L’Institut Universitaire de France (IUF) a récemment publié sa liste des lauréats 2020 (lire ici). Si des lecteurs ne savent pas ce qu’est l’IUF, ils peuvent lire la fiche wikipédia ici ou bien aller sur le site de l’IUF ici. De mon côté je ne comprends pas bien ce que c’est et à quoi ça sert. Sur le site de l’IUF, il est expliqué que le but de l’IUF est de « favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités », « d’encourager les établissements et les enseignants-chercheurs à l’excellence en matière de recherche ». Franchement j’ai de gros doute quant à cette mission de l’IUF. Ayant plusieurs membres IUF dans mon environnement, je n’ai pas l’impression que leur nomination ait eu un effet accélérateur en matière de recherche. L’IUF me fait plus l’impression d’être un club select « d’enseignants-chercheurs exceptionnels », qui sélectionne ses membres parmi les enseignants-chercheurs ayant déjà des marqueurs « d’excellence » sur leur CV. Par exemple, je vois dans la liste 2020 des porteurs d’ERC.

A ma connaissance, le dépôt d’une candidature à l’IUF est une démarche individuelle et l’établissement universitaire n’est aucunement impliqué dans le processus, ce qui laisse planer un doute sur la réalité des missions dont se targue l’IUF. Peut-être que dans le dossier les candidats expliquent comment leurs actions va permettre à l’établissement de progresser vers l’excellence ? J’ai plutôt l’impression qu’on est là devant un système qui vise à récompenser des enseignants-chercheurs méritants en matière de recherche et qui correspond à une sorte d’investiture d’un titre nobiliaire de la recherche.

Que gagnent les lauréats ? « Les enseignants-chercheurs nommés à l’Institut universitaire de France sont placés en position de délégation. Ils continuent à exercer leur activité dans leur établissement d’appartenance et sont déchargés des deux tiers de leur service d’enseignement. ». Ils ont aussi une dotation budgétaire de 15 000 euros /an qu’ils peuvent dépenser comme il veulent. Ils ont également une prime de type PEDR de 6 000 (junior) et 10 000 euros (senior), si ces chiffres n’ont pas changé récemment. Bref, en plus d’une reconnaissance honorifique, d’un point de vue financier, c’est très intéressant d’être membre de l’IUF.

Passons maintenant aux points qui me paraissent discutables :

  • Le pactole de 15 000 / an est certainement utile pour certains mais pour d’autres ça me parait inutile. Par exemple, 15 000 euros par an à un membre senior qui a un projet ERC en route, ça me parait superflu étant donné que l’EC en question est déjà largement financé. Mais l’argent appelle l’argent, c’est bien connu.
  • Un autre point discutable, c’est la décharge d’enseignement. Là aussi je doute fort que l’IUF se préoccupe des problèmes occasionnés par cette décharge. Actuellement, on ne peut pas dire qu’il y a abondance d’EC dans les Universités. Toute décharge induit mécaniquement une surcharge de travail dans l’environnement du lauréat. Cela peut induire une augmentation d’heures complémentaires des collègues de l’équipe pédagogique (donc moins de recherche) ou de recourir à des vacations (donc nouvelle augmentation de la précarité dans l’ESR). Il est tout à fait probable que l’IUF donne une compensation aux établissements mais si elle le fait comme le CNRS pour ses délégations, alors c’est à ras des pâquerettes, au prix de la vacation, c’est-à-dire l’équivalent horaire du SMIC.
  • Toujours sur cette question de décharge d’enseignement, on voit bien que « l’excellence universitaire » est seulement sur le volet de la recherche. L’enseignement est une charge et la récompense est une décharge. Cela dit, il est vrai que la qualité de l’enseignement n’est pas évaluée à l’Université et ce n’est donc pas demain que les bons enseignants trouveront une quelconque raison d’envisager une récompense pour la qualité de leur pédagogie.
  • Bien que récent, l’IUF fait un peu vieille France ou plutôt s’inscrit dans une longue tradition d’une république qui aime décerner des médailles et qui fait des efforts pour extraire les méritants de la médiocrité ambiante. J’imagine que le but est que les EC d’excellence se rencontrent, échangent entre eux leurs expériences et en fassent ensuite profiter à l’ensemble de la communauté universitaire ?  En allant sur le site de l’IUF, l’activité semble plutôt très centrée sur les séances d’intronisation et sur l’auto-promotion des membres.

Mais revenons au point de départ. La création de l’IUF, en 1991, avait pour motivation de « favoriser le développement de la recherche de haut niveau dans les universités ». C’était il y a 30 ans et depuis la recherche s’est beaucoup développée dans les Universités. Il est loin le temps où on disait « la recherche c’est le CNRS et la formation c’est l’Université » (quoique que dans les têtes c’est encore souvent ce schéma …). Je me demande si l’IUF est encore vraiment bien adapté à la situation actuelle. Le jour où on décidera de se passer de l’IUF, je n’irai pas militer pour son maintien.