Souvent je trouve qu’on manque singulièrement d’imagination. Le constat d’un ESR délaissé est largement partagé, mais l’ESR est franchement divisée entre des universitaires nonistes « non non non, ta réforme on n’en veut pas ! » et des universitaires silencieux « ben on ne sait pas trop quoi penser, ou on n’ose pas le dire ». Pourtant, pour faire plaisir à tous, de nombreux dispositifs existent et ils pourraient être activés en tout conformité avec la loi. En effet l’ordonnance du 12 décembre 2018 permet l’expérimentation de nouvelles formes d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche. Il s’agit des EPE (Établissements Publics Expérimentaux). Ce type d’établissement permet « d’expérimenter de nouveaux modes d’organisation et de fonctionnement, afin de réaliser un projet partagé d’enseignement supérieur et de recherche » (source Wikipédia ici).

Si j’étais la ministre, je dirais aux nonistes « Okay Okay, vous ne voulez pas de ma LPPR … je pensais déverser sur vous des flots d’argent mais si vous ne voulez pas, pas de problème ». Puis je dirais « je vous propose de vous regrouper dans un EPE et je vous donne ma garantie que je vous laisse faire ce que vous voulez. Vous pourrez garder vos 192h et vos heures complémentaires, vos amphis surchargés et votre salaire de m… ».

Les nonistes universitaires feraient alors de l’innovation en expérimentant un établissement national qui appelleraient « l’Université permanente de France » (UPF). A l’UPF, les grands principes de fonctionnement seraient les suivants :

Liberté académique : cette liberté académique, c’est garantir à chaque personne de conduire la recherche qu’il souhaite. Ainsi la notion d’équipe ou de laboratoire disparaitrait. Chacun serait autonome et responsable.

Gouvernance : elle sera assurée par la collectivité, à l’image du projet déposé récemment pour la gouvernance de l’HCERES (lire ici). Quand des décisions devront être prises (le moins souvent possible), elles le seront en AG (par applaudimétrie ou prime à celui qui gueule le plus fort).

Recrutement : il sera lui aussi collégial. Tout type d’évaluation quantitative sera interdit et il sera privilégié l’évaluation qualitative au doigt mouillé. Des anciens critères, qui avait été abandonnés, seront remis au gout du jour comme celui de l’apparence, des positions politiques, de l’école d’origine ou des accointances avec des membres de la collectivité.

Evaluations : étant donné que les équipes ou laboratoires auront disparu, l’évaluation par l’HCERES sera bien entendu inutile, ce qui fera économiser de l’argent et du temps. Par contre, les évaluations individuelles par le CNU (tellement mieux) seront intensifiées.

Savoirs : les savoirs seront au centre de l’UPF et seront conservés dans une BU sous format papier. Eduroam sera coupé afin de préserver la collectivité des savoirs non certifiés par les pairs ou contraires aux savoirs conservés dans la BU. Ces savoirs seront désintéressés et libérés de toute dimension utilitaire.

Financement de la recherche : il sera uniquement sur crédits récurrents. Les travaux pouvant s’avérer d’une quelconque utilité sociétale ou industrielle seront interdits. Le questionnement devra être purement endogène.

Alors madame la Ministre, alors les nonistes, cette UPF c’est une bonne idée, non ?