Dans l’ESR, le grand thème du confinement a été la continuité pédagogique. Dès le lendemain de l’annonce du confinement, les universités ont invité leurs enseignants à poursuivre leurs enseignements en ligne et ont proposé des outils plus ou moins adaptés. A vrai dire, je ne sais pas combien d’enseignants-chercheurs se sont mis à cet enseignement mais dans mon entourage ça semble plutôt avoir été bien suivi.

Sur tous les sites des universités, la continuité pédagogique est expliquée. Voici un exemple : « Mettre en œuvre la continuité pédagogique, c’est permettre à chaque étudiant de poursuivre sa formation en utilisant des modalités différentes du présentiel, mais en conservant un rythme d’apprentissage. Il ne s’agit pas de reproduire le présentiel à distance mais d’utiliser des outils, des supports, des modalités qui vont permettre aux étudiants de continuer leurs apprentissages dans un mode certes potentiellement dégradé, mais qui a pour objectif de préserver le lien pédagogique au sein des formations » (Université de Reims Champagne Ardennes).

Un autre exemple : « Par continuité pédagogique, il faut entendre la continuation, dans des formes adaptées, des activités pédagogiques afin de préserver autant que possible l’acquisition des connaissances et des compétences par nos étudiants, et de permettre la tenue d’examens ainsi que la validation des années ou des diplômes. La continuité pédagogique a aussi pour objectif de maintenir un lien entre les étudiants et les équipes pédagogiques (enseignant, personnels administratifs) dans cette période particulière » (Université Savoie Mont Blanc).

Bref c’est assez clair sur la majorité des sites : cette continuité pédagogique a deux objectifs majeurs : poursuivre le travail avec les étudiants et garder le lien avec eux.

En ce qui concerne les outils, c’est souvent Moodle qui est conseillé. C’est normal, c’est LA plateforme des cours en ligne académique et des développeurs sont présents dans toutes les universités. Moodle est très riche, open source, bref certainement un très bon outil. Le problème, c’est que c’est un peu compliqué de s’y retrouver. Par exemple, j’ai voulu mettre en place un forum, mais j’avais le choix entre 4 ou 6 forums différents, tous avec des petites nuances que je n’ai pas réussi à bien comprendre. Je crois vraiment qu’il aurait fallu mettre en place un kit « Moodle pour les nuls », avec juste quelques outils de base permettant de faire des travaux interactifs comprenant les icônes suivants directement accessible sur la page principale : chat, audio, vidéo, partage d’écran, et collage d’images.

Mais mon problème n’a pas été Moodle, mais plutôt le réseau (bande passante) qui n’a pas supporté l’affluence sur la plateforme. C’est quand même incroyable que les universités n’aient pas prévu cette crise afin de dimensionner leur réseau en conséquence !

Cette continuité pédagogique, elle n’a fait pas consensus. La faune noniste s’est positionnée contre cette continuité pédagogique. On ne s’en étonnera pas. L’argument principal a été une manifeste « rupture d’égalité » étant donné qu’il y a, chez les étudiants, une disparité d’équipements pour suivre ces enseignements en ligne. Je ne cite pas les billets sur ce thème tant ils sont nombreux. Je me demande si ces personnes font également un point à chaque rentrée sur « l’égalité des chances ». Savent-ils, par exemple, s’il y a des étudiants sont qui sont salariés ? on imagine alors qu’ils refuseraient de faire cours dans ces conditions car il doit y avoir égalité des chances …

Heureusement certains ont de l’humour, ça fait du bien de rigoler un peu : « il n’y a pas de cours sans des voix vivantes incarnées dans des corps, sans la présence d’un regard, sans l’expérience d’un langage qui invente l’inconnu grâce à l’écoute et la présence d’un autre. Un cours, c’est une incarnation » (lire ici). C’est exactement ce que je me dis en terminant un cours en ligne, alors que les derniers pinceaux de mon fluide traversant le silicium font trois fois le tour de la terre avant d’imprégner le cerveau enfin assouvi de mes étudiants éblouis par mon incarnation digitale. Notre humoriste conclue en disant : « ne plus faire cours me manque. Ça, c’est une rupture, pas une continuité ». Moi je fais des cours en ligne, je n’ai pas rompu avec mes étudiants, c’est une continuité.