants. Avec eux c’est toujours la même chose : ils n’apprennent rien et il semble qu’ils se complaisent dans leur statut de jeune. Chaque année ils ont tout oublié pendant leurs vacances et il nous faut répéter ce qu’on a expliqué l’année précédente. Chaque année il faut tout recommencer, c’est épuisant.

Avec la crise sanitaire, on peut entrevoir une lueur d’espoir : les étudiants viennent beaucoup moins à l’Université et apprennent par eux-mêmes de chez eux. D’ailleurs, depuis que le taux de contaminations monte en flèche, le gouvernement est assez ferme sur la question : il ne faut pas que l’Université accueille plus de 50 % des effectifs. On tend donc vers une situation idéale, qui serait une Université sans étudiants, on serait alors bien tranquille car on pourrait faire de la recherche sans être accaparé par l’enseignement.

Dans ma formation, on avait adopté un rythme en mode hybride dès la rentrée, comme nombre d’autres formations quand les moyens étaient disponibles pour faire cette transformation. Ce n’est pas très simple de faire ce type d’enseignement. Très concrètement, pour ma part je ne parviens pas à faire cours à la fois pour les étudiants que j’ai devant moi et ceux qui me regardent via un écran. Ils sont censés interagir mais je n’ai pas encore le réflexe d’aller vers eux pour voir s’ils ont une question ou autre. Peut-être que c’est une question d’habitude et que ça viendra avec le temps ?

Il y a quelques jours, j’ai eu des discussions avec plusieurs de mes étudiants sur cette situation hybride. De façon quasi-unanime, ils disent tous que c’est beaucoup mieux de suivre les cours en présentiel. J’ai tenté de leur expliquer qu’ils ont les documents de mon cours, qu’il y a des bouquins qu’ils peuvent lire et qu’en réalité ils n’ont pas besoin de moi. Je leur ai aussi expliqué les grands dangers courus quand ils prennent le métro, que tout ça n’est pas très safe et toussa. Mais rien à faire, j’ai échoué : ils préfèrent venir pour suivre le cours en présentiel ! Pire encore, ils sont presque parvenus à me convaincre qu’il faut maintenir une forme de présentiel (moi qui pense qu’on serait bien plus tranquille à l’Université s’il n’y avait pas d’étudiants !).

Il faut dire que les conditions de vie des étudiants ne sont pas toujours enviables (chambre exiguë, connexion internet aléatoire, …). Parfois ils font des études loin de leur famille et autres proches. Les étudiants semblent aussi avoir besoin de contacts sociaux. Il apparait aussi qu’ils sont assez peu autonomes, peu habitués à travailler par eux-mêmes, au-delà des cours/TD/TP. Peut-être qu’on ne les encourage pas assez sur cette voie là en temps normal ? Beaucoup d’Universités, y compris celles qui avaient développé un enseignement en mode hybride, avaient comme objectif de faire venir les étudiants le plus possible. Bien entendu chacun a conscience des risques mais on a tous aussi en tête les dégâts collatéraux liés au confinement ou isolement (dépression, perte de repère, décrochage, …). Alors quoi qu’il en coûte, il faut que les Université restent ouvertes sur la difficile période à venir.