Dans le cadre préparatoire à la LPPR, un groupe de travail a été consacré au « financement de la recherche ». On pourra le lire ici. Sans surprise, ce rapport dresse un constat peu glorieux des investissements dans la R&D en France, que ce soit d’ailleurs en termes d’investissements publics ou bien par les entreprises. La France investit un peu plus de 2 % du PIB, bien moins que nombre d’autres pays (voir figure 1 du rapport du groupe de travail).

Le rapport fait également mention du mode de financement, qui comprend deux sources : le financement sur projets et les crédits de base affectés aux laboratoires. Il préconise une augmentation de l’investissement, pas seulement du financement sur projets mais aussi des crédits de base sur des critères de performances (qui ne sont pas précisés).

Il n’y a certainement pas de système idéal, mais il faut convenir qu’un système trop axé sur du financement sur projets n’est peut-être pas idéalement adapté au mode de fonctionnement français de la recherche publique. La grande majorité des chercheurs et enseignement-chercheurs sont des fonctionnaires et leur salaire n’est pas concerné par les appels à projet (AAP), contrairement à certains autres pays. Au gré des appels à projets, on se retrouve avec des fortes variations annuelles de budget pour les équipes ou les individus, alors qu’une grande majorité d’entre elles sont engagés dans des travaux de recherche de longs termes. La gestion pluriannuelle des travaux n’est pas facilitée par les aléas des AAP. Parfois même, des équipes se retrouvent dans un « trou » plus ou moins long, mettant en péril leurs activités. Ce n’est par ailleurs pas très malin de payer des chercheurs et de ne pas leur donner les moyens de travailler.

L’ANR et l’Europe sont deux financeurs majeurs de la recherche public sur AAP. L’ANR finance des projets collaboratifs entre équipes françaises. L’Europe fait la même chose entre équipes européennes. L’Europe a aussi un programme élitiste, via le « European Research Council » (ERC), avec des financements conséquents ciblés sur des chercheurs « talentueux ou exceptionnels ».

Ce programme ERC me parait peu adapté à la recherche française, largement structurée en équipes dans les laboratoires. Elle est en revanche bien adaptée à d’autres pays où les équipes de recherche sont moins prégnantes, là où la recherche est surtout organisée autour de l’individu qui constitue son équipe avec des chercheurs contractuels au gré des financements collectés. En France, il n’est pas rare que des financements de type ERC déstructurent fortement les équipes car ils sont ciblés que sur une seule personne. Parfois, cela provoque des jalousies ou un égo hypertrophié chez le porteur car il est sous le feu des projecteurs, considéré comme la « star » qui fait rayonner sa structure d’accueil. Pour certains, un financement ERC est considéré comme étant le Graal. C’est par exemple cas d’Antoine Petit, PDG du CNRS, visionnaire darwinien et prophète de l’inégalitarisme dans la recherche « La différenciation, c’est par exemple défendre des programmes comme l’ERC, que le CNRS soutient avec force et conviction depuis sa création » (source ici). « Il faut qu’on accepte de s’attaquer à un tabou qui est que, comme disait Coluche, “tout le monde est pareil mais il y en a qui sont plus pareils que d’autres. Il y a les enseignants-chercheurs et chercheurs normaux, soit l’immense majorité. Et puis il y a les stars. Dans notre pays, on ne s’est pas donné les moyens pour attirer et garder les stars. Parce que ça s’attaque à deux tabous : est-ce qu’on payera différemment les gens selon les disciplines, ou selon leur niveau d’excellence ? » (source ici).