Le président E. Macron nous dit qu’il va falloir travailler plus. La convention citoyenne nous recommande de travailler moins. Dans une société comme la notre avec beaucoup de chômage, le thème de la répartition du travail devrait être bien entendu un thème majeur.  Hélas, il n’y a que peu de débats sur ce sujet. Il serait intéressant de connaitre le point de vue des enseignants-chercheurs sur ce sujet, en ce qui concerne leur métier. Mais comprendre ce que fait un enseignant-chercheur, ce n’est pas si simple. En interne à l’Université on a beaucoup de mal. Alors pour les lecteurs externes, je n’imagine même pas. Si vraiment vous voulez savoir, vous pouvez lire ceci. C’est un peu technique mais ça peut aider.

On entend souvent dire que les enseignants-chercheurs sont débordés, qu’ils croulent sous les tâches administratives, qu’ils passent leur temps à chercher de l’argent plutôt que de faire de la recherche, assistent à multiples réunions à rallonge dans divers conseils et commissions, qu’ils sont débordés par des sollicitations des étudiants, la préparation de nouveaux cours ou les corrections de copies. Pour ma part je pense que les EC travaillent beaucoup plus qu’ils ne devraient. Mais est-ce qu’ils travaillent bien ? Peut-on réellement bien travailler avec ces sollicitations incessantes et qui présentent toutes un caractère plus ou moins urgent (c’est pour demain avant 10h nous dit le mail reçu en fin de journée à 18h30 !) ?

Avant d’explorer le concept de la décroissance chez les EC, il serait plus prudent de passer par l’étape du « travailler normalement et dans des conditions agréables ». Si on y va trop brutalement, les EC vont se retrouver en grande détresse psychologique. Pour cela, il me paraitrait judicieux d’adopter quelques règles simples, alliant pragmatisme et déontologie.

  • Ne pas faire le travail administratif qui pourrait être fait par des administratifs. Ce n’est pas notre boulot et ça nous fragmente trop nos journées.
  • Refuser de faire des heures complémentaires ; avoir en tête que toute heure que vous ferez en plus sera une heure en moins que pourrait faire un autre sur un poste équivalent au votre (qu’on ne recrute pas car vous prenez sa place).
  • Dans les formations, ne pas accepter les étudiants qui n’auraient pas les prérequis pour suivre vos enseignements. Il est inacceptable de se faire casser le moral par des taux d’échec trop importants. Lutter pour des conditions d’enseignement acceptable et qui vous permettent d’envisager un certain degré de satisfaction d’avoir fait progresser les étudiants.
  • Exiger que les réunions soient limitées à 1h max, avec ordre du jour.
  • Ne pas envoyer de mails le soir ou le weekend.
  • Arrêter la frénésie des colloques, séminaires, écoles, conférences (stress, fatigue, bilan carbone, économie de temps et d’argent), du moins en faire un usage raisonné.
  • Arrêter de suivre l’évolution de son h-index et des indicateurs de citations. Se fixer un nombre maximum d’articles soumis chaque année et accepter l’idée qu’on ne publiera peut-être jamais un papier dans Science ou Nature.
  • Au grand minimum, consacrer une journée à la recherche. Ce jour là on n’ouvre pas sa boite mail et on coupe son téléphone portable.

 

Ce billet est une contribution du bureau d’aide psychologique, rattaché au département santé de Gaïa Universitas. Toute demande de précision devra être faite en utilisant le formulaire X2345_V18 de notre intranet avec la signature du directeur de votre laboratoire et de votre composante (et cachet du laboratoire).

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