Lors de son allocution du 14 juillet 2020, le président E. Macron a déclaré « J’ai fait ce que j’avais dit que je ferai ». En ce qui concerne l’enseignement supérieur et la recherche, on peut lire son programme présidentiel ici. Ce programme est sous-titré « donner aux Universités une autonomie réelle », c’est dire l’importance qu’il donnait aux Universités.

 

Je ne vais pas ici faire un bilan complet et détaillé, j’en serai bien incapable. Mais balayons quelques points que nous discutons souvent sur ce blog.

  • « Nous soutiendrons la constitution d’universités de niveau mondial, sur la base de regroupements volontaires d’universités et de grandes écoles avec le soutien des organismes de recherche ». Je pense qu’on peut le mettre dans le cadre des promesses tenues ou partiellement tenues. Les regroupements se sont poursuivis et il y a eu la création des établissement publics expérimentaux (EPE).
  • « Nous allouerons des moyens supplémentaires au financement de projets en priorité ». Là je ne vois pas très bien à quoi ça correspond. Non tenu ?
  • « Nous donnerons aux universités la possibilité de déployer librement leur offre de formation, …. » (avec bien entendu une liberté toute relative). => pourvu par la réforme de la licence de 2018 ?
  • « Nous donnerons aux universités et aux grandes écoles la liberté de recruter elles-mêmes leurs enseignants-chercheurs suivant les standards internationaux de qualité et d’indépendance ». Là clairement rien n’a été fait.
  • « Nous sanctuariserons le budget de l’enseignement supérieur et de la recherche ». Si on regarde l’évolution du budget du MESRI, on pourrait dire que c’est une promesse tenue (sans gloire ! … le minimum).
  • « Nous attribuerons des moyens publics supplémentaires aux établissements d’enseignement supérieur et de recherche sur des bases contractuelles ». Là c’est une promesse non tenue car à ma connaissance, il n’y a pas eu de moyens supplémentaires. Pour les Universités, et tout particulièrement à cause de l’augmentation du volume GVT, ces moyens ont plutôt été à la baisse.
  • « Chaque université affichera les prérequis de chacune des formations qu’elle propose ». Promesse tenue, c’est dans la loi de 2018 « Education : orientation et réussite des étudiants ». Ensuite, ça marche ou pas, c’est un autre problème.

Je ne retrouve pas dans le texte de campagne la déclaration sur les objectifs de 3 % du PIB en R&D, exprimés lors de son discours de février 2017. Je ne sais pas bien si des engagements oraux comptent pour des promesses de campagne ou pour du beurre. Cela dit, ces 3 % ont ensuite été repris par la ministre F. Vidal. Avec la LPPR, qui ne concerne que la recherche publique, il est assez clair que l’engagement ne sera pas tenu puisque la cible est plus lointaine que 2022 et engage les futurs gouvernements.

Covid-19 : entre ces promesses de 2017 et aujourd’hui, il y a eu une crise sanitaire qui n’est peut-être pas terminée. De très nombreuses secteurs d’activité sont ou vont être soutenus par des plans de relance qui mobilisent des sommes faramineuses. Je peux comprendre ce soutien en particulier quand il s’agit de préserver des emplois. Toutefois, le secteur de l’enseignement supérieur ne me parait pas avoir reçu beaucoup d’attention. Le nombre d’étudiants exposés à ces difficultés est considérable, certainement tout autant ou plus que des secteurs comme l’automobile et l’aéronautique. Il serait judicieux d’y porter une forte attention sinon nombre d’entre eux iront alimenter les mouvements radicaux et populistes qui ont le vent en poupe actuellement. Il serait également judicieux d’adjoindre à la LPPR un volet sur l’enseignement supérieur et d’y investir très massivement, en particulier dans les Universités qui comptent la majeure partie de cette jeunesse.

Les recommandations :

  • Ne pas attendre 10 ans pour atteindre le fameux « 5 milliards » d’investissement dans la recherche. Le faire dès 2021.
  • Mettre en place un grand plan de relance pour l’Université dès maintenant.

Pour mémoire, l’enseignement supérieur concerne 2,7 millions d’étudiants, 90 000 enseignants-chercheurs et enseignants, 80 000 BIATSS (personnels de soutien), environ 50 000 chercheurs et X0 000 personnels de soutien dans les organismes de recherche. Au total, c’est environ 3 millions de personnes qui sont concernés, soit plus que le tourisme (fortement soutenu par des plans de relance locaux et territoriaux). Pour comparaison, des secteurs très soutenus par le gouvernement, l’aéronautique et l’automobile, totalisent respectivement 350 000 et 200 000 emplois (incluant les équipementiers).

E. Macron l’a dit ce midi : gouverner c’est investir et l’horizon visé c’est 10 ans. 10 ans c’est une durée compatible avec des actions d’enseignement et de recherche. Investir massivement dans l’ESR, c’est maintenant !