Je trouve que ça s’énerve beaucoup sur les réseaux sociaux au sujet de la LPPR, avec la publication de tribunes véhémentes. Les invectives fusent, jusqu’à parfois l’insulte. On a l’impression que la communauté universitaire a perdu beaucoup de sa capacité d’analyse et ne fonctionne plus qu’à l’émotion (mais c’est partout ailleurs comme ça, je ne jette pas la pierre). Quand un texte de loi important est publié, il me semble qu’on devrait plutôt être dans son analyse, peser le positif et le négatif, être ouvert au débat contradictoire et aller jusqu’à proposer des pistes d’amélioration. La violence de certaines tribunes donne l’impression d’être en guerre. Je suis tout autant dérangée par la mansuétude de la collectivité universitaire face à cette atmosphère que je trouve délétère.

Sur Twitter, plusieurs personnes m’ont demandé ce que je pensais de la LPPR. Je trouve que Twitter est mal adapté à une discussion sereine et de plus je suis incapable de m’exprimer avec peu de mots. Ensuite, il se trouve que je suis pas mal occupée en ce moment et je n’ai lu (en vitesse) que l’exposé des motifs de l’avant-projet de la loi. Je ne vais donc pas faire une analyse éclairée mais je vais donner mon sentiment général à chaud. Je trouve que ce texte de projet de loi est un peu étrange. Il donne une impression de « fourre-tout » avec la plupart des articles qui me paraissent être surtout des ajustements (parfois très à la marge) ou carrément insignifiants. Cela donne un ensemble un peu terne, sans beaucoup de cohérence et sans vision claire. Notez que c’est une impression à chaud et je me donnerai la liberté de changer éventuellement d’avis dans les prochains billets quand j’aurais eu le temps de faire une lecture plus attentive.

Je vais ici faire ressortir deux points qui me paraissent importants (je ne dis pas que les autres ne méritent pas d’attention):

Le premier point concerne l’engagement budgétaire, qui vise à terme 3% du PIB. On se souviendra bien entendu que ça fait 20 ans qu’on nous promet ça, mais ici on a un échéancier et s’il est tenu, en 2030 on y sera. Le petit bémol qu’on peut mentionner ici c’est que cet engagement me parait plutôt timide les premières années et plus important vers la seconde partie. Ça engage les gouvernements futurs mais pas vraiment celui qui est en place actuellement. On pourra noter aussi que cet investissement concerne une revalorisation des carrières scientifiques et il faut s’en féliciter, tout particulièrement pour les jeunes collègues. Ce premier point est donc positif.

Le second point que que l’aimerais mentionner est hélas négatif. Je trouve particulièrement regrettable que l’enseignement supérieur soit absent de cette loi. Je ne pense pas que les Universités sortent gagnantes de l’opération car elle profitera surtout aux organismes de recherche (peut-être que je fais ici un procès d’intention ?). Je crois que c’est une grosse maladresse de dissocier la recherche de l’enseignement supérieur, même si en France la tradition veut que l’Université soit toujours (souvent) la dernière roue du carrosse (sauf sous V. Pécresse). Par ailleurs, la loi ne solutionne en rien à la complexité de notre mille-feuille institutionnel, source de complexité, de bureaucratie et de gestion parallèles contre-productives.